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Affaire Natacha Mougel : le procès en direct (2ème jour)

Le père de Natacha Mougel et son frère avant l'audience ce lundi. / © AFP
Le père de Natacha Mougel et son frère avant l'audience ce lundi. / © AFP

Témoignages, Verbatim, photos, vidéos... Suivez en direct depuis la Cour d'Assises du Nord à Douai, le 2ème jour du procès d'Alain Penin. Il est accusé d'avoir tué Natacha Mougel, 29 ans, tuée le 5 septembre 2010 alors qu’elle faisait son jogging à Marcq en Baroeul. 

Par Thomas Millot

Pour suivre ce direct, n'hésitez pas à rafraîchir régulièrement votre page en tapant la touche F5 de votre clavier ou en cliquant ici. Vous pouvez aussi lire le compte-rendu complet de la 1ère journée d'audience en cliquant ici.



18h30 : l'audience est suspendue

Retrouvez-nous demain matin pour la reprise des débats en direct.

Procès d'Alain Penin : 2ème jour


18h20 : Alain Penin face à ses actes de torture et de barbarie

Alain Penin est jugé cette semaine pour enlèvement et séquestration, tentative de viol et homicide volontaire avec actes de torture et de barbarie.

La présidente de la cour rappelle cette dernière qualification à l'accusé qui lui répond : "Je ne me suis pas rendu compte de ce que j’ai fait, mais c’est ce que j’ai fait".

"Les actes de torture et de barbarie sont commis pour faire souffrir" lui précise Mme Schneider.

"Ce n’était pas mon intention. J’imagine, c’est sûr qu’elle a souffert, mais à ce moment-là je ne me rends pas compte de ce que je fais. Je le fais, mais je ne le réalise pas", répète Alain Penin, qui dit ne pas s'être rendu compte non plus des manifestations de souffrance de Natacha Mougel.


18h00 : retour sur la reconstitution

Les photos de la reconstitution des faits sont projetées à l'audience. Rappelons qu'Alain Penin, présent lors de cette reconstitution, avait refusé de jouer son propre rôle. Un gendarme l'avait remplacé. Un mannequin représente Natacha Mougel


17h30 : des souffrances "extrêmes"

L'ensemble des coups a probablement été donné en une heure, selon les experts. Les 102 coups de tournevis ont été portés "du vivant de la personne".

Le dernier coup fatal a été porté au niveau du lobe.temporal. "Les souffrances physiques ont été extrêmes. Jusqu'au dernier coup au niveau cérébral", explique le médecin légiste. Après ce dernier coup l'agonie a selon lui été "très brève". Le dernier coup a provoqué le décès presque immédiat.

"La souffrance psychique a également été énorme, Natacha Mougel ayant été consciente du début à la fin, en dehors des instants de perte de connaissance" a-t-il complété. Sur une échelle de 1 à 7, les experts estiment que la souffrance subie par Natacha Mougel était de niveau 7.

Par ailleurs, l'autopsie du corps de Natacha Mougel n'a pas mis en évidence des traces d'agression sexuelle.

Le scellé de l'arme du crime, un tournevis cruciforme / © TM
Le scellé de l'arme du crime, un tournevis cruciforme / © TM

17h00 : le rapport médico-légal

Après une courte suspension d'audience, les débats reprennent avec le témoignage des médecins légistes qui ont procédé à la levée du corps de Natacha Mougel ainsi qu'à l'autopsie. Rapport que nous ne décrirons pas ici dans tous les détails

Lors de la levée de corps, dans un champ de maïs à Attiches, les médecins ont découvert le corps de la victime "étendu au sol sur le ventre. Il existait sur ses vêtements relevés partiellement de nombreuses traces de sang et de perforation".

Lors de l'autopsie ,les médecins ont relevé "102 blessures provenant d'une arme piquante et étoilée, correspondant au tournevis" utilisé. Des blessures relevées en de nombreux endroits de la partie supérieure du corps, notamment la tête et le thorax.

Le décès de Natacha Mougel a été causé par les lésions cérébrales. La perforation d'un poumon et une blessure importante au foie auraient également pu être des blessures mortelles.

Natacha Mougel portait également trois traces caractérisées de strangulation à l'aide d'un câble. Alain Penin a brisé le câble électrique en étranglant la victime, ce qui peut témoigner de la force et la violence du geste. Il l'avait auparavant étranglée à deux reprises avec les mains. Après ces 5 manoeuvres de strangulation, Natacha Mougel était encore consciente.

