Les usagers de la ligne TER Laon-Paris crient leur ras-le-bol des retards et annulations de trains à répétition

Publié le Mis à jour le
Écrit par Muriel Bessard
TER Hauts-de-France en gare - Illustration
TER Hauts-de-France en gare - Illustration © Frederik Giltay / FTV

Cet été, la ligne TER Laon-Paris a connu de nombreuses suppressions de train et des retards importants. La SNCF évoque des travaux sur la ligne et des arrêts maladie dus au Covid. Les usagers sont sceptiques.

Lundi 16 août, plusieurs trains sont annoncés avec des retards de 60 à 90 minutes. Entre le 13 et le 15 août, 4 à 5 trains ont été supprimés chaque jour. Début août, pas un jour sans un train annulé ou avec des retards d’au moins une demi-heure. Cet été, aller sur Paris ou en revenir quand on habite l’Aisne est un parcours du combattant.

"Il y a des problèmes tout le temps"

"Vendredi dernier, explique Arnaud, qui prend tous les jours le train depuis Soissons pour aller travailler à Paris,  je devais partir à 10h10, mon train était supprimé. Mais, coup de bol,  il y avait un bus prévu à 10h40. Il est arrivé avec du retard et avec le temps de trajet on est arrivé à 14h15..." (le temps de trajet en train est d’1h05 environ, ndlr). Même désarroi pour Romain, agent de sécurité à Paris qui habite à 15km de Laon : "parfois ils mettent des bus de substitution, mais ils mettent 3 heures."

Pour la SNCF, les explications sont simples : le Covid, avec des agents malades ou cas contacts qu’il est difficile de remplacer, surtout en cette période estivale. Il y a aussi des travaux. Il y en a chaque été, période de moindre circulation. "C’est plutôt une bonne nouvelle pour les usagers de savoir que nous améliorons la ligne", justifie le service d’astreinte de la communication de la SNCF, le seul à s’exprimer actuellement, en l’absence des responsables de l’entreprise. Quant aux autres raisons des retards ou annulations, manque de matériel, panne de signalisation, difficultés lors de la préparation des trains en gare... pas d'explications pour le moment...

Franck Dhersin, vice-président en charge des mobilités à la région, est plus critique : "oui, il y a des travaux sur la ligne, pour le projet du Grand Paris, et les TER et les trains franciliens circulent en ce moment sur la même voie. Mais on sait bien que les Hauts-de-France, c’est la dernière roue du carrosse pour la SNCF. Les trains franciliens sont toujours favorisés". Il pointe également du doigt un problème de matériel, pas réparé et/ou pas remplacé faute d’argent ou de personnel.

"Le covid est une bonne excuse"

Les usagers sont un peu dubitatifs : comme Marc, étudiant en journalisme qui emprunte la ligne 3 à 4 fois par semaine depuis plus de 3 ans. "Le Covid est une bonne excuse, il y avait déjà des problèmes avant." Ou Romain : "ils nous disent qu’un agent est absent, mais ça supprime autant de trains ?"

Quant à Arnaud, ses nouvelles excuses ne prennent pas : "il y a des problèmes tout le temps, en automne ce sont les feuilles sur les voies, la neige en hiver, la pluie, les trous et la boue au printemps et la chaleur qui déforme les rails en été !" Alain, fondateur de la page Paris-Laon, ma 2ème maison confirme : "il y a les trains Regiolis, ils ont été mis en service en 2014. On nous a dit au début que les problèmes allaient se résoudre, qu’il y avait des réglages à faire. Mais là ça fait 7 ans. Et tout le monde se renvoie la balle, la SNCF, la région, Alsthom (le constructeur)… Ça n’est la responsabilité de personne s’il y a des problèmes."

"C’est la responsabilité de la SNCF, affirme Franck Dhersin. Elle ne fait pas son travail. Le problème ne vient pas des agents, c’est un problème d’organisation". La preuve, dit-il c’est le manque d’informations pour les voyageurs : "la SNCF sait quand il y a un problème de rame, mais elle n’arrive pas à prévenir les gens avant le jour J. Alors ils se retrouvent tous sur le quai. Le train n’arrive pas ou il est court et les usagers doivent courir pour monter dans la voiture. Si c’est dans les trains du matin ou du soir, ils sont déjà bien pleins, ils deviennent vraiment bondés."

