Jets de cocktails molotov sur un squat de migrants à Calais : le jugement

Tribunal de Boulogne-sur-Mer. Image d'illustration. / © MaxPPP
Tribunal de Boulogne-sur-Mer. Image d'illustration. / © MaxPPP

Quatre jeunes gens, dont trois lycéens, âgés de 18 à 20 ans, ont été condamnés lundi à Boulogne-sur-Mer à des peines allant de six mois à un an de prison ferme (qui feront l'objet d'aménagement), pour avoir jeté des cocktails Molotov contre un squat de migrants à Calais, sans faire de blessés.

Par AFP

"Il n'y a pas de mandats de dépôt, c'est une peine d'avertissement, on ne veut plus vous voir devant la justice, tenez-vous à carreau !", a lancé aux quatre jeunes en blouson ou veste noire, jeans et baskets, le juge assesseur Laurent Fekkar en rendant le jugement.

Le tribunal n'a pas suivi les réquisitions du procureur de la République qui avait demandé des peines de 18 mois à deux ans de prison ferme à l'encontre des quatre jeunes, dont trois sont en terminale bac pro et le quatrième au chômage. L'un a 18 ans, les trois autres 20 ans.

Les peines : trois ans de prison dont deux avec sursis ; deux ans de prison dont 14 mois avec sursis (pour deux prévenus) ; deux ans de prison dont 18 mois avec sursis pour le quatrième prévenu feront l'objet d'un aménagement. 

"Il y a un décalage entre ces quatre jeunes gens qui présentent bien, au parcours sans histoires, et les faits qu'ils ont commis", a déclaré dans son réquisitoire le procureur, Anne Deswarte, qui n'a pas requis de mandat de dépôt à l'encontre des prévenus, dont l'un a 18 ans et les trois autres 20.

"Ces faits sont graves, par leur nature, leur symbolique et en raison du contexte", a-t-elle souligné, ajoutant : "il y a un contexte de xénophobie dans l'acte : pour eux, un étranger, c'est forcément un agresseur potentiel". 

Les quatre prévenus, reconnus coupables notamment de dégradations et de violences, qui encouraient jusqu'à dix ans de prison, ont affirmé "regretter" les faits et se sont "excusés".

En garde à vue, trois d'entre eux avaient déclaré aux policiers avoir été "agressés" par des migrants qui leur avaient volé leur téléphone portable. Deux d'entre eux avaient participé à une manifestation organisée le 7 septembre à Calais par le collectif d'extrême-droite Sauvons Calais, anti-migrants.

Dans la nuit du 19 au 20 septembre, ils avaient, à l'issue d'une soirée alcoolisée passée au domicile de l'un d'eux à Calais, préparé plusieurs cocktails Molotov en remplissant des bouteilles de bière d'acide chlorhydrique et de white spirit.

Ils s'étaient ensuite rendus vers 01h45 devant une petite maison squattée par une cinquantaine de migrants, principalement égyptiens, située à proximité, et avaient lancé trois cocktails Molotov. L'un d'eux, qui avait explosé, avait été immédiatement éteint par un migrant qui se trouvait dans la cour, à l'aide d'une couverture. 

Ils avaient pris la fuite et s'étaient réfugiés dans la cour d'une entreprise où ils avaient été interpellés peu après les faits. Ils avaient été présentés en comparution immédiate le 22 septembre, mais l'audience avait été reportée à la demande de la partie civile. Trois d'entre eux ont passé deux semaines en détention provisoire. 

Environ 1.500 migrants, venus principalement d'Afrique de l'est, se trouvent actuellement à Calais, avec l'espoir de réussir à passer en Grande-Bretagne, considérée comme un Eldorado.

Le jugement des auteurs de jets de cocktaïl molotov
Corinne Péhau & Antoine Morvan

 

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