D’autres lésions sur les bras et avant-bras étaient évocatrices de gestes de saisie, mais également de défense. Natacha Mougel portait également diverses ecchymoses et excoriations, notamment au niveau du visage.

Natacha Mougel allait avoir 29 ans / © DR
Natacha Mougel allait avoir 29 ans / © DR

16h30 : "il était bizarre"

Elle  est celle qui a permis l'interpellation extrêmement rapide d'Alain Penin, le lendemain du meurtre de Natacha Mougel.

Christine, exploitante agricole de Marcq-en-Baroeul, riveraine du chemin de la beuvrecque où l'accusé a tendu son guet-apens.

Elle a révélé au policiers qui enquêtaient sur la disparition de Natacha Mougel l'immatriculation du véhicule de l'accusé, qu'elle avait relevé quelques-temps auparavant. 

Le témoin raconte :

"ça faisait deux mois que ce monsieur passait dans notre chemin, on ne l’avait jamais vu avant. Il était bizarre.

J’ai pris son numéro (immatriculation). Mais son numéro, ça faisait un mois, déjà, que je l’avais. Ce que je me dis, c’est que j’aurais dû le donner avant, il aurait peut-être été mieux surveillé. Je regrette beaucoup de ne pas l’avoir donné avant. Je m’en suis beaucoup voulu, ça ne serait peut-être pas arrivé. Des gens comme ça, on ne les lâche pas dans la nature !
"

S’adressant à la cour, le témoin, révoltée, s’exclame : "Il avait 10 ans à faire, pourquoi l’avoir lâché au bout de 4 ans ?!" (en réalité 5 ans et deux mois).

Natacha Mougel courait 3 à 4 fois par semaine dans le secteur du chemin de la beuvrecque à Marcq-en-Baroeul. Alain Penin y rodait depuis deux mois au moins. / © F3
Natacha Mougel courait 3 à 4 fois par semaine dans le secteur du chemin de la beuvrecque à Marcq-en-Baroeul. Alain Penin y rodait depuis deux mois au moins. / © F3

16h10 : "un certain plaisir à raconter ce qu'il a fait"

A la barre l'enquêteur de la brigade criminelle dit qu'il avait eu l'impression, lors des interrogatoires, qu'Alain Penin "avait un certain plaisir, une certaine aisance" à raconter son crime. "La marque d'un tueur", commente l'avocat général Jacques Bouzigues.

"C'est un monstre" a conclu le policier, fermement.

Ici à l'audience, on note qu'Alain Penin n'a pas sourcillé lorsqu'il a rapporté il y a quelques instants les terribles faits qu'il a commis. 


16h00 : "attaquée par une bête sauvage"

Les services de police interpellent Alain Penin le 6 septembre en début d'après-midi, et trouvent dans sa voiture des indices concordants avec les éléments découverts à Marcq-en-Baroeul (notamment les câbles électriques). 

Le suspect leur déclare que Natacha Mougel n'est plus à Marcq mais dans un champ près de Phalempin, où il les conduit.

Arrivés sur place (après 28 minutes de route depuis le chemin de la beuvrecque à Marcq-en-Baroeul), un champs de maïs à Attiches, les enquêteurs découvrent le corps sans vie de Natacha Mougel "allongée sur le ventre, les jambes écartées, rien sur elle. Juste un t-shirt remonté sous les aisselles et un soutien-gorge", explique le policier à la barre. Il ajoute que la victime a "de très nombreuses blessures et perforation, comme si elle avait été attaquée par une bête sauvage".

Le jour de son interpellation (lendemain du meurtre), Alain Penin était allé dans une grande surface acheter de l'eau de javel, en prévision de détruire toutes les traces sur les lieux de son crime. 

En garde à vue, Alain Penin s'est présenté comme "prédateur", pris de "pulsions". Il effectuait de nombreux repérages à Marcq-en-Baroeul où il a enlevé Natacha Mougel, mais aussi à Phalempin, où il l'a tuée.

Les pièces à convictions relevées par le enquêteurs / © TM
Les pièces à convictions relevées par le enquêteurs / © TM


15h40 : L’enquête

Un officier de la brigade criminelle de la sûreté urbaine de Lille raconte l’enquête qui a conduit rapidement à l’interpellation d’Alain Penin. 

L'enquêteur explique que le compagnon de Natacha Mougel a contacté la police le 5 septembre 2010 au soir pour signaler la disparition inquiétante de la jeune femme, partie en toute fin d'après-midi faire son jogging dans un secteur habituel, chemin de la beuvrecque à Marcq-en-Baroeul.

Dépêchés sur place le lendemain matin, les policiers fouillent les lieux et trouvent une culotte et des morceaux de câble électrique notamment. Également des écouteurs de balladeur et un couteau à viande planté dans la terre. Le compagnon de Natacha Mougel reconnais le sous-vêtement de sa compagne. 

Lors de l'enquête de voisinage, une riveraine est venue interpeller les policiers. Elle avait repéré un véhicule qui passait souvent dans le secteur avec un homme de forte corpulence au volant. Trouvant cela suspect, elle avait relevé l’immatriculation, correspondant à une Super 5, appartenant à Alain Penin.


15h20 : le "plan" d'Alain Penin

Interrogé par Me Rabier, avocat des parties civiles, sur la résistance opposée par Natacha Mougel, Alain Penin explique :

"Dans mon scénario, je n’avais même pas imaginé que la femme allait se débattre. Dans mon plan, j’ai toujours pensé que ça se passerait comme lors de ma première affaire en 2004, qu’elle se laisserait faire. Dans mon scénario, la première femme que j'ai croisée ce jour là, s'il n'y avait pas eu des témoins potentiels, je l'aurais saisie de la même façon que Natacha, je l'aurais mise dans le coffre et je l'aurais emmenée à Phalempin pour avoir un rapport sexuel. 

C'est quand Natacha s'est débattue et est tombée que mon scénario a déraillé
".

 

Me Stéphane Maître (à gauche) et Me Emmanuel Rabier, avocats des parties civiles / © TM
Me Stéphane Maître (à gauche) et Me Emmanuel Rabier, avocats des parties civiles / © TM


15h05 : "un plus pour lui faire peur"

Sur l'utilisation de son couteau pour menacer Natacha Mougel lors de son enlèvement, Alain Penin répond froidement que "c'est un plus. Un homme avec une arme fait plus peur que sans arme".

Me Stéphane Maître fait revenir l'accusé sur le moment où il a asséné des coups de tournevis à Natacha Mougel. Alain Penin raconte qu'il était "à genoux, puis assis en position indienne (tailleur) à côté d'elle et je tapais sans savoir où..."


15h00 : "un objet sexuel"

"Est-ce que vous vous rendez compte de ce que vous avez fait à Natacha Mougel" ? lui demande la présidente de la Cour Catherine Schneider.
"Oui je me rends compte, c’est horrible ce que j’ai fait, même si à un moment donné je n’étais plus moi-même, c’est horrible", répond Alain Penin.

"Cette femme c’était quoi pour vous, un objet ?", poursuit Mme Schneider.
"Oui, un objet sexuel on peut dire ça. Je ne pensais qu’à moi, je ne pensais pas à ce qu’elle pouvait ressentir" avoue l'accusé.

"Vous aviez besoin de la tuer ?"
"Je ne sais pas si j’avais besoin mais je vous dis, à ce moment là je ne me rends plus compte de ce que je fais".

"Si elle avait cédé, que se serait-il passé ?" demande l'avocat  général
"J’aurais eu un rapport sexuel avec elle et je serais reparti. J’aurais eu peur (qu’elle le reconnaisse et le dénonce) mais je ne l’aurais pas tuée pour autant" dit Alain Penin.


14h45 : "dissimuler mes traces"

L'accusé poursuit son terrible récit, reporté ici de manière non-exhaustive, dans le respect de la victime. 

"Il me semble que je l’entendais respirer encore, mais c’était peut-être un réflexe. Je suis retourné à ma voiture, j’ai mis le tournevis et le bâillon dans un sac poubelle, puis j’ai repris la route.

J’ai réalisé sur le retour et j'ai fait demi-tour et suis retourné sur les lieux. J’ai récupéré ses chaussures et son short avec lesquels j’avais eu un contact. Je voulais dissimuler mes traces. J’ai tout mis dans un sac que je suis allé jeter dans un canal.

Je suis rentré chez moi, je me suis changé, et je suis allé jeter les vêtements que je portais sur moi
".

Alain Penin est accusé du meurtre de Natacha Mougel en septembre 2010.
Alain Penin est accusé du meurtre de Natacha Mougel en septembre 2010.

