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Croisières et Seconde Guerre mondiale : la folle histoire du bateau L'Aquabelle, amarré à Péronne

L'Aquabelle est à Péronne. / © France 3
L'Aquabelle est à Péronne. / © France 3

L'Aquabelle, yacht construit en 1939 pour un riche homme d'affaires, a participé à l'évacuation des Alliés après la bataille de Dunkerque en 1940. Retrouvé dans les années 2000 à l'état d'épave, il a été restauré par des passionnés, qui ont fait halte à Péronne (Somme), samedi 8 août.

Par Mickael Guiho

On ne dirait pas comme ça, mais c'est un combattant de la Seconde Guerre mondiale qui est amarré au port de plaisance de Péronne, ce samedi 8 août. L'Aquabelle est un navire restauré par ses actuels propriétaires, l’association Les amis de L’Aquabelle. Mais il a eu bien d'autres vies.

Montons à bord de l'Aquabelle
Reportage d'Anne-Lise Havard et Julien Guéry. Intervenants : Jean-Claude Leroy, Bénévole dans l'association "Les Amis de l'Aquabelle" ; Alain Audren, Président de l'association "Les Amis de l'Aquabelle".


L’Aquabelle a participé à l’Opération Dynamo en juin 1940 : l’évacuation de forces alliées prises au piège de la poche de Dunkerque. Le bâtiment est un vestige de la guerre. Mais il fut d’abord une œuvre d’art nautique. Un superbe yacht construit par et pour un homme d’affaires.

Cet homme, c’est Benjamin Taylor, riche ingénieur et patron anglais dans le domaine du béton armé. Il était aussi membre d’un yacht-club.
Benjamin Taylor à la barre de l'Aquabelle en 1939. / © Les amis de l'Aquabelle
Benjamin Taylor à la barre de l'Aquabelle en 1939. / © Les amis de l'Aquabelle

Du navire de croisière privée…


A l’automne 1938, Benjamin Taylor se rend au Salon nautique d’Earls Court. Il y trouve un architecte et de l’inspiration pour dessiner les plans d’un yacht moderne : une timonerie plus grande avec une table au centre pour que les convives soient proches de l’homme de barre, des bois de qualité (acajou, chêne et teck), du monde sous le capot (deux moteurs Ailsa Craig diesel de 36 cv chacun et trois cylindres avec contrarotatives et gouvernail à double safran), de l’élégance dans les proportions et les couleurs (11 pieds de large et plus de 30 de long, deux mats blancs comme la coque et une ligne de flottaison bleue). La construction débute à la fin de l’année.
Le plan de l'Aquabelle dans un article du Yachting World Magazine, le 3 février 1939. / © Les amis de l'Aquabelle
Le plan de l'Aquabelle dans un article du Yachting World Magazine, le 3 février 1939. / © Les amis de l'Aquabelle

Le 5 avril 1939, l’épouse de l’architecte associé à Benjamin Taylor brise une bouteille de champagne et L’Aquabelle est lancé sur l’eau, en présence de 19 invités. Un événement fixé sur film 16mm en couleur.
L'inauguration de l'Aquabelle. / © Les amis de l'Aquabelle
L'inauguration de l'Aquabelle. / © Les amis de l'Aquabelle

L’Aquabelle naviguera pendant plus d’un an sur la Tamise ou autour de Poole Harbour avec la famille Taylor et leurs invités à son bord. Mais ce ne sera que sa "première vie".

…au fleuron de la Seconde Guerre mondiale


Le 30 mai 1940, L’Aquabelle est réquisitionné par la Royal Navy. L’Amirauté téléphone à Benjamin Taylor pour l’en informer et des militaires viennent très rapidement prendre le navire.

Il est envoyé au large de Dunkerque, où se déroule depuis le 21 mai l’Opération Dynamo menée par les armées française et britannique contre l'armée allemande. Les troupes franco-britanniques résistent mais, sont finalement chassées vers le nord.

Des soldats anglais évacuent pendant que leurs frères font feu sur l'ennemi à Dunkerque. / ©
Des soldats anglais évacuent pendant que leurs frères font feu sur l'ennemi à Dunkerque. / ©

L’Aquabelle devra récupérer des Britanniques et des Français sur les plages à l'ouest de Gravelines et les évacuer vers l’un des 700 grands navires qui les attendront au large (faute de pouvoir amarrer sur le sable) pour évacuation en Angleterre, tandis que les armées tâcheront de contenir Hitler et ses hommes, qui menacent de les suivre et d’attaquer le Royaume-Uni.

De simples barques furent également utilisées pour évacuer. / ©
De simples barques furent également utilisées pour évacuer. / ©

Avec 338 226 combattants évacués, l’opération est une réussite. Elle fut permise par le sacrifice de l’armée française, qui retint les Allemands en France. Mais aussi par tous ces petits bateaux-navettes, les "Little Ships", dont L’Aquabelle.

"La famille a appris que L’Aquabelle avait effectué plusieurs traversées sans assistance et avait ramené plusieurs bateaux en remorque, expliquent Les amis de L’Aquabelle. Toutefois aucun document détaillé de sa contribution à l’Opération Dynamo n’a survécu."


L'épave restaurée par des passionnés


L’Aquabelle sort de l'Opération Dynamo en héros. Il a même servi à remorquer beaucoup d'autres bateaux. Un peu abîmé, il est réparé en 1940. Mais la famille Taylor n’en profitera pas longtemps. A partir du 23 mars 1941, il est réutilisé pour la guerre. Benjamin Taylor ne pourra le racheter qu’après 1945 et sa famille fera une dernière croisière en mai 1947, avant de revendre le bateau pour raisons personnelles.

Plus tard, L’Aquabelle sera mis à jour avec des moteurs plus puissants. Mais son dernier propriétaire l’abandonnera dans le Languedoc-Roussillon, où il sera retrouvé à l’état d’épave.

En 2009, une équipe de passionnés décide de le rénover. L’association Les amis de L’Aquabelle est créée. Six mille heures de travaux seront nécessaires entre janvier 2012 et mai 2015.
Deux photos avant/après restauration. / © Les amis de l'Aquabelle
Deux photos avant/après restauration. / © Les amis de l'Aquabelle

Ce n’est pas fini, puisque l’association compte changer le pont, réparer encore la coque et remettre les moteurs à neuf en vue des 100 ans de l’Opération Dynamo, qui seront commémorés à Dunkerque… en 2040.

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