Migrants à Calais : les nerfs à vif

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Le 20h de France 2 a consacré lundi un long reportage aux tensions de plus en plus vives entre les habitants de Calais et les centaines de migrants qui affluent vers le port en espérant pouvoir embarquer vers l'Angleterre. 

Par France 3 Nord Pas-de-Calais

La scène - saisie par les caméras de vidéosurveillance - se passe au bar-tabac La Gauloise, rue Descartes à Calais. Elle en dit long sur le climat de tension et d'incompréhension qui règne actuellement entre les habitants de la ville et les migrants. Ce jour là, un clandestin d'origine soudanaise entre dans l'établissement pour commander un café. Caroline Chevalier, la serveuse, accepte de le servir à condition qu'il sorte le boire à l'extérieur. "Il ne sentait pas très bon, j'ai vu que les clients le regardaient, donc je lui ai proposé de faire un café à emporter comme on fait souvent", se justifie-t-elle. "Il m'a regardé et il m'a dit : "je vais te le jeter dans la gueule"". Vexé et humilié de ne pas être servi au comptoir comme n'importe quel client, l'homme paie sa consommation et exécute sa menace en jetant son café en direction de la serveuse. Puis il renverse un casier rempli de verres avant de quitter l'établissement. Les policiers viendront l'interpeller. "Il ne se passe pas une journée sans qu'on appelle les forces de l'ordre, jusqu'à cinq-six fois dans la journée", se lamente Charles Dufeutrelle, le patron de La Gauloise. "On travaille avec la peur au ventre. C'est la mort de nos commerces. De moins en moins de gens rentrent quand il y ". Derrière son comptoir, le commerçant s'est doté de tout un arsenal : bombe lacrymogène, shocker électrique et même... un fusil de chasse. "Peut-être qu'un jour le drame se produira", prévient-il.

Le nombre de migrants n'a cessé d'augmenter ces derniers mois à Calais. Ils seraient aujourd'hui 1 500, selon la préfecture du Pas-de-Calais, à espérer franchir la Manche et rejoindre la Grande-Bretagne. Eux aussi vivent dans l'angoisse. "La police nous déloge tous les jours, on dort dans la rue, sous la pluie, c'est terrible​", dénonce Ahmed, un migrant syrien qui dit même regretter d'être venu. "Mais je ne peux pas faire demi-tour maintenant". Les clandestins ont le sentiment de devenir des cibles en ville. Les douches, mises à leur disposition par le Secours Catholique, ont été incendiées. Lundi, quatre jeunes ont été condamnés à des peines allant de six mois à un an de prison ferme, assorties de sursis, pour avoir jeté des cocktails Molotov contre un squat occupé par des migrants égyptiens, dans la nuit du 19 au 20 septembre. Par chance, deux des trois bouteilles lancées n'ont pas explosé. "Avant les Français nous aidaient, ils étaient bons avec nous", raconte l'un des occupants de ce squat. "Mais désormais, on a peur de sortir d'ici car il y a beaucoup de racistes dehors...".   

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