14h30 : "j'ai perdu le fil de mon scénario"

Alain Penin poursuit le récit de son crime commis sur Natacha Mougel le 5 septembre 2010 :

"Elle perd connaissance, je voulais avoir un rapport avec elle mais un avion est passé et j’ai eu peur, alors j’ai décidé de la rhabiller

Je l’ai traînée jusqu’au coffre puis je l’ai portée (inconsciente) pour la mettre dedans. Je lui ai attaché les mains avec le deuxième lacet, mis de l’adhésif sur la bouche et les yeux.

Je suis remonté dans mon véhicule et j’ai pris la direction de Phalempin. Je suis sorti à la station service et je suis parti par l’accès de service qui donne sur un chemin près du bois.

Je me suis arrêté une fois après être sorti de l’autoroute pour voir si elle avait repris connaissance ou pas. Elle avait repris connaissance, je lui ai dit quelque chose mais je ne me souviens plus. A ce moment j’ai touché, elle a réagit en se débattant dans le coffre du véhicule.

J’avais toujours dans l’idée d’avoir un rapport sexuel avec elle, je ne pensais qu’à ça. Pas à son bien-être.

J’ai continué sur le chemin, en ai pris un autre. Je savais qu’il y avait plein de petits chemins dans ce coin
là. A un moment il y avait un champ de maïs de chaque côté avec un renfoncement. J’y suis allé.

J’ai ouvert le coffre, j’ai sorti le bas du corps de la victime, je lui ai baissé son short. Mais elle avait des contractions et ne se laissait pas faire. Elle est tombée, je ne sais pas comment, elle s’est cogné la tête sur une pierre. J’ai vu qu’il y avait un peu de sang sur son visage.

J’ai complètement perdu pied et le fil de mon scénario. Je l’ai traînée par les bras dans le champ et je lui ai asséné de nombreux coups de tournevis sur son corps.

C’est la frustration de ne pas avoir réussi à avoir un rapport sexuel qui m’a fait disjoncter à ce moment là, je ne m’en suis pas rendu compte.

J’ai d’abord voulu couper le lacet avec le tournevis, j’ai pas réussi alors c’est là que je lui ai mis de nombreux coups de tournevis, plus d'une centaine on m'a dit. Il commençait à faire nuit, je ne voyais pas où je tapais
".

 / © TM
/ © TM

14h10 : la journée du 5 septembre 2010 d'Alain Penin

"Je me suis levé, j’ai mangé, l’après-midi j’ai pris ma voiture, je suis allé mettre de l’essence puis je suis allé à Marcq-en-Baroeul. J’ai roulé un peu à droite à gauche. A un moment j’ai croisé la victime et j’ai décidé de l’agresser. J’y allais quasiment tous les jours depuis début juillet". (Il avait libéré le coffre dans l’optique de trouver quelqu’un).

"Je l’ai vue de dos, par la suite j’ai attendu que son trajet la ramène dans ce secteur là. Je me suis garé un peu plus loin sur un parking en retrait de la route, et là je la voyais arriver.

Quand j’ai vu qu’elle avait rattrapé la route, j’ai attendu un moment pour lui laisser de l’avance, je l’ai suivie à distance. Un moment je l’ai doublée, je suis allé me garer plus loin (sous le pont de l'A22) et j’ai attendu qu’elle arrive face à moi.

J’ai vu qu’il n’y avait pas de voiture, ni de piéton et c’est à ce moment là que je l’ai attrapée. Quand elle était à ma hauteur je l’ai saisie au niveau du cou pour l’empoigner et la traîner dans le chemin. J’avais un couteau, je l’ai menacée au niveau du visage. Elle s’est débattue, mais par rapport à mon gabarit je l’ai maîtrisée.


Je l’ai appuyée sur ma voiture, je lui disais de se laisser faire. Elle a continué à se débattre, elle est tombée au sol. J’ai commencé à perdre le fil de mon fantasme, mon scénario. J’ai commencé à tenter de l’agresser sexuellement sur les lieux.

Je lui ai baissé son short, et pour tenter de la pénétrer j’ai baissé mon pantalon mais je n’ai pas réussi à le faire.

J’ai eu quelques attouchements sur elle, mais comme elle se débattait j’ai pris le fil électrique pour commencer à l’étrangler. J’ai perdu complètement le contrôle. J’ai d’abord essayé avec les mains, mais comme ça ne marchait pas, j’ai pris le câble. La première fois elle perd connaissance mais elle reprend conscience et se débat, alors j’ai recommencé avec les mains. Et la troisième fois j’ai pris le fil électrique, puis après j’ai pris mon lacet
".

