Hauts-de-France : Les restaurateurs dubitatifs face à une possible réouverture des terrasses mi-mai

Emmanuel Macron a annoncé que les terrasses de restaurants pourraient rouvrir à partir de la mi-mai en France. La nouvelle fait réagir les restaurateurs des Hauts-de-France, qui se posent de nombreuses questions quant aux modalités, aux mesures à respecter et aux conditions météorologiques. 

La Grand'Place à Lille. Photo d'illustration.
La Grand'Place à Lille. Photo d'illustration. © Denis Charlet / AFP

Le gouvernement semble avoir commencé à plancher sur le calendrier du mois de mai. Alors que les pays voisins commencent à rouvrir progressivement leurs restaurants et bars (la Belgique, le Royaume-Uni), l'heure est peut-être arrivée de faire pareil en France. Du moins, c'est ce qu'a suggéré le président de la République Emmanuel Macron. Il a indiqué à une quinzaine de maires hier en visioconférence qu'il comptait rouvrir les terrasses et les musées à partir de la mi-mai. 

Cette déclaration n'a pas manqué de faire réagir le monde la restauration, qui se dit partagé entre soulagement et appréhension. Plusieurs mois de fermeture, une capacité d'accueil réduite, des conditions météorologiques différentes... Dans le nord de la France, les restaurateurs s'interrogent. 

"On a du mal à croire que ce soit une vraie réouverture"

"Cette réouverture, j'y crois et j'y crois pas, en même temps, explique Yves Santerne, chef cuisinier au restaurant L'ardoise de Ruitz (62). Je suis inquiet qu'on ne puisse pas rouvrir totalement en terrasse et qu'on ait une capacité d'accueil de 50%." De son côté, Charles-Edouard Barbier, restaurateur et président de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie dans l'Oise, a envie d'y croire. "Ce serait formidable, on est fermé depuis 7 mois maintenant. L'annonce est plutôt positive et plutôt belle."

Je suis inquiet qu'on ne puisse pas rouvrir totalement en terrasse et qu'on ait une capacité d'accueil de 50%.

Yves Santerne

Mais dans les faits, "on a du mal à penser que ce soit une vraie réouverture, nuance-t-il. On a plutôt l'impression que ce sera une mesure symbolique". D'autant plus que, pour l'instant, les restaurateurs sont encore dans le flou quant aux conditions dans lesquelles ils pourront accueillir leur clientèle. "Est-ce que ce sera uniquement quelques tables ou une ouverture totale ? Quel sera le protocole sanitaire ? Sera-t-il renforcé ?", se demande le restaurateur. 

Nicolas Gautier du restaurant Nature à Armentières a du mal, quant à lui, à voir l'intérêt de l'ouverture des terrasses seules. "Il y en a qui n'ont pas de terrasses, que va-t-on faire d'eux ? Moi, personnellement, j'ai 12 tables. Mais qu'en est-il des mesures ? Si on ouvre à 50%, ça me fait 6 tables, ça ne me sert à rien." Une situation qui, en plus, n'est pas "économiquement intelligente" et pourrait provoquer "plus de pertes que de gains". 

Le facteur météo

Il souligne également un autre point essentiel : celui de la météo. Permettre l'accueil de clients dans le nord de la France mi-mai est difficilement faisable selon les restaurateurs. "On est dans le nord, il fait encore froid mi-mai, les lampes chauffantes sont interdites depuis un an et demi, on a de la pluie aussi, détaille-t-il. Ouvrir les terrasses, c'est une décision qui avantagera plutôt le sud."

On est dans le Nord, il fait encore froid mi-mai, les lampes chauffantes sont interdites depuis un an et demi, on a de la pluie aussi. Ouvrir les terrasses, c'est une décision qui avantagera plutôt le Sud.

Nicolas Gautier

Même constat pour Charles-Edouard Barbier : "on voit bien qu'avec le facteur météo, la plupart des restaurants resteront fermés. Économiquement, ils n’arriveront pas à équilibrer". 

Une des solutions que préconise plutôt Nicolas Gautier, c'est l'ouverture totale : "Ils devraient rouvrir totalement avec les gestes barrières, comme entre les deux premiers confinements, et des mesures réfléchies. S'ils ne s'en sentent pas capables, qu'ils attendent". Car selon lui "ça va être compliqué d'ouvrir des terrasses uniquement, surtout si l'ouverture est partielle. Ils se rendront vite compte que c'est ingérable". 

La crainte du retrait des aides

Certains craignent aussi la suppression des aides (aides à l'activité partielle et fonds de solidarité) avec l'ouverture progressivement des terrasses puis des restaurants. "On a peur du retrait des aides, s'inquiète Yves Santerne. Bruno Le Maire a dit que les aides seraient progressivement retirées lorsque les restaurants rouvriront".

On a eu l'assurance que les aides se poursuivront jusqu'à une ouverture normale, tant que l'équilibre économique ne sera pas assuré, et j'en suis confiant.

Charles-Edouard Barbier

D'autres, de leur côté, font confiance au gouvernement. "On a eu l'assurance que les aides se poursuivront jusqu'à une ouverture normale, tant que l'équilibre économique ne sera pas assuré, et j'en suis confiant, explique Charles-Edouard Barbier. De toute manière, les aides doivent se poursuivre, c'est une nécessité. Si ce n'est pas le cas, les efforts mis à la table par les Français, les collectivités, l'État depuis un an n'auront servi à rien". 

"La convivialité avec les clients, ça nous manque"

Et finalement, les restaurateurs n'attendent qu'une chose : "pouvoir faire notre métier car on a pas pu l'exercer ou très peu", espère Charles-Edouard Barbier. Et le faire dans de bonnes conditions. "Notre métier c’est de cuisiner en premier abord,  mais c'est aussi de faire passer dans l’assiette ou autour de la table un message de convivialité, de plaisir et de bonheur. Il n'y a pas de bonheur dans les boîtes en carton à emporter." Des boîtes en carton qui, selon ses dires, font face à une pénurie et sont de plus en plus compliquées à trouver.

Il n'y a pas de bonheur dans les boîtes en carton à emporter.

Charles-Edouard Barbier

Et même si la situation actