Chauffage biomasse : dans l'Aisne, le bon calcul des villages de Thiérache

La flambée des prix de l'énergie donne un nouvel élan à cette filière locale. Depuis le début des années 2000, plusieurs villages ont choisi de privilégier cette source de chaleur locale pour assurer le chauffage de bâtiments municipaux. Il s'agit aussi de mieux valoriser une ressource abondante sur le territoire : le bois.

Le maire d'Esquéhéries, petite commune de 900 habitants, se montre factuel. Le compte y est à n'en pas douter : "avant l'installation des deux chaudières biomasse du village en 2010 le coût du chauffage au fioul des bâtiments municipaux étaient de 13 000 euros annuels. Il se situe aujourd'hui entre 4 500 et 4 700 euros par an", explique Alain Compère.

La commune de Thiérache chauffe au bois déchiqueté les 6 classes du groupe scolaire, les locaux de la mairie et la salle des fêtes. Et depuis l'explosion des cours du pétrole et du gaz, le différentiel entre les deux sources d'énergie s'est encore accru.

En 2010, la commune s'équipe de deux chaudières biomasse de 80 kw pour une somme globale de 160 000 euros. L'investissement est subventionné à hauteur de 70%. Il est donc aujourd'hui déjà largement amorti. "Il s'agissait pour nous de faire des économies mais aussi de mieux valoriser une ressource omniprésente dans nos paysages, le bois".

Un investissement rapidement amorti

Tous les mois, les agriculteurs regroupés au sein de l'atelier Avesnois-Thiérache livrent au village d'Esquéhéries 30 m3 de bois. La somme du m3 avoisine aujourd'hui les 29 euros. Seul regret d'Alain Compère : ne pas pouvoir chauffer la cantine et l'église du village, des sites trop éloignés des chaudières biomasses. L'équipement nécessaire en canalisations et en travaux publics pour amener l'eau chauffée jusqu'au deux sites serait trop onéreux.

C'est ça, l'indépendance énergétique.

Laurent Marlot,

Maire (LR) de Fontaine-les-Vervins

À Fontaine-les-Vervins, on partage largement le constat dressé a Esquéhéries. Le maire Laurent Marlot ne regrette pas d'avoir été un précurseur. Dés 2007-2008, la commune a fait le choix de se doter de deux chaudières "bois déchiqueté" . Aujourd'hui, la mairie, la salle des fêtes, la médiathèque, deux logements communaux et l'église bénéficient de l'équipement. 

Compte tenu des aides et subventions, le reste à charge pour la commune a été d'environ 30 000 euros. "Une somme à l'époque amortie en 5 ans, compte tenu de la flambée des cours énergétiques actuels, aujourd'hui elle le serait en un peu plus de deux ans".  

Désormais, la facture annuelle du chauffage des bâtiments municipaux s'élève à 12 000 euros contre 20 000 euros quinze ans plus tôt. Une courbe inverse à l'évolution de prix de l'énergie. Cerise sur le gâteau : la municipalité fait désormais fructifier son patrimoine foncier. Les bois communaux de Fontaine-le-Vervins fournissent un tiers de la matière première en bois déchiqueté. Pour les deux tiers restants, Fontaine-les-Vervins, comme Esquéhéries, se fournit auprès de l'atelier Avesnois-Thiérache. 

Un potentiel très largement sous exploité 

Crée en 1984, l'atelier agriculture Avesnois-Thiérache regroupe des exploitants. La préservation du patrimoine bocager est l'un des objectifs de regroupement.

Longtemps président du groupement, Benoît Leurquin indique que l'entretien des haies peut fournir le double voire même le triple de volume en plaquettes de bois que celui qui est actuellement utilisé. Le problème réside donc plus dans la demande et l'équipement des collectivités que dans la matière première disponible.

Actuellement, l'atelier agriculture Avesnois Thiérache fournit entre 3 000 et 4 000 m3 de bois plaquettes chaque année. Il s'agit aussi, en redonnant un intérêt économique aux haies, de les préserver de l'arrachage. L'intérêt économique rejoint la nécessité écologique.

L'actuel président, Jean-Pierre Millet, note toutefois une évolution: "Désormais, entre 15 et 20 communes utilisent et valorisent le bois local pour se chauffer. Fin 2022, Fourmies (dans le Nord, ndlr) chauffera des bâtiments en biomasse, l'atelier lui fournira 1 400 m3 chaque année. Mais des communes beaucoup plus petites comme Lerzy ont également recours à nos services".

Pour Jean-Pierre Millet, l'emploi de cette ressource locale est une évidence. La conjoncture actuelle va insuffler une nouvelle dynamique et fournir de nouveaux revenus aux agriculteurs qui entretiennent leurs haies. La solution bois plaquette permet un développement local. Elle est aussi la mieux-disante du strict point de vue économique : 3 centimes le Kwh en chauffage biomasse contre 17 centimes pour l'électricité et 14 centimes pour le gaz hors bouclier tarifaire.

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