Alain Penin, lors de la reconstitution / © F3
Alain Penin, lors de la reconstitution / © F3

14h00 : Reprise des débats

Les faits vont être abordés avec notamment l'audition d'Alain Penin, puis les témoignages des officiers de police judiciaire et une riveraine qui avait noté l'immatriculation de l'accusé à Marcq-en-Baroeul.


12h15 : l'audience est suspendue

Reprise des débats à 14 heures.


12h00 : le risque de récidive existe toujours 

"Le libre arbitre fait qu'un individu peut passer à l'acte de manière extrêmement choquante alors que des professionnels étaient là pour l'encadrer", reconnaît le juge d'application des peines qui a ordonné la libération conditionnelle d'Alain Penin en septembre 2009. "Je ne suis pas psychiatre, et encore moins devin, malheureusement", a-t-il conclu.

Invité à s'exprimer, Alain Penin déclare : "Je voudrais juste dire qu'à aucun moment je n'ai voulu tromper les professionnels (psychiatres, éducateurs etc). C'est vrai qu'à un moment j'aurais du en parler, que mes envies revenaient..." (sic).


11h30 : "on pense à la suite"

Me Stéphane Maître, avocat des beaux-parents de Natacha Mougel, a réclamé l'audition du juge d'application des peines par la Cour d'Assises. Il s'adresse à lui :

"Qu’est-ce qui va rester d’un verdict de la Cour d’Assises ?

De quoi disposez-vous comme éléments pour prendre votre décision (de remise en liberté) ? Avez-vous accès à tout le dossier de la cour d'assises (celle qui a condamné Alain Penin en 2006 à 10 ans de réclusion pour viol avec arme) ?"

Réponse du juge : "Le réquisitoire définitif du procureur de la république est une pièce importante, puisqu’il reprend le déroulé des faits et fait mention importante de la personnalité du prévenu".

"Vous avez donc connaissance à travers cette synthèse du premier crime qui a amené Alain Penin une première fois en prison ?" demande l'avocat.

"Oui, les faits étaient très précis" répond le JAP. "Une expertise psychiatrique positive et bon projet de réinsertion sociale" sont également importants dans la prise de décision, expliquet-t-il. "L’expertise psychiatrique est déterminante". "Ces expertises ont un rôle prépondérant pour les crimes sexuels ou de sang, c'est évident".
.
"Est-ce que c'est le dernier expert qui a parlé qui a raison ?", poursuit l'avocat.

"Plusieurs experts déposent, ont des avis divergents. C’est ensuite au magistrat de se forger une décision", explique le JAP.

"Les experts expliquent que la personnalité d'un individu peut évoluer. Moi ce que j'ai constaté, c'est que le Dr Notardonato avait un éclairage nettement plus favorable à Alain Penin (que celui de l'autre expert, le Dr Ait-Menguellet en novembre 2008), peut-être dû aux soins suivis par Alain Penin entre avril 2008 et Septembre 2009". "L'éclairage du Dr Notardonato était concordant avec d'autres avis (dans le cadre du suivi socio-judiciaire), justifie le juge d'application des peines. 

Ce dernier déclare par ailleurs qu'en septembre 2009 (date de libération d'Alain Penin), dans un "contexte de stigmatisation des faits divers", il n'a pas subi de "pression en faveur d'un aménagement de peine" pour Alain Penin.

"Je regrette ma décision, je l'assume professionnellement. Alain Penin a manipulé tous les professionnels qui étaient susceptibles de lui venir en aide (médecins, éducateurs etc)".

© TM
© TM

Pour info : Le juge d'application des peines prend seul une décision de libération conditionnelle, mais peut demander la collégialité (3 décideurs) en certains cas. Pour les dossiers les plus complexes, c'est le tribunal d'application des peines, composé de plusieurs juges, qui tranche. Le détenu qui formule la demande, si elle est refusée, peut faire appel. Tout comme le procureur de la république.


11h15 : "des conséquences dramatiques"

Le juge d'application des peines justifie encore son ordonnance de libération conditionnelle d'Alain Penin en précisant que "le JAP est un magistrat qui apprécie la demande formulée par un condamnée. Il n’a été nullement question de négocier quoi que ce soit".

