Bloquées en Afghanistan depuis cet été, trois familles d'interprètes de retour à Laon : "c'était la pire période de mon existence"

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Écrit par Eric Henry

Trois familles afghanes résidant à Laon ont pu regagner leurs domiciles lundi 8 et mardi 9 novembre. Parties en vacances cet été dans leur pays d'origine, elles s'étaient retrouvées bloquées là-bas, surprises par l'arrivée au pouvoir des talibans.

Trois familles d'origine afghane sont de retour à Laon après avoir été bloquées dans leur pays pendant des mois. Une bonne nouvelle pour le président de l'association des anciens auxiliaires de l'armée française, Abdul-Razeq Adeel, qui reste malgré tout prudent : une famille reste toujours bloquée en Afghanistan, dans l'attente d'un visa pour l'Iran. Téhéran, c'est par là que sont parvenues à s'extraire ces familles prises dans la nasse d'un pays retombé brutalement sous le joug des talibans. Depuis le retrait des troupes françaises d'Afghanistan, la préfecture de Laon accueille en effet les familles des anciens interprètes de l'armée française.

Un retour extrêmement difficile

L'une des familles, composée de trois personnes, a pu regagner la France lundi 8 novembre. Les deux autres ont pu faire de même le lendemain après-midi. Au total 7 adultes et six enfants ont retrouvé leurs domiciles. Pour tous, le périple est similaire : passage par l'Iran, puis transit par le Qatar avant de parvenir dans ce pays devenu le leur : la France. L'ancien interprète Abdul-Razeq Adeel décrit, amer, des difficultés sans nombre et un soutien très discret de la cellule de crise du ministère des Affaires étrangères. Parties pour renouer avec leur pays d'origine pendant les vacances scolaires, ces familles ont été contraintes de vivre dissimulées pour éviter les représailles destinées aux soutiens des Occidentaux. 

L'un de ces Afghans, âgé de 72 ans, arrivé lundi 8 novembre à l'aéroport de Roissy en compagnie de son épouse et de sa fille, préfère garder l'anonymat car il conserve des attaches dans son pays. Il raconte sa peur quotidienne. "Chaque nuit des groupes armés font des descentes dans des maisons, des hôtels, ils rançonnent les habitants... Cet été représente la pire période de mon existence", confie cet homme visiblement épuisé. Pour partir, il a dû se rendre à Jalalabad pour pouvoir obtenir un visa, le sésame pour l'Iran. Cet homme dont l'épouse reste affaiblie suite à une opération du cœur a dû vendre sa voiture et contracter un emprunt pour financer son retour. 

"Des enfants amaigris et sous alimentés"

Le maire de Laon, Eric Delhaye, s'inquiète pour la dernière famille encore bloquée en Afghanistan avec laquelle il est en relation permanente. "Il y a trois enfants là-bas scolarisés normalement à Laon en CE2, CE1 et maternelle, ils sont amaigris et sous-alimentés. Je suis très préoccupé pour cette famille", indique l'édile. Il précise que le père a reçu une lettre de menace. "J'ai alerté personnellement le président de la République sur la situation de ces familles au mois de septembre lors des rencontres cœur de ville". Depuis, malgré un courrier du directeur-adjoint de la cellule de crise du ministère des Affaires étrangères, le maire de Laon a le sentiment que ces familles sont livrées à elles-mêmes. "Seules celles qui ont un peu d'argent ont pu revenir", ajoute le maire de Laon. Un constat que partage le président des anciens auxiliaires afghans de l'armée française.