Amiens et Dunkerque : ces villes de Hauts-de-France qui savent accueillir les touristes en situation de handicap

En mars 2021, l'Etat a décerné le label "Destination pour tous" en Or à la communauté urbaine de Dunkerque, une récompense attribuée à Amiens en 2019. Ces villes ont mis en place des politiques d'accessibilité aux lieux d'hébergement, de culture et de loisirs pour les personnes à mobilité réduite.

"Nous avons reçu le label « Destination pour tous » global en 2017. En 2019, nous avons reçu la catégorie or, la plus haute. C'est à dire que nous sommes une ville accessible touristiquement pour tout type de handicap, mental, visuel, auditif et moteur. Ce label se renouvelle tous les trois ans, donc en 2022, nous serons évalués une nouvelle fois pour savoir si nous méritons toujours la catégorie or", Paul-Eric Dècle, président de l'Office du tourisme et vice-président d'Amiens métropole ne cache pas sa fierté.

Les efforts engagés il y a plusieurs années ont été remarqués au niveau national.  La marque « Destination pour tous » (DPT) valorise justement depuis 2013 les collectivités qui proposent aux personnes handicapées et à ceux qui les accompagnent "une offre touristique cohérente et globale".

On nous a demandé à quoi il fallait faire le plus attention. C'est très rare. Souvent, on nous sollicite quand le truc est construit.

Christine Trepte, représentante régionale du Conseil association des paralysés de France

Amiens a commencé par son centre-ville. Pour les travaux de rénovation du musée de Picardie, entrepris en 2011, plusieurs associations ont été consultées pour prendre en compte tous les handicaps physiques, psychiques, visuels, auditifs.

"On nous a sollicités sur les différentes propositions des architectes, sur l'aspect accessibilité extérieure comme intérieure. Est-ce qu'on passe toujours par la rue de la République ou est-ce qu'on déplace l'entrée ? Maintenant, elle est très bien où elle est [ndlr : rue Puvis de Chavanes], parce qu'on n'a plus le trafic. Pour rentrer, on est plus à l'aise", explique Christine Trepte, représentante régionale du Conseil association des paralysés de France.

Une collaboration en amont qui n'allait pas de soi : "En plus du projet d'architecte, on nous a demandé à quoi il fallait faire le plus attention. C'est très rare. Souvent, on nous sollicite quand le truc est construit en disant l'architecte connaît les normes et après on verra."

Toutes les salles du musée de Picardie sont désormais accessibles à tous, notamment grâce à un nouvel ascenseur. Des outils spécifiques ont été mis en place, comme une maquette tactile du site à l'accueil pour que les personnes malvoyantes comprennent l'articulation des espaces ; des outils qui servent à toutes les personnes à mobilité réduite, en situation de handicap, séniors ou parents avec poussette.

Certains "n'avaient pas pu être développés avant la réouverture et sur lesquels nous travaillons toujours. C'est le cas d'un parcours audioguidé : il sera bientôt à la disposition des visiteurs. Et on attendait aussi d'avoir des visiteurs dans les salles pour voir là où il y a des manques", précise Laure Dalon, directrice du musée de Picardie.

En juin 2021, Proust, un handi'chien en formation, est venu découvrir les oeuvres du musée. A terme, il pourra accompagner un visiteur malvoyant.

Des supports faciles à lire et à comprendre

A Dunkerque, dans le Nord, "on s'efforce de rendre le territoire accessible pour les personnes en situation de handicap mais aussi pour confort de toutes et tous". Une stratégie qui passe par les activités, l'hébergement, la restauration ou encore les transports. Et prochainement par la formation de professionnels du tourisme pour mieux accueillir des personnes en situation de handicap.

En Picardie, on parie aussi sur le développement de supports en FALC, comprenez  faciles à lire et à comprendre : "L'objectif est de faire des documents qui répondent aux besoins des usagers", explique Mathilde Roy, adjointe au maire en charge du Pacte pour le bien-vivre et l'accessibilité : "On évite le jargon, on parle de la manière la plus lisible en terme de vocabulaire compréhensible par le plus grand nombre. On évite des phrases trop longues et on dit l'essentiel : on ne s'encombre pas de prépositions, de phrases à rallonge avec des compléments d'objets directs indéfiniment etc. Et il y a des pictogrammes."

Un habitant sur dix en situation de handicap

Car l'accessibilité est un enjeu de taille. En moyenne, en France, 10% de la population d'un département est atteint d'un handicap, quel qu'il soit. Une ville accueillante pour tous ses touristes, doit l'être aussi pour sa population. Toute sa population, pas uniquement celle qui habite en centre-ville, comme le déplore Christine Trepte : "Cette dynamique doit maintenant aller vers l'extérieur et notamment dans les quartiers. L'accessibilité dans nos quartiers (logements, trottoirs) manque encore."

Une critique reçue cinq sur cinq par Mathilde Roy, qui signale que la Maison de quartier d'Amiens nord sera prochainement aménagée.

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