"La décision je l’ai prise après un délibéré, en sous-pesant tous les éléments. Je l’ai prise en mon âme et conscience, même si malheureusement elle a entraîné par la suite des conséquences dramatiques", assume le juge.


11h00 : faible récidive

"Le taux de récidive est extrêmement faible en matière de crimes sexuels, et il est encore plus faible dans le cadre d'un aménagement de peine", indique le juge, "au risque de choquer".

Et le JAP de rappeler qu'Alain Penin présentait de nombreuses garanties de réinsertion, avec une obligation de suivi médico-judiciaire (de 3 ans) et un certain nombre d'obligations particulières
".

"Une sortie en fin de peine paraissait plus aléatoire et moins contrôlée", précise le juge d'application des peines. 

Alain Penin, dans le box des accusés. / © AFP
Alain Penin, dans le box des accusés. / © AFP

10h50 : "castration chimique"

Pour justifier la remise en liberté d'Alain Penin en septembre 2009, le juge d'application des peines explique :"Mr Penin s’engageait à respecter toutes les obligations particulières mises à sa charge. Il démontrait sa volonté de réinsertion, et Il n’excluait pas de se soumettre à une castration chimique si dans le futur il rencontrait des problèmes de pulsions".

Concernant les expertises psychiatriques contradictoires au sujet d'Alain Penin, le JAP pointe le changement de contexte, aux moments où ont été réalisés ces rapports : "L’expertise du Dr Donardonato (favorable à la libération d’Alain Penin) a été réalisée en août 2009, celle du Dr Ait-Menguellet (qui mettait en garde contre le risque de récidive) en novembre 2008".


10h30 : témoignage du JAP (juge d’application des peines) lillois qui a délivré l’ordonnance de libération conditionnelle d’Alain Penin en septembre 2009

"Le JAP prend une décision après un tour de table avec le procureur de la république, le directeur de prison, surveillants et éducateurs".

En juillet 2009, Alain Penin a formulé une demande de libération conditionnelle, 5 ans et 2 mois après son incarcération. Elle était "recevable en droit", explique le juge.

"Un premier débat contradictoire s'est tenu en août 2009 à la prison de Loos. Alain Penin avait une promesse d'embauche aux Restos du Coeur, garantissait un hébergement (foyer), avait eu un bon comportement en détention, avec deux permissions de sortir sans incident", justifie le JAP.

Le juge avait néanmoins ajourné sa décision, réclamant une nouvelle expertise psychiatrique.

"En septembre 2009 Alain Penin fournissait les mêmes garanties et le Dr Notardonato présentait un rapport dans lequel le psychiatre considérait que le risque de récidive était limité".

L'ordonnance de libération conditionnelle a été signée le 28 septembre 2009. "J'ai considéré qu'Alain Penin présentait des circonstances de réinsertion sociale favorables".

Ordonnance mentionnant les "obligations particulières de travailler, de se soigner (suivi médico-psychologique avec injonction de soins), de faire des versements volontaires réguliers de 150 euros à sa victime, l'interdiction de se rendre dans les Hauts-de-Seine et d'entrer en contact avec Sylvia Peromingo (violée en 2004), l'interdiction de porter une arme".

Avec ces interdictions, "je favorisais la réinsertion d'Alain Penin, et je préservais les intérêts de la société", dit le juge

Le suivi psychiatrique d'Alain Penin après sa libération fin septembre 2009 était assuré à Tourcoing / © F3
Le suivi psychiatrique d'Alain Penin après sa libération fin septembre 2009 était assuré à Tourcoing / © F3

10h20 : "Il aurait pu mille fois me faire du mal"

L'ancienne amie d'Alain Penin poursuit son témoignage : "Je l’ai amené chez moi, je lui ai ouvert ma maison. Il aurait pu mille fois me faire du mal, mille fois me manquer de respect. Mais jamais. Il m’a toujours respectée. Il me disait que j'étais sa soeur ainée".

Invité à réagir au récit de son ancienne amie, Alain Penin souhaite rester silencieux.


10h15 : "Je trouve cela dégradant pour les femmes"

Me Stéphane Maître, avocat de la famille de Natacha Mougel, veut démontrer le caractère manipulateur d'Alain Penin en revenant sur un courrier qu'il avait adressé à son amie, présente à la barre. Il lit un extrait de cette lettre :

"J’aime bien les comédies, les fictions, les films d’aventure, certains thrillers s’il n’y a pas trop de sang. Mais les films d’horreur ça me fait flipper. Je regarde parfois des films pornos, mais seulement quelques minutes, parce que je trouve cela dégradant pour les femmes".


