Confinement. Aide aux stocks invendus : "C’est une goutte d’eau" déplorent des chausseurs de l’Aisne

D’ici fin mai, les magasins d’habillement, de chaussures, de sport et de maroquinerie vont bénéficier d’une aide afin de compenser le coût des stocks invendus. 35 000 commerces pourront en bénéficier.

"Il va falloir brader le stock pour pouvoir s'en décharger. On ne fera pas de marge sur les produits, on va juste amortir le prix d'achat" s'inquiète Valentin Allondrelle, chausseur à Saint-Quentin, dans l'Aisne.
"Il va falloir brader le stock pour pouvoir s'en décharger. On ne fera pas de marge sur les produits, on va juste amortir le prix d'achat" s'inquiète Valentin Allondrelle, chausseur à Saint-Quentin, dans l'Aisne. © Valentin Allondrelle

Dans l’arrière-boutique de Valentin Allondrelle, les boîtes à chaussures s’accumulent. Son magasin situé en centre-ville de Saint-Quentin dans l’Aisne est fermé depuis le 3 avril, ses chaussures n’étant pas considérées comme un produit essentiel. Pour compenser ce trop-plein de stocks invendus, il va pouvoir toucher une nouvelle indemnisation.

Tous les petits commerces de moins de 50 salariés pourront en bénéficier d’ici fin mai. Cette nouvelle mesure concerne exclusivement les secteurs de l’habillement, de la chaussure, du sport et de la maroquinerie, qui n’auront pas la possibilité d’écouler leurs stocks en raison de la saisonnalité de leurs produits.

"C'est une goutte d'eau"

"C’est une goutte d’eau" déplore Valentin Allondrelle. "On va avoir 8 000 euros d’aide mais on a 300 000 euros de charges. Si on n’avait pas eu les reins solides, on aurait déjà fermé. Donc l’aide, on va la prendre et on va croiser les doigts pour que la reprise se porte bien et qu’on n’ait pas un 4e confinement. On ne pourrait pas s’en relever".

Cette aide forfaitaire représente 80% du montant de l’aide touchée au titre du fonds de solidarité en novembre 2020, soit 6000 euros en moyenne par commerce.

"C’est inconcevable !" s’offusque Philippe Daquai, président honoraire de la fédération des détaillants en chaussures de France (FDCF) et propriétaire de trois magasins de chaussures à Soissons.

"Si on nous avait permis de travailler, on n'aurait pas eu besoin d'aides" déclare Philippe Daquai, président honoraire de la fédération des détaillants en chaussures de France.
"Si on nous avait permis de travailler, on n'aurait pas eu besoin d'aides" déclare Philippe Daquai, président honoraire de la fédération des détaillants en chaussures de France. © Philippe Daquai

Officiellement en retraite, le gérant ne peut toucher aucune aide. Pour s’en sortir, il a été contraint de liquider l’une de ses trois boutiques en novembre dernier.

"C’était le plus gros chiffre d’affaires mais c’était aussi le plus gros stock. 7000 paires, ce qui représente 350 000 euros de stocks. 350 000 euros que j’ai achetés mais que je ne peux pas vendre. Ça se dévalue puisque ça se démode".

Les stocks s’accumulent

Dans ce stock, reste notamment la collection du printemps 2020. "Je ne les ai pas vendues et je n’en ai pas rachetées cette année en me disant que j’allais écouler celles de l’année dernière. Mais on me fait refermer exactement à la même période ! Elles sont donc toujours dans le magasin. C’est une ineptie".

Même constat chez François Westeland. L’entreprise possède 18 magasins dans les Hauts-de-France, dont 3 à Amiens. Depuis ce nouveau confinement, le gérant note 20% de vente en moins sur l’ensemble de ses boutiques. "C’est surtout le stock de début de saison qui est impacté. Ce sont des articles qu’on ne va plus écouler au déconfinement. Il sera trop tard. On va devoir les solder et on commandera moins d’articles de début de saison l’année prochaine. C’est la rentabilité qui en prend un coup".

Limiter la casse

Pour limiter la casse, les commerces non essentiels se réinventent. Depuis un an, ils ont recours au Click & Collect, à la livraison à domicile ou aux réseaux sociaux, autant de solutions alternatives pour vendre mais pas suffisantes pour faire disparaître les stocks. Car si les invendus pourront toujours s’écouler durant les soldes, ils le seront à prix bradés, au risque de fragiliser encore plus le secteur.

"Moi je suis pour à ce qu’on annule les soldes, explique Valentin Allondrelle. Notre ministre dit une aberration en disant qu’il fallait avancer les soldes pour aider les commerçants. Pendant les soldes, on ne marge pas. Avec le Covid, on n’a pas de bénéfices. On paye nos dettes simplement".

Partagé entre colère et sentiment d’injustice, Philippe Daquai, s’interroge encore sur l'obligation de fermer pendant le confinement : "pourquoi on ne peut pas ouvrir ? Vous avez le droit d’aller voir un podologue pour vous faire des semelles mais vous n’avez pas le droit d’aller voir un chausseur pour acheter des chaussures qui vont avec les semelles. C’est pourtant la même chose. On ne peut même pas travailler sur rendez-vous. J’ai un magasin de 200 m2. Si je fais rentrer un client à la fois, ce serait déjà pas mal. Mais je ne peux pas".

Au total, 200 millions d’euros seront débloqués. Environ 35 000 commerces de l’habillement, de la chaussure, du sport et de la maroquinerie bénéficieront de cette nouvelle aide de l’État pour compenser les stocks invendus.

Pour les plus grandes enseignes de plus de 50 salariés ou réalisant plus d’1 M€ de chiffres d’affaires par mois, la problématique des stocks sera traitée dans le cadre du dispositif de la prise en charge des coûts fixes. Pour rappel, ce dispositif est opérationnel depuis le 31 mars 2021.

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