RC Lens : pourquoi l'optimisme de Martel devient très difficile à suivre

Le feuilleton Martel-Mammadov-DNCG-RC Lens n'en finit plus de rebondir. Faut-il continuer à être optimiste comme le président lensois ? Ou y-a-t-il matière à être inquiet ?

Gervais Martel est-il encore crédible quand il parle de Mammadov, des soucis financiers du RC Lens, de l'argent qui doit arriver mais n'arrive jamais (ou presque) ? Faut-il le suivre dans son optimisme quasi-permanent ? Le RC Lens est-il dans une impasse masquée par la communication habile de son président ? Ou faut-il encore faire confiance à un président qui se bat au quotidien et doit faire face à l'impatience des supporters ? 

Une communication à sens unique

Depuis le mois de mai, Gervais Martel n'a jamais changé de ligne de conduite. Optimisme. Confiance en l'avenir. Soutien à Mammadov. Le président du RC Lens n'a reconnu les difficultés financières d'Hafiz Mammadov que du bout des lèvres et les a longtemps minimisées. Difficile de faire autrement évidemment pour un président dépendant de son actionnaire principal, l'homme qui a sauvé le club en injectant 20 millions d'euros et a permis à Gervais Martel de revenir à la tête du club auquel il a consacré une grande partie de sa vie. Il n'empêche, ces déclarations optimistes agacent, énervent, irritent de nombreux supporters qui n'hésitent plus à critiquer leur président historique. 

La tendance est désormais clairement à la défiance. L'image ci-dessous qui illustre de nombreuses promesses non tenues circule ces jours-ci sur les réseaux sociaux. 

Un mensonge dans son dernier communiqué ?

Gervais Martel ne cesse de répéter qu'il n'a jamais menti depuis 6 mois. Que l'histoire de l'IBAN, du jour férié en Azerbaïdjan, de l'argent qui va arriver, des recrues qui vont signer... Tout était vrai. Certains supporters y croient, d'autres non. Un élément à charge vient s'ajouter à ce dossier. La raison invoquée dans le communiqué publié ce jeudi sur le site officiel du club par le président du club Sang et or pour demander le report de l'audition devant la DNCG interpelle. Martel indique en effet que "les récentes déclarations du ministre des Sports azerbaïdjanais (Azad Rahimov, qui a affirmé mercredi à RMC que Mammadov ne pourrait plus aider le club) nous ont contraints, en accord avec la DNCG, à demander un report de l'audition du RC Lens prévue ce matin." Or, une source à la DNCG a indiqué mercredi soir à l'AFP que cette demande "a été faite il y a quelques jours", c'est-à-dire avant les déclarations de M. Rahimov... Qui faut-il croire ?

Alors que le président lensois a toujours semblé optimiste dans ce dossier et avait annoncé que le versement serait effectué aux alentours du 20 novembre, ce report laisse en tout cas supposer que l'argent n'est toujours pas arrivé sur les comptes du club, qui attend par ailleurs un autre versement de 14 millions d'euros de son actionnaire en janvier.

L'Etat azerbaïdjanais peut-il vraiment aider le RC Lens ? 

Hafiz Mammadov est un oligarque azerbaïdjanais, proche du pouvoir (l'est-il encore ?) mais qui n'a pas de responsabilités politiques. La marque "Azerbaïdjan, Land of fire", n'est ni un fonds souverain (à l'inverse de QSI, fonds qatari propriétaire du PSG), ni une marque liée directement à l'Etat, ni le logo de l'office de tourisme du pays. C'est une marque générique créée de toutes pièces par Hafiz Mammadov et déposée par son fils Sanan. Certes, la marque a reçu l'aval des autorités azerbaïdjanaises à l'époque pour promouvoir l'image du pays mais cela reste un sponsor privé. Un détail qui a toute son importance.
Quand Gervais Martel, qui a obtenu le report de son audition prévue ce jeudi devant la Direction nationale de contrôle de gestion (DNCG), assure ce jeudi que l'Etat azerbaïdjanais souhaite "aider" le club, en difficultés en raison des problèmes de son actionnaire majoritaire Hafiz Mammadov, c'est sans doute vrai. Mais l'Etat azerbaïdjanais n'a jamais investi directement dans le RC Lens. Gervais Martel affirmait récemment sur l'Equipe 21 que c'était une question d'image pour le pays. "Sur notre maillot, il n'est pas marqué "Autobus Mammadov" mais "Azerbaïdjan, Land of fire"", affirmait-il, surfant sur l'ambigüité de la situation.  "Dès hier soir (mercredi), nous avons rencontré des représentants de l'Etat azéri (...) Ceux-ci nous ont assuré de leur souhait de nous aider", écrit le patron du RCL dans un communiqué publié ce jeudi. Des mots déjà entendus mais qui tardent à être suivis d'actes concrets. 

