Un restaurant de Saint-Quentin ferme définitivement ses portes après une intoxication collective

Publié le
Écrit par Sylvia Bouhadra .

Au début du mois d’août, les pompiers sont intervenus dans le restaurant l'Arganier d’Or à Saint-Quentin alors qu'une vingtaine de personnes se plaignaient de nausées et de vomissements. Sous le coup d’un arrêté préfectoral de fermeture, le propriétaire a déposé le bilan.

L'Arganier d’Or ferme définitivement ses portes. Ce restaurant de la rue Raspail à Saint-Quentin a fait les titres des journaux le 5 août dernier. Prises de nausées et/ou de vomissements, une vingtaine de personnes qui déjeunaient au sein de l’établissement ont été transportées à l’hôpital, dont une en état grave.

L’hypothèse de l’intoxication alimentaire était alors la plus probable après que des tests de monoxyde de carbone se sont révélés négatifs. Une hypothèse confirmée par l’Agence régionale de santé (ARS) et la Direction départementale de la protection des populations (DDPP).

Contactée par France 3, la Préfecture de l’Aisne indique : "Suite à l'intervention d'inspecteurs de la DDPP, le jour même de la Tiac (Toxi infection alimentaire collective) dans ce restaurant, 8 prélèvements pour analyses microbiologiques ont été réalisés sur les différentes denrées servies au repas du midi qui était composé notamment d'une entrée à base d'une salade de pommes de terre et d'un couscous."

Sur 5 prélèvements, il a été retrouvé la présence de Bacillus cereus et sur un prélèvement Escherichia coli, en quantité plus ou moins importante, la salade de pommes de terre étant la denrée la plus contaminée.

Préfecture de l'Aisne

Bacillus cereus est une bactérie de l'environnement qui contamine essentiellement les légumes, pommes de terre, riz, épices. Dans certaines conditions, il fabrique des toxines : toxine émetisante (qui provoque le vomissement) et toxine diarrhéigène. Les premiers symptômes peuvent se manifester deux heures après la consommation.

Des conditions d’hygiène douteuses selon la préfecture

Selon la Préfecture de l’Aisne, "le restaurant était connu défavorablement de la DDPP puisqu'une mise en demeure avait été engagée au mois de juin dernier compte tenu des mauvaises pratiques d'hygiène (locaux et matériels sales notamment). Une formation aux bonnes pratiques d'hygiène avait été ordonnée également au gérant".

Lors de la dernière inspection du restaurant le 5 août, "il a été constaté à nouveau l’absence de nettoyage". Depuis, l’établissement est sous le coup d’un arrêté préfectoral de fermeture.

Pour le gérant, une réalité toute autre 

Pour le gérant de l’établissement Brahim Azhar, "il n’y a vraiment eu que deux personnes réellement malades. Les autres ont vomi, parce qu’elles ont vu les autres vomir. Même moi, j’ai eu la nausée. Aux urgences, ils n'ont pas fait d'examen", nous dit-il au téléphone. Le 5 août, les pompiers nous avaient effectivement indiqué qu’une seule personne, une femme âgée de 62 ans en état d’urgence absolue, avait réalisé un examen médical, confirmant une intoxication alimentaire la concernant. Brahim Azhar met également en avant le fait qu’une serveuse, n’ayant rien mangé au restaurant ce jour-là, était également malade.

Malgré les résultats de l’enquête de l’ARS, le gérant de l’Arganier d’Or est persuadé que la bactérie mise en cause dans cette Tiac provient de l’eau : "L'agglomération de Saint-Quentin a fait des travaux dans la rue, devant mon établissement, une semaine avant. Ils m'ont envoyé un technicien pour vérifier 15 jours après. Mais après 15 jours, la bactérie est partie, il aurait fallu envoyer le technicien directement", fustige-t-il.

Contactée, la mairie de Saint-Quentin confirme la réalisation de travaux dans la rue, mais réfute tout problème lié à l’eau : "Au niveau de nos études sur l’eau, nous avons eu les résultats des contrôles bactériologiques menés par l’ARS. Et les résultats sont conformes aux exigences réglementaires", indique le cabinet du maire, d’autant plus que les travaux effectués rue Raspail "ne concernaient aucunement l’eau, la Ville effectuait des sondages géotechniques du sous-sol."

Un contrôle sanitaire en juin satisfaisant

Brahim Azhar conteste également les résultats de l’enquête de la DDPP, jurant que son restaurant répond aux normes d’hygiène :

Je ne travaille qu’avec des produits frais. J’ai eu un contrôle d’hygiène quelques mois avant l’histoire, et j’ai obtenu le document de satisfaction. Si ça n’allait déjà pas, ils auraient pu fermer le restaurant à ce moment-là.

Brahim Azhar, gérant de l'Arganier d'Or

Le site internet Alim'confiance - permettant de consulter les résultats des contrôles officiels réalisés en matière de sécurité sanitaire des aliments – indique effectivement un niveau d’hygiène satisfaisant en date du 1er juin 2022.

Pour rouvrir, il suffit au gérant de l’établissement de se soumettre aux exigences sanitaires de la DDPP. Mais, abattu par cette affaire, Brahim Azhar a choisi de déposer le bilan : "Avec les commentaires que j’ai eus et la mauvaise pub, j’ai trop honte. Les gens ne reviendront pas, ils ne retiendront que cette affaire d’intoxication."

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