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Douaniers : une “grève du zèle” et pas de lumière au bout du tunnel

Terminal ferry de Calais, le 18 janvier 2019. / © DENIS CHARLET / AFP
Terminal ferry de Calais, le 18 janvier 2019. / © DENIS CHARLET / AFP

Leur "grève du zèle" provoque de longues files d'attente à certaines frontières : les douaniers, qui demandent plus de moyens face au Brexit mais surtout des revalorisations salariales, mènent depuis deux semaines un mouvement social que Bercy n'a pas réussi à éteindre.

Par AFP

Le mouvement, entamé le 4 mars, a vu un renforcement sensible des contrôles aux frontières avec pour conséquence des kilomètres de bouchons de camions à l'entrée du tunnel sous la Manche ainsi que des retards conséquents pour les passagers de l'Eurostar ou les usagers des aéroports français.

Pour les syndicats, les douaniers n'effectuent qu'une "application stricte du règlement" qui, selon eux, exige ces contrôles assidus.
 


Une colère attisée par le Brexit


Si la "grève du zèle" a débuté au port de Dunkerque et à l'entrée du tunnel sous la Manche, c'est que les premières revendications se sont faites sur fond de Brexit.

Les douaniers ont ainsi dénoncé le manque de moyens en vue d'une sortie par le Royaume-Uni de l'Union Européenne. Cette sortie, particulièrement si elle se fait sans accord, entraînerait notamment un rétablissement des contrôles douaniers mais aussi sanitaires et vétérinaires.

Le renforcement actuel des contrôles dû au mouvement social serait ainsi la "démonstration de ce que pourrait être un Brexit +dur+", fait valoir Laurent-Théo Joly, délégué interrégional de FO-Douanes.

En octobre 2018, le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin, qui a la tutelle sur les douanes, avait annoncé le recrutement de 700 douaniers supplémentaires sur trois ans, affectés dans leur quasi-totalité au Brexit.

 

Une annonce insuffisante selon les douaniers, pour qui les revendications vont bien au-delà. "Le Brexit est un catalyseur d'un malaise plus profond, la pénibilité du travail, la dangerosité et la nature de nos missions", expliquait début mars David-Olivier Caron, secrétaire général de la CFDT-Douanes.


Salaires et pénibilité dans les revendications

 

Selon FO-Douanes, "la colère gronde depuis des années, avec la sensation d'avoir trop tiré sur la corde". Au sommet des revendications des douaniers figure la revalorisation des salaires.

Comme pour l'ensemble de la fonction publique, le point d'indice qui permet le calcul du traitement des douaniers a été gelé depuis 2010, à l'exception de 2016 et 2017. Outre un certain rattrapage sur les salaires, les syndicats demandent une "revalorisation des indemnités d'heure de nuit à 7 euros pour tous les agents, contre 1,80 euro aujourd'hui", ainsi qu'une "revalorisation de la prime de risque".

 

La question de la pénibilité est aussi au coeur des préoccupations. Ils réclament ainsi une réflexion concertée sur les conditions de travail des douaniers, un sujet "bloquant" selon Vincent Thomazo, secrétaire général d'Unsa-Douanes.


Bercy prié de revoir sa copie 


A la suite d'une réunion de près de quatre heures avec les syndicats à Bercy le 12 mars, Gérald Darmanin avait proposé une enveloppe globale de 14 millions d'euros aux douaniers. Elle se serait traduite par une augmentation de salaire de près de 55 euros mensuels par agent, selon une source syndicale. Consultés sur cette proposition par les syndicats, les agents l'avaient rejetée dès le lendemain, "massivement" selon l'Unsa. Une seconde réunion a eu lieu le 15 mars entre les syndicats et la direction générale.
 

Dans la foulée, M. Darmanin a adressé une lettre aux quelque 17.000 douaniers dans laquelle il a détaillé ses nouvelles propositions, dont une revalorisation de salaire équivalente à 50 euros par agent ainsi que le nivellement par le haut des indemnités de nuit.

Pour Morvan Burel, cosecrétaire général de Solidaires-Douanes, "la quasi-totalité des agents a considéré cette proposition comme en retrait par rapport à la première", une proposition donc "inacceptable pour eux".

Face à cette impasse, les syndicats s'attendent à une amplification du mouvement

 

"La mobilisation prend ailleurs. En Guyane, à l'aéroport Félix-Eboué de Cayenne, les douaniers ont rejoint le mouvement et portent également des revendications locales", en particulier sur les moyens de lutte contre le trafic de cocaïne, assure Laurent-Théo Joly de FO-Douanes.
  

 

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