"Des cendres sur nos cœurs" : destin, amours, secrets au XVIème siècle, rencontre avec l'auteure nordiste Annie Degroote

Originaire des Flandres Annie Degroote nous emmène dans ces récits qui résonnent d’un passé lointain. Thérouanne, Armentières, et les aventures de Loup jeune catholique flamand, l'histoire dans l'Histoire. Le Nord n'est jamais loin, rencontre avec l’auteure. Un livre qui me plait.

Annie Degroote, auteure originaire du Nord, vient de publier "Des cendres sur nos cœurs" chez Les presses de la cité
Annie Degroote, auteure originaire du Nord, vient de publier "Des cendres sur nos cœurs" chez Les presses de la cité © Jérôme Berquez

Quelle a été la toute première étincelle de ce livre ? Comment est née l’écriture ?

La première étincelle de ce livre est arrivée grâce à un ami historien Christian Defebvre, qui m’a parlé d’événements qui se sont déroulés dans la région, et qui furent gommés, effacés volontairement par le gouvernement espagnol de l’époque. Et comme j’aime mettre en lumière des faits, des personnages historiques méconnus, je me suis passionnée pour cette histoire. L’écriture est arrivée après ma documentation historique, dans laquelle j’ai pu placer mes personnages fictifs, comme Loup, le faire réagir, agir à ces événements. Amours, révélations, secret de famille vont jalonner son destin.  je l’ai mis au défi de sauver les siens !

Pourquoi le XVIe siècle ?

Le XVIe siècle, parce que c’est une époque que l’on connait pour les guerres de religion, et quand je m’y suis mis, j’ai découvert des faits insensés, des personnages incroyables, qui ont existé dans notre région. C’est aussi une période de renouveau, grâce à l’imprimerie, une période de diffusion d’idées, une vraie révolution, comme Internet aujourd’hui, où l’ardeur des lettres est florissante dans les Flandres, avec les Chambres de rhétorique. Pour la première fois dans l’Histoire, les gens peuvent lire les mêmes livres en même temps ! Et beaucoup s’ouvrent à une pensée nouvelle. Ils espèrent enfin avoir la liberté, celle de la conscience ! C’est un contexte formidable pour mes personnages. 

Comment surgissent les personnages dans votre imaginaire ?

Dans mon imaginaire, mes personnages fictifs arrivent, je dirai, les uns après les autres, certains avant de démarrer l’écriture, d’autres au fur et à mesure de l’écriture. Ainsi mon personnage central, Loup, je l’ai imaginé immédiatement, comme un médiateur dirait-on aujourd’hui, un jeune catholique qui est tiraillé, comme les personnages historiques qu’il rencontre (le comte d’Egmont, Bruegel, l’imprimeur Plantin) entre l’obéissance à l’Eglise et au Roi, et le nouveau courant calviniste qui s’introduit par les prêches, les écrits. Mais Loup va choisir toujours selon son cœur. Un personnage tolérant qui essaie de comprendre les autres, et  va chercher à réunir sa famille divisée, déchirée. 

C’est un métier d’écrire Annie Degroote ou c’est un artisanat ?

C’est un métier artisanal, car il faut tout le temps revenir sur son écriture, et sur le fond de l’histoire racontée. On crée, et on retravaille sans cesse. C’est un métier, même si les conditions en sont très difficiles en ce moment, et comme tout ce qui est artistique, c’est un besoin. 

Le passé est un  fil conducteur dans toute votre œuvre, est-ce à dire que le présent est peu ou pas source d’inspiration ? 

Le passé est effectivement un des fils conducteur de tous mes romans. Mais j’ai écrit un roman qui se passe au 21e siècle : "Les jardins du vent", et dans plusieurs de mes romans, comme "Les racines du temps" j’aime voyager entre passé et présent. Ceci dit, oui, ce qui est historique m’inspire davantage, je suis curieuse, et l’Histoire de notre région est incroyablement riche en péripéties, un vrai feuilleton à travers les âges. Notre région fut de tous temps un couloir d’invasions, et de convoitise, ce que l’on ne sait pas toujours. En ce sens, j’aime redonner de la fierté à notre Histoire. D’autre part, je vais dans le passé, mais parle du présent, la tolérance et la liberté sont universels et  le thème de l’exil a  un écho dans notre présent.  

Vous qui êtes désormais parisienne quelle place le Nord occupe -t-il dans votre cœur et dans  votre emploi du temps ?

Où que je sois, à Paris ou dans les Hauts de France, le Nord ne coule pas seulement dans mes veines, il est mon arbre, mes racines, je suis une fille du Nord, et dans mon emploi du temps, il occupe une très grande place, avec mes romans qui se situent presque tout le temps dans le Nord, même si des personnages voyagent ailleurs en Hollande, en Pologne, en Russie, à Venise et bientôt jusqu’en Amérique !

Couverture "Des cendres sur nos cœurs" - Peinture: Bridgeman Images - Les Presse de la Cité, 21 euros.
Couverture "Des cendres sur nos cœurs" - Peinture: Bridgeman Images - Les Presse de la Cité, 21 euros. © Liliane Mangavelle

 

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