"C'est anxiogène" : les éleveurs de volailles face à la menace de la grippe aviaire

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Écrit par Leslie Larcher .

Depuis mi-novembre, la présence du virus de la grippe aviaire hautement pathogène a été confirmée dans tous les départements des Hauts-de-France. Le risque d’une contamination entre les exploitations pèse ainsi sur les épaules déjà bien lourdes des agriculteurs. Zoom sur Ludovic Williot, 24 ans, éleveur de poules pondeuses à Masny.

Il suffit de regarder l’historique des articles sur la grippe aviaire dans les Hauts-de-France pour comprendre que la filière agricole est en tension depuis l’année dernière. Cet automne ne déroge pas à la règle avec plus de six nouveaux foyers apparus dans la Somme, deux dans le Nord et un dans l’Oise, l’Aisne et le Pas-de-Calais, tandis que la vigilance est désormais renforcée depuis le 11 novembre sur le territoire national. 

"C’est beaucoup d’inquiétude, on ne sait jamais comment ça va se passer dans les jours qui viennent. C’est anxiogène", confie Ludovic Williot, chef d’une exploitation agricole à Masny, dans le Nord.  À la tête depuis deux ans d’un élevage de 7 000 poules pondeuses, il craint que le département ne se trouve à un tournant :  

"Si les contaminations n’explosent pas dans les dix jours, c’est que ça va aller. Sinon, c’est que le virus a commencé à se disséminer et là, ça peut devenir épidémique."

Ludovic Williot, éleveur de poules pondeuses à Masny

Contamination de grande ampleur

Le point de non retour pourrait même être atteint, tant la situation est "exceptionnelle (encore jamais rencontrée en France) de par son ampleur et la période où les détections ont cours", écrit le ministère de l’Agriculture et de la souveraineté alimentaire. L’épisode 2021-2022 avait notamment continué durant la période estivale. 

En parallèle, la présence de ce virus hautement pathogène se renforce également, comme l’explique Nathalie Feugeas, directrice de la Confédération française de l'aviculture (CFA) : "Les années précédentes, la pandémie était liée à la migration de la faune sauvage, mais cette année, le virus est devenu endémique, c’est-à-dire qu’il a contaminé notre avifaune sauvage. Il est plus implanté et plus virulent", décrit-elle. 

"Cette année, le virus est devenu endémique, c’est-à-dire qu’il a contaminé notre avifaune sauvage. Il est plus implanté et plus virulent."

Nathalie Feugeas, directrice de la Confédération française de l'aviculture

Menacés d’une contamination à la grippe aviaire, les exploitants de volailles doivent donc mettre en place une vigilance accrue : "J’espère que ça ira, mais ça se rapproche, un des foyers est à Illies, à 40 kilomètres de Masny", indique Ludovic Williot, 24 ans.

Un problème parmi tant d'autres

Le jeune exploitant relativise toutefois : "Finalement, c’est surtout que ça ajoute des difficultés car il n’y a pas que ça à gérer : l’inflation, le coût des aliments, la pénurie de poulets… C’est un problème parmi tant d’autres", déplore-t-il. Reste que le renforcement de la surveillance, la prévention ou l’auto-contrôle de l’exploitation requièrent un investissement en temps et en argent conséquent.

Cette vigilance renforcée aux airs de covid passe majoritairement par de nouveaux gestes de "biosécurité" à adopter : désinfecter les barrières de sécurité et les véhicules, se changer à l’entrée et à la sortie de l’exploitation, installation d’un pédiluve, chaussures adaptées, interdiction de faire venir quiconque, pas même un intervenant extérieur… "Une petite ouverture peut engendrer de grandes conséquences, donc c’est très strict. On prend toutes les mesures nécessaires pour éviter le pire", assène Ludovic Williot.

"Une petite ouverture peut engendrer de grandes conséquences, donc c’est très strict. On prend toutes les mesures nécessaires pour éviter le pire."

Ludovic Williot

Les animaux, eux, doivent être maintenus enfermés et peuvent l’être plusieurs mois de l’année. "C’est compliqué, réagit Ludovic, parce que j’avais signé au départ pour un élevage bio et plein air, et les poules se retrouvent confinées". Mais loin de lui l’idée de "pleurer dans les chaumières", l’exploitant tient à rappeler qu’il préfère évidemment cette situation à celle d’une contamination, scénario catastrophe de tout éleveur.

Santé mentale et économie impactés

Car comme le souligne Nathalie Feugeas, cette situation de tension peut avoir des conséquences sur les exploitants : "Il y a un impact psychologique fort, notamment pour les éleveurs qui se retrouvent foyers ou dans une zone de protection, car abattre tous ses animaux est un événement traumatisant. Malgré un dispositif d'aides conséquent, l’impact économique existe puisque tout n’est jamais couvert (autocontrôles, tests de dépistage). Et la commercialisation est indirectement touchée", analyse-t-elle. 

Il y a un impact psychologique fort, notamment pour les éleveurs qui se retrouvent foyers ou zones de protection, car abattre tous ses animaux est un événement traumatisant.

Nathalie Feugeas

"C’est moins d'œufs sur le marché et ça vient encore augmenter les prix", décrit en ce sens Ludovic Williot à propos des difficultés sur le long terme. En cas de contamination et d’abattage, la reprise d’activité peut également être compliquée car soumise à une période sans présence de volaille sur le site. À cela s’ajoute une autre problématique : la pénurie de poulets, avec des élevages eux-mêmes touchés par l’influenza, ce qui compliquerait pour Ludovic l’arrivée de nouvelles poules. 

Fort heureusement, le jeune éleveur ne se sent pas laissé pour compte. "On est tous conseillés, il y a beaucoup de communication par mail ou téléphone", indique-t-il à propos des instances syndicales et gouvernementales, notamment la direction départementale chargée de la protection des populations (DDPP), avec qui il est en contact. "Notre rôle est de participer à la construction d’un dispositif financier et d’obtenir le maximum", explique en effet Nathalie Feugeas du syndicat CFA. Ainsi, lorsque toutes les volailles sont euthanasiées, tout est pris en charge par l’État. 

Une exigence accrue d'année en année

Un relais d’information et une charge mentale en moins appréciée des agriculteurs, d’autant que les syndicats sont aussi un levier pour faire évoluer le secteur et mettre en place de nouvelles choses face à l’intensification de la propagation. "Tous les acteurs sont vraiment engagés pour trouver des solutions à la grippe aviaire", se réjouit Ludovic, qui mentionne un vaccin pour les oiseaux actuellement en préparation. 

Reste à savoir "comment les acheteurs vont réagir à cette idée", se demande-t-il. Entre plan d’action national et mise en place de zones sans production durant une certaine durée, l’objectif est d’éviter de se retrouver dans la situation de nos voisins d’outre-manche. Au Royaume-Uni, certains magasins ont limité l’achat de boîtes d'œufs pour faire face à la pénurie causée par la grippe aviaire.

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