10h00 : une ancienne "amie" d'Alain Penin témoigne

"On s‘est rencontré en 2009 dans les transports en commun. Il m’a demandé sa route, je lui ai demandé de me suivre c’était sur ma route. On est allé boire un café. Il m’a dit qu’il était détenu. On s’écrivait régulièrement, on s’est vus une ou deux fois pendant des permissions. Quand il a eu sa conditionnelle on s’est revu.

Il m’inspirait confiance, il n’a jamais eu un geste ou un regard déplacé. Beaucoup de gentillesse et de générosité. On parlait beaucoup de la nature, de voyages…

Il ne m’avait pas dit la vérité. Au départ il m’a dit que c’était pour stupéfiants. Par ma suite il m’a dit qu’il était en prison pour tentative de viol avec séquestration. Je me suis sentie un peu trahie et finalement je me suis dit que je ne le connaissais pas
".

Une photo mise sur facebook par Alain Penin a généré une crainte chez son amie. "Je ne voulais pas qu'il soit en contact direct avec ma famille. J'ai préféré l'éliminer de mes amis"

Alain Penin / © DR
Alain Penin / © DR

Le témoin fond en larmes à la barre

En aout 2010 (un mois avant la meurtre de Natacha Mougel), Alain Penin a repris contact avec son "amie" pour lui demander service. "Je l'ai envoyé sur les roses, et depuis ce jour je me dis que si je lui avais accordé un peu de temps, ça aurait peut-être changé les choses. Je m'en suis mordu les doigts. Je croyais à sa réinsertion".

"Je pense qu’il était sincère, dans le sens où il s’est confié… il m’a dit des choses intimes.

Alors maintenant oui, Alain me fait peur. Pendant plusieurs jours quand j’ai appris ce qu’il avait fait j’en ai fait des cauchemars, parce que je n’ai jamais aperçu cette personne
", raconte, en sanglots, l'ancienne amie d'Alain Penin. 

En maintenant un lien avec Alain Penin, elle pensait que ça l'aiderait "à avancer et pourquoi pas à changer". L'accusé lui avait "promis" qu'il ne recommencerait pas.


9h40 : "Choquée de ses actes"

Une jeune éducatrice spécialisée qui était en stage au foyer où résidait Alain Penin après sa libération en 2009 raconte ses rencontres avec l'accusé. "Ça lui arrivait" (de parler de sexe) "mais pas plus qu'un autre hebergé", dit-elle.

La jeune stagiaire, qui s'entendait bien avec l'accusé, lui a rendu visite en prison au début de sa détention en septembre 2010 (dans le cadre de l'affaire Natacha Mougel, ndlr) parce qu'elle était "très choquée de ses actes. J'étais très jeune, je ne me rendais pas compte de la portée de ses actes".(Elle avait 21 ans au moment des faits).

Il était "poli, serviable", dit-elle à propos du comportement d'Alain Penin au foyer où elle travaillait.

"J'ai été choquée parce que je ne le connaissais pas sous cet aspect là, et en tant que stagiaire je ne savais pas quel était son dossier. Je ne savais pas (qu'il avait été condamné pour viol)".

"Je pense que Mr Penin est malade, et que s'il avait été plus suivi, plus encadré, il n'aurait pas récidivé", pense-t-elle aujourd'hui.


9h30 Reprise de l'audience

Au programme aujourd'hui, la fin de l'examen du suivi socio-judiciaire d'Alain Penin, remis en libération conditionnelle en septembre 2009, un an avant le meurtre de Natacha Mougel (5 septembre 2010). Pour rappel il avait été condamné en 2006 à 10 ans de réclusion criminelle pour le viol avec arme de Sylvia Peromingo.

Doivent ensuite être abordés les faits avec l'audition de l'accusé à la barre, les médecins légistes et enquêteurs.

Me Drye, avocat des partie civiles, avait réclamé un huis-clos partiel pour cette partie du procès afin de "préserver l'intimité de Natacha". Demande de huis-clos rejetée par la Cour ce matin.

La présidente Catherine Schneider demande néanmoins aux journalistes présents de rendre compte de ces faits "dans le respect de la dignité de Natacha Mougel".

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