Le conseil départemental de l’Aisne passe commande de 4 000 maroilles pour aider les producteurs locaux

Le fromage emblématique de la Thiérache n'a pas très bien vécu la période de confinement. Le nombre de commandes s'est effondré et avec, le chiffre d'affaires des producteurs. Pour les soutenir, le Département de l'Aisne va passer commande de 4 000 fromages.

La filière du maroilles a connu des difficultés pendant la crise sanitaire du coronavirus covid-19.
La filière du maroilles a connu des difficultés pendant la crise sanitaire du coronavirus covid-19. © CD02/FX Dessirier
C'est une action volontariste destinée à aider un monument gastronomique des Hauts-de-France : le maroilles. "Manger du maroilles, c'est soutenir les producteurs fermiers ou industriels, les employés de la filière, les éleveurs laitiers", peut-on lire sur la page Facebook du conseil départemental de l'Aisne, qui a choisi d'acheter 4 000 fromages à sept producteurs locaux. 
 


Un patrimoine à protéger


Dans un premier temps, dés le mois de juillet, trois fromagers "industriels" seront mis à contribution afin de leur permettre d’écouler leurs stocks. Ils se partageront une commande de 3 000 maroilles. Puis en septembre, quatre producteurs de Maroilles fermiers seront sollicités pour des quantités plus modestes. Il s’agit de leur permettre de compenser l’annulation de la foire aux fromages de la Capelle.
 
Le conseil départemental de l’Aisne et son président Nicolas Fricoteaux (UDI) espère ainsi aider une filière durement impactée par la crise sanitaire du covid-19. "Cette aide va dans le même sens que la distribution de masques aux commerçants et artisans : il s’agit de permettre le redémarrage de l’activité", déclare-t-il.

Cette action exceptionnelle sera financée par des crédits destinés habituellement à la foire aux fromages de La Capelle. L’évènement qui a lieu chaque année au mois de septembre est annulé en raison de la crise sanitaire. Un peu moins de 30 000 euros seront donc consacrés à cet achat massif de maroilles.

Les maroilles de différents formats seront ensuite redistribués par le conseil départemental à des associations caritatives telles que les restos du coeur ou la banque alimentaire. Le maroilles sera également associé à une campagne promotionnelle que le département de l’Aisne souhaite lancer dès le mois de juin à destination des régionaux et des Parisiens pour encourager le tourisme local.
 

"Un coup de main appréciable"


Dans le département de l’Aisne, la filière du maroilles représente un peu moins de 300 emplois directs mais l’enjeu dépasse ce chiffre. Il s’agit de sauvegarder un symbole du terroir. Parmi les fromagers industriels, Claude Leduc se réjouit de cette mesure. "Elle témoigne de la considération du département pour notre activité c’est un coup de main très appréciable, cela témoigne de l’intérêt du personnel politique pour notre travail et notre contribution au dynamisme local."

La fromagerie Leduc, basée dans le village de Sommeron en Thiérache, emploie une quarantaine de salariés. La production a dû cesser pendant cinq semaines. L'entreprise a accusé un effondrement des commandes d’environ 60 % . Une conséquence immédiate du confinement, le secteur de la restauration étant totalement à l’arrêt.

Depuis deux semaines, les maroilles Leduc ont repris leur activité de fabrication à 50 % de leur capacité habituelle. L’affinage en cave du maroilles nécessitant 6 semaines, il est important que la transformation reprenne pour éviter la rupture de stock dans les semaines à venir. Désormais, seuls sept salariés sont encore au chômage technique.
 
En juillet, l’entreprise devra livrer 900 fromages au département, une commande saluée par les intéressés mais à mettre en rapport avec les 80 ou 90 000 maroilles fabriqués par l’entreprise chaque mois.
   

Des producteurs fermiers diversement touchés

Les quatre producteurs fermiers se partageront une commande globale de 1000 maroilles, soit environ 250 fromages chacun.

Une commande significative, notamment pour Bruno Meura établi, à Esquéhéries. La Ferme de la Planchette  a vu ses commandes fondre comme neige au soleil pendant les cinq semaines de confinement. Moins 80% exactement. Pour ce producteur fermier, la demande du département représente une semaine de fabrication : "de quoi redonner enfin le sourire car nous nous sommes posés beaucoup de questions". Un sourire de plus en plus épanoui car depuis une semaine la Ferme de la Panchette enregistre une envolée des commandes, à tel point que l’exploitation est depuis ce mardi en rupture de stock.

"Il est difficile de savoir si ce phénomène sera durable", ajoute l’exploitant, encore contraint il y a quelques jours seulement de vendre son lait à une coopérative.
 

Le circuit court épargné par la tourmente


Cette période de turbulences, Aurélie Halleux, installée elle à Haution à la ferme de la Fontaine Orion, l’a vécue beaucoup plus sereinement. La productrice de maroilles fermier a poursuivi la politique familiale initiée depuis plusieurs années en privilégiant la vente directe. Drive fermier, depôt-vente chez des agriculteurs ou des petits commerces de proximité, les réseaux de distribution sans intermédiaire ont tenu le choc.

Le Maroilles de la Fontaine Orion est passé entre les gouttes du cyclone covid-19 : l’activité ne s’est jamais arrêté et a peu ralenti. Un résultat qui conforte la stratégie de cette entreprise familiale d’éviter le recours aux grossistes. Une politique commerciale peut-être difficilement transposable, néanmoins, à des structures plus importantes.
 
Fort de cette action saluée par les acteurs de la filière et dont les médias nationaux se sont faits l’echo, le conseil départemental de l’Aisne n’en a sans doute pas encore terminé avec "la bataille du maroilles". Nicolas Fricoteaux n’exclut pas à la rentrée de septembre de donner un nouveau coup de pouce à un secteur jugé"emblématique". Il pourrait par exemple encourager la restauration scolaire à passer commande auprès des producteurs du département.


 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
économie crise économique coronavirus santé société
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter