Des fresques exceptionnelles découvertes dans la domus romaine mise au jour lors de fouilles archéologiques à Soissons

Des fouilles de diagnostic avaient mis au jour une petite partie de cette domus romaine au mois de mai dernier dans le quartier de Saint-Crépin à Soissons. L'expertise du centre d'étude des peintures murales romaines, basé lui aussi à Soissons, confirme l'intérêt de ses décors.

De précédentes découvertes avaient déjà fait état de ce type de décor à Reims, Noyon ou Amiens.  Désormais Soissons fait partie du cercle très restreint des cités où des fresques réalisées à partir de céladonite ont été identifiées.

La céladonite est un pigment minéral de la famille des micas. Il permettait la réalisation de vastes fonds de décors verts qui agrémentaient les fresques d'époque romaine.

Un pigment venu de l'île de Chypre

Sabine Groettembril dirige le centre d'étude des peintures murales romaines à Soissons. "La céladonite permet, contrairement à un autre pigment vert plus local, la glauconie, de réaliser de grands aplats de couleur car il s'étale beaucoup plus facilement sur le mortier de chaux."

La spécialiste souligne le caractère très particulier de la découverte de ces fragments sur le chantier de fouilles préalables à la création de logements sociaux dans le quartier Saint-Crépin à Soissons. "On sait déjà grâce à des recherches précédentes que de riches demeures romaines sommeillent sous le lycée Gerard de Nerval juste à côté, cela confirme la présence d'un quartier de notables, l'emploi de ce pigment venu exclusivement de Chypre prouve l'aisance matérielle des propriétaires de la domus."

Sabine Groettembril rappelle qu'à l'époque impériale le nombre de pigments, presque tous d'origine minérale, limite la palette de couleurs. "Le plus rare d'entre eux reste le cinabre qui donne le rouge pompéien introuvable sous nos latitudes."

Grâce à la conjonction des différents éléments trouvés par les archéologue, la domus (demeure de ville contrairement à la villa qui est une vaste propriété agricole) a pu être datée du début du second siècle de notre ère.

Encore beaucoup de secrets enfouis

Seule une petite partie de l'habitation a pu être étudiée car les fouilles de diagnostic ne donnent qu'un aperçu de l'intérêt archéologique. Les débris de fresque ont surtout été découverts dans un remblai utilisé probablement pour combler des vides sous une construction postérieure. Difficile d'en savoir beaucoup plus en l'état actuel sur la destination de cette pièce. "Peut être un triclinium, la salle de réception de la domus, mais rien n'est certain, on possède cependant la preuve que cette pièce était chauffée en raison de la technique d'accrochage."

Une pointe de regret est perceptible dans la voix de la directrice du centre d'études. La domus de Saint-Crepin risque fort de conserver beaucoup de ses secrets enfouis sous terre. De nouvelles fouilles semblent très incertaines. "Ces décors très riches donnent évidemment envie d'en savoir beaucoup plus. Mais il n'y aura probablement pas de suite car la future construction de logements préservera sans doute le sous-sol et n'obligera donc pas à des recherches approfondies."

Soissons une cité prospère sous l'empire romain

Le service archéologique du département de l'Aisne a conduit les recherches de diagnostic préalables obligatoires à la construction de logements sur le site. Son chef de service adjoint confirme l'intérêt de la découverte. Pour Anthony Lefebvre, cela apporte une nouvelle preuve du développement de Soissons sous la domination romaine :"il reste très difficile de connaître précisément le nombre d'habitants d'Augusta suessionium (Soissons), mais il s'agit d'une cité importante du nord de la gaule. Elle se situe sur une route commerciale importante venant de Reims et allant vers la Bretagne romaine (la Grande-Bretagne)."

Selon certains textes, Soissons aurait possédé une grande manufacture d'armes. "Ces écrits n'ont jamais été corroborés par des preuves archéologiques, mais la cité fait preuve d'un dynamisme incontestable", souligne Anthony Lefebvre.

Preuve de la renommée de la ville, son théâtre romain, l'un des plus grands du nord de la gaule. Il dort aujourd'hui enseveli dans le parc d'un lycée privé de la ville. Il pouvait, dit-on, recevoir 20 000 spectateurs.

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