Coronavirus. Dans le Nord, des soignants en psychiatrie interdits de porter un masque : "On est terrifiés"

Des soignants des Établissements publics de santé mentale ont décidé de sonner l'alarme. Ils dénoncent l'interdiction qui leur a été faite par leur direction de porter des masques. Ils sont inquiets pour leur santé, celle de leurs patients et de leurs proches.  

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Image d'illustration © PHOTOPQR/LE TELEGRAMME
Un coup de fil et un témoignage fort. Gaëtan* est soignant dans un des Établissements publics de santé mentale (EPSM) du Nord. Il s'inquiète. Alors que la France vit confinée et qu'il travaille au contact de patients, interdiction lui a été faite de porter un masque par sa direction. 

"On nous interdit de porter des masques, qu'ils soient chirurgicaux ou FFP2. Ils nous avaient d'abord expliqué que c'était une question de gestion des stocks, mais parallèlement, ils nous interdisent de porter nos masques personnels sous prétexte que ça créerait de l'inégalité entre les soignants", déplore-t-il. 

Une situation que confirme Emma*, aussi soignante dans l'un des EPSM. "On nous empêche clairement de porter des masques alors que selon nos échos, l'EPSM en a en stock". Contactée à plusieurs reprises, la directrice des EPSM de Lille métropole et des Flandres n'a pas souhaité répondre à nos questions. 
 

Une distribution de masques prévue le 30 avril


Une déléguée CGT confirme que tous les soignants des EPSM ne possèdent pas de masque : "Il existe deux unités dans chaque EPSM qui reçoivent les patients potentiellement atteints du Covid-19. Ils ont à leur disposition des masques FFP2, des charlottes, des masques chirurgicaux, des blouses. Mais le port de masque n'est pas systématique dans les autres services. On a demandé à la direction à ce que les professionnels puissent avoir des masques chirurgicaux, la direction a déclaré en avoir pris note."
 
Dans un mail qui nous a été transféré ce jeudi 23 avril, la direction a annoncé la distribution prochaine de masques : "Afin d'être prêts pour le 11 mai et de préparer les équipes au port du masque chirurgical dans le respect des bonnes pratiques, le port du masque chirurgical en systématique pour le personnel prenant en charge des patients ou présent dans les unités et les structures de soin, sera en vigueur au sein de l'EPSM dès le jeudi 30 avril". 

Mais pour Gaëtan et Emma, cette distribution justifiée par la direction par la fin du confinement et le "risque que les soignants ou les patients amènent involontairement au sein des différentes structures des établissements le COVID-19 va être majoré", arrive tard. 
 

"Je me sens impuissante et pas en cohérence avec mes valeurs professionnelles"


"Je ne comprends pas pourquoi à partir du 30 avril, le virus deviendrait plus dangereux. Je ne comprends pas à part si les EPSM n'avaient pas de matériel à disposition pour nous protéger jusqu'à présent. Certains patients ont beaucoup de difficultés à respecter les distances sociales. L'agressivité est parfois présente. Certains collègues se sont déjà fait cracher dessus. On nous dit que ce ne sont pas des patients à risque", dénonce-t-elle. "Oui, on n'est pas obligé de mourir du coronavirus, mais dans ce contexte, je trouve ça hallucinant."
 
"Je me sens impuissante et pas en cohérence avec mes valeurs professionnelles, mes valeurs de soignants. Les patients n'ont plus de visite, donc on est les seuls vecteurs de la maladie. Si un cas se déclare dans un des établissements, ce sera forcément un soignant. Ma responsabilité professionnelle est engagée, car je ne protège pas les gens que je soigne."

Face à cette interdiction qu'il ne comprend pas, Gaëtan voulait en porter, mais il a changé d'avis : "Certains collègues ont subi des pressions de la hiérarchie."

La déléguée syndicale essaye de relativiser la situation : " À ce jour, nous n'avons pas tellement de cas de Covid-19 dans les établissements. Le respect des mesures barrières permet de réduire les risques et on prend la température des patients entrants pour vérifier qu'ils n'aient pas de symptômes de coronavirus". Une mesure de prévention, mais qui ne permet pas d'éviter les porteurs sains, ces personnes qui portent le virus sans en avoir de symptômes et qui peuvent donc le transmettre à d'autres personnes. 

* Les prénoms ont été modifiés

 
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