Confinement. Alternance, apprentissage : le chemin de croix des étudiants pour trouver un contrat

Depuis le début de la crise sanitaire, les jeunes en recherche d'apprentissage et d'alternance ne sont pas logés à la même enseigne en fonction des secteurs et des métiers. Certains sont plus touchés que d'autres et rendent la signature d'un contrat difficile, parfois impossible. 

Maxence Bricout, 19 ans, cherche une alternance dans le domaine de la cybersécurité. Il a décidé d'investir dans des panneaux publicitaires pour multiplier ses chances de signer un contrat.
Maxence Bricout, 19 ans, cherche une alternance dans le domaine de la cybersécurité. Il a décidé d'investir dans des panneaux publicitaires pour multiplier ses chances de signer un contrat. © Maxence Bricout

Maxence Bricourt, étudiant de Maubeuge a frappé fort ! Sa créativité s'expose en 4x3 sur les routes d'Avesnes, Valenciennes et Mons : "Je me suis dit pourquoi ne pas mettre un panneau publicitaire, beaucoup des gens passent devant et les voient", explique cet étudiant en informatique, à la recherche d'une alternance dans le domaine de la cyber-sécurité.Cette semaine se tient dans les Hauts-de-France la semaine de l'apprentissage.

"Avec le Covid, c'est un peu plus compliqué par rapport à avant, constate l'étudiant. J'ai envoyé une cinquantaine de candidatures, contacts relationnels inclus. Les entreprises vous font espérer, attendre, et je parle de plusieurs semaines d'attentes, au lieu de nous dire non directement". Et, là où le Covid joue, selon lui, c'est le "coût d'un alternant, malgré les aides", à une période incertaine d'un point de vue économique pour bon nombre d'entre elles. 

Une pancarte de Maxence Bricout.
Une pancarte de Maxence Bricout. © Maxence Bricout

Le jeune homme de 19 ans ne peut s'empêcher de faire une analogie avec sa recherche de stage. "J'ai envoyé une centaine de CV et de lettres de motivations pour avoir 6 ou 7 réponses, c'est seulement grâce au relationnel que j'ai pu trouver un stage, loin de chez moi, en Île-de-France." Il relève également une disparité entre régions, où certaines, ont davantage d'opportunités que d'autres. 

Du 19 au 23 avril, se déroule la semaine de l'alternance dans les Hauts-de-France. Plus de 300 rendez-vous seront proposés en ligne ou sur place, dans des agences Pôle Emploi, et permettront de rencontrer des recruteurs, de découvrir des métiers et de mettre en avant plusieurs formations. 

Un événement important pour de nombreux jeunes à la recherche d'un apprentissage ou d'une alternance à une période où la crise sanitaire du Covid-19 ralentit les processus de recrutement. Il n'en reste pas moins que les chiffres officiels donnent de l'espoir : 440.000 contrats d’apprentissage ont été signés en 2020, plus que n'importe quelle autre année. Elisabeth Borne, ministre du travail, s'en est même félicité en janvier dernier, lors d'un Conseil des ministres. 

"Aussi paradoxal que cela puisse être, globalement, même en période de Covid, le volume de l'apprentissage ne cesse d'augmenter, explique Christophe Coulon, élu en charge de l’apprentissage dans les Hauts-de-France au Conseil regionalMais en réalité, d'un secteur et d'un métier à l'autre, les étudiants ne partent pas avec les mêmes chances. La course au contrat est rude et les places très chères. 

Dans le supérieur, la course à l'alternance

Dans l'enseignement supérieur, trouver une alternance relève du parcours du combattant. Et si aucun chiffre officiel ne le montre, il suffit d'aller sur des réseaux sociaux tels que Twitter ou LinkedIn pour constater le champ de bataille qu'est la recherche d'un contrat. "Recherche d'apprentissage", "recherche d'alternance", "recherche de contrat d'apprentissage", beaucoup de jeunes mettent les bouchées doubles à une période difficile d'un point de vue économique pour les entreprises.