"Les informations arrivent tard"

Les usagers regrettent aussi le manque d’informations. "On est toujours prévenu à la dernière minute", explique Nadia, qui habite Villers-Cotterêts et qui doit jongler entre ses horaires de travail (7h du matin – 15h) et sa vie de famille. "Ils nous laissent dans la galère", renchérit Romain, "heureusement qu’on a la page Facebook pour avoir des alertes."

La page compte aujourd’hui 5 900 abonnés. Alain l’a créé il y a 11 ans "parce qu’il y avait beaucoup de problèmes et le but était que l’on puisse communiquer entre nous et échanger des informations." 11 ans après, la page existe toujours, c’est souvent la principale source d’informations des usagers qui s’envoient les horaires et se signalent en temps réel les suppressions et les retards.

Marc reconnaît toutefois "qu'il y a une chose qui s’améliore, c’est l’application de la SNCF qui nous signale si on va avoir un train long ou un train court et la durée du retard. C’est bien mais les informations arrivent tard."

"Ça ne fait pas sérieux d’arriver en retard"

Les usagers doivent trouver des solutions pour arriver à l’heure. Romain prend sa voiture "un nombre incalculable de fois ; mes collègues me chambrent, ils disent que c’est la pire ligne." Marc, lui, s’organise : "je prends un train une ou deux heures avant, pour être sûr d’arriver à l’heure. Parce qu’avec les annulations et les retards, on n’a pas forcément la correspondance avec le RER après ou alors il peut y avoir des problèmes dans le RER ou le métro.

Pour certains, cela pose des problèmes avec leur employeur. "Quand j’arrive en retard, raconte Nadia, on me fait savoir que c’est compliqué de travailler comme ça. On m’a même fait comprendre que si on avait su on ne m’aurait pas embauchée." Pour Arnaud, "ça va que c’est l’été en ce moment et qu’il y a un peu moins de pression au travail, mais ça ne fait pas sérieux d’arriver en retard."

Des coûts en plus

Pour être sûre d’arriver à l’heure au travail ou de rentrer à temps chez elle pour s’occuper de sa fille, Nadia doit parfois prendre le train à Crépy-en-Valois dans l'Oise ou prendre sa voiture, "mais c’est des coûts en plus." Cette situation qu’elle vit toute l’année la met en colère, "on nous supprime des trains du coup, on est nombreux dans ceux qui circulent et c’est l’horreur. Et pour se faire rembourser, c’est compliqué. J’ai un abonnement à l’année, normalement ils nous font une déduction automatique mais là je n’ai rien eu depuis un an."

Marc reconnaît, lui, qu’il a "réussi à (se) faire rembourser, mais les délais sont longs. Et puis il faut demander à chaque fois." La SNCF rappelle qu’une indemnisation de 20% est possible sur une mensualité lorsque le taux de régularité est inférieur à 87% dans les deux derniers mois, c’est la "garantie TER Hauts-de-France."

"Ce ne sont pas mes trains"

Dans le cadre d’une convention avec la SNCF, la Région débourse chaque année 500 millions d’euros, explique Franck Dhersin. Quand il y a des retards ou des annulations, la SNCF rembourse une partie de cette somme, à hauteur de 20% du coût total. Mais aujourd’hui, l’entreprise ferroviaire n’a pas les moyens financiers pour investir dans du matériel ou de la réparation de voies, donc elle paie. "Qu’est-ce que je peux faire, s’interroge Franck Dhersin, nous n’avons pas le droit de suspendre le paiement. Et ce ne sont pas mes trains, mes rails, mes salariés. Ce que je peux faire, ce que je fais, c’est téléphoner aux directeurs régionaux de SNCF voyage et SNCF réseau, envoyer des courriers au ministère des Transports". Sans succès dit-il alors que la ligne Laon-Paris accuse des taux de régularité bien inférieurs aux 98% définis dans la convention SNCF-région. "C’est une des plus mauvaises lignes de la région".

Le vice-président en charge des mobilités à la Région annonce toutefois des améliorations à venir, normalement dès la rentrée quand les travaux d’été seront terminés. "Nous avons aussi commandé 33 trains et 105 rames pour remplacer le matériel qui tombe trop souvent en panne. C’est un investissement d’un milliard d’euros". Mais pas avant 2023 en ce qui concerne le matériel et pas avant 2024 en ce qui concerne les travaux du Grand Paris et ceux liés aux Jeux Olympiques.

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