Après 62 années passées au cinéma de Vervins dans l'Aisne, le projectionniste prend sa retraite sans relève assurée

Le cinéma Piccoli-Piccolo de Vervins est en sursis. Le projectionniste Edmond Bourgeois, 77 ans, part à la retraite le 31 décembre. Cet amoureux du 7e art, qui a consacré 62 années de sa vie à son métier, souhaiterait pouvoir passer le relais. Mais pour le moment, il n'a aucun remplaçant.

À 77 ans, il est temps pour Edmond Bourgeois, le projectionniste du cinéma Piccoli-Piccolo de Vervins, de tirer sa révérence. À partir de l'année prochaine, il a décidé de prendre sa retraite. "Je suis arrivé à un âge où il est temps d'arrêter, ce n'est pas par volonté, mais parce que je suis obligé", confie-t-il.

Depuis 62 ans, il fait fonctionner le petit cinéma bénévolement et ne compte pas ses heures. "Le week-end, vous êtes là, quand vous avez un repas de famille, moi par exemple, je vois l'entrée, éventuellement le dessert, mais entre les deux, je ne vois rien", sourit-il. 

Ouvreur à ses débuts, il est ensuite devenu projectionniste. Dans les années 90, le cinéma Piccoli-Piccolo faisait jusqu'à 16 000 entrées par an. Edmond, lui, se souvient d'avoir dû porter les bobines renfermant les 3h14 du film Titanic de James Cameron. "C'était drôlement lourd", se rappelle-t-il. 

Un métier qui a bien changé 

En soixante ans, le métier a beaucoup évolué : aujourd'hui, tout est en numérique. "La pellicule, c'était le plaisir de la toucher, de vérifier l'image, de faire le collage, d'assembler les bobines... C'était un travail manuel. Aujourd'hui, on n'a plus rien. Un enfant de 12 ans serait capable de manier un appareil numérique comme celui-là", montre-t-il.

Ce changement ne plaît pas forcément à Edmond, mais il a su s'adapter. Pour lui, quitter le cinéma aujourd'hui est un crève-cœur, d'autant que pour le moment, il n'a personne pour le remplacer. "Je ne voudrais pas voir mon cinéma fermer, regrette-t-il, très ému. J'en profite donc pour lancer un appel." Si le bâtiment appartient à la mairie, l'activité, elle, est gérée par une association qui compte sur des candidats pour maintenir le seul cinéma de la commune. "Si on n'a pas accès à l'offre culturelle cinématographique, on n'a rien, se désole Christelle, une spectatrice assise dans la salle. On sera donc obligé de se déplacer un peu plus loin."

Difficile donc de voir le rideau baisser pour Edmond. Pourtant, sa dernière séance est d'ores et déjà programmée le 31 décembre.