C'est le cas de Lorenzo, étudiant lensois en marketing et communication digitale, en recherche intensive d'alternance. "C'est très compliqué d'en trouver une, car je pense que les entreprises n'ont pas spécialement le temps de regarder les candidatures, suggère-t-il. De plus, elles prennent énormement de précautions au niveau budgétaire car elles ont perdu énormément d'argent avec le Covid".  

Lui, contrairement à d'autres, ne désespère pas. "Je suis encore à la recherche d'une entreprise qui serait intéressée par mes compétences, je ne vais pas abandonner, affirme-til. Et puis, mon école m'aide et me suis dans mes recherches." Il constate également que certains de ses amis sont dans une situation délicate, "ils ont également un peu de mal, comme moi. Certains ont plus de chances et tombent au bon moment sur une entreprise, d'autres, comme moi, ont moins de chance et continuent de chercher". 

Pour Axel, à la recherche d'une alternance dans le domaine de la communication à Lille, "c’est assez compliqué parce qu’on ne peut pas faire les démarches sur place." De plus, la situation économique des entreprises joue aussi, à ses yeux. "Au-delà de ça, c’est compliqué pour les entreprises parce parce qu'elles ne savent pas où elles vont, ni même si dans 3 mois elles seront encore là", explique-t-il. 

D'un autre côté, des apprentis dans des domaines plus manuels comme la boulangerie, boucherie ou de la métallurgie trouvent davantage chaussure à leur pied. "Un ami en métallurgie a trouvé sans trop de problèmes une alternance dans ce domaine", raconte encore Maxence Bricout.  

Une réalité différente d'un secteur à l'autre 

À l'échelle des Hauts-de-France, "le domaine de la métallurgie a compté plus de 2000 contrats supplémentaires par rapport à l'an dernier, confirme Christophe Coulon. Il y a une tendance forte pour ce domaine actuellement.

Du côté du BTP, "ils recrutent fortement, il y a de nombreux contrats mais ils ne sont pas pourvus. C'est un problème historique, car beaucoup imaginent qu'il n'est pas simple de travailler dans le BTP. Il y a cette image de la pioche et de la brouette alors que c'est un métier qui se numérise aussi.

"Le secteur de la boucherie et de la boulangerie continuent de chercher des apprentis également"ajoute Henry-Luc Sprimont, président de la CAPEB Nord (Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment).

Il constate également que les aides accordées permettent de recruter davantage les apprentis. "Maintenant, reste à savoir comment va se comporter la crise économique", lance-t-il. Dans son secteur, le BTP, il nuance les propos de Christophe Coulon et assure que "ça va mieux". 

La vente, l'hôtellerie et la restauration sont des secteurs où le recrutement est difficile. Comme tout est fermé, il est difficile pour les apprentis de trouver des maîtres d'apprentissages. Actuellement, ces entreprises cherchent surtout à rebondir et s'en sortir.

Christophe Coulon

Dans une étude de la FNADIR (Fédération Nationale des Associations Régionales de Directeurs de Centres de Formation d’Apprentis), au niveau national, les apprentissages sont beaucoup plus difficiles à trouver dans plusieurs. secteurs, comme l'hôtellerie, la restauration et le tourisme, l'industrie et la mécanique, dans le commerce, la distribution et le marketing ou encore les métiers du BTP. 

Et finalement, les professions les moins enclines à embaucher sont, sans surprise, celles qui ont été le plus touchées par la crise sanitaire. "La vente, l'hôtellerie et la restauration sont des secteurs où le recrutement est difficile, poursuit Christophe Coulon. Comme tout est fermé, il est difficile pour les apprentis de trouver des maîtres d'apprentissages. Actuellement, ces entreprises cherchent surtout à rebondir et s'en sortir."

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