"Il nous appartient donc, avant notre prochaine convocation (dont la date n'a pas été fixée, ndlr), d'amener les solutions définitives à ce problème récurrent
depuis début juin dernier afin d'assurer la pérennité financière et sportive de notre club
", ajoute Martel.

Autre élément capital, la "Bank of Azerbaïdjan" n'est pas la banque centrale du pays mais une banque privée détenue par la famille Mammadov. Cette banque a fait faillite et a été recapitalisée par l'Etat. De quoi compliquer encore la situation. La garantie à première demande, censée pallier le défaut de paiement de Mammadov (2,5 millions d'euros maintenant, 14 millions en janvier) peut-elle dès lors vraiment être exercée ? Ou Gervais Martel espère-t-il que ces fonds viendront d'une autre source azerbaïdjanaise (voire de l'Etat lui-même) ? Là-dessus, le flou est aussi entretenu.

La garantie à première demande est-elle vraiment une bouée de sauvetage sûre ? A quelle échéance ? A quelles conditions ? Le sujet est technique mais capital. Interrogé par 20 minutes en septembre dernier, Gervais Martel avait affirmé : "Que l’argent n’arrive pas par Mammadov, c’est possible mais l’argent arrivera quoi qu’il arrive via l’Etat d’Azerbaïdjan. On a une caution bancaire de la banque du pays (NDLR : Martel parle-t-il ici de la Bank of Azerbaïdjan ? Si oui, c'est faux, ce n'est pas la banque du pays). Si l’argent n’arrive pas d’ici la fin octobre mes juristes envoient une lettre à la banque et ils ont cinq jours pour faire le virement. Sinon on passe devant un tribunal financier international." Peut-être mais sera-t-il trop tard car ce genre de procédure peut prendre beaucoup de temps... 

L'avenir avec Mammadov ?

L'optimisme de Gervais Martel est aussi difficile à suivre quand on parle AVENIR. Même si une solution est trouvée dans les prochaines semaines, le doute est désormais plus que permis sur la personnalité, la solidité et la pertinence de l'actionnariat Mammadov. Et là, Gervais Martel semble coincé.

Mammadov a sauvé le club mais ne peut plus le faire vivre, le soutenir, lui donner un avenir crédible. Mais s'il ne décide pas lui-même de vendre ses parts, Mammadov peut faire sombrer le club avec lui. Si Mammadov ne vend pas, que faire ? Si Gervais Martel ne trouve pas un autre investisseur rapidement, il semble pertinent d'envisager un avenir très sombre pour le RC Lens. Qui peut croire aujourd'hui que Mammadov puisse bâtir un vrai projet à moyen-long terme pour le RC Lens ?

Le spectre de la Ligue 2

L'optimisme de Gervais Martel est aussi difficile à suivre sur le plan sportif car désormais le temps presse. Lens, actuellement dernier de L1 avec 11 points en 14 journées, ne peut pas recruter pour se renforcer. L'équipe est courageuse, déterminée mais limitée en quantité et qualité. "Ça va être difficile. Il ne faut pas se leurrer Moi je suis persuadé qu'on a fait le plus dur. On a notre public derrière nous, on sait que notre centre de formation produit mais on a besoin de recrues", disait Gervais Martel sur l'Equipe 21 le 14 novembre dernier.
Beaucoup de supporters lensois, bien que reconnaissants envers les joueurs qui se battent pour se maintenir, ne peuvent s'empêcher de penser que toute l'énergie dépensée pour obtenir les fonds pourrait bien être vaine. Le RC Lens pourrait-il survivre à une nouvelle relégation en Ligue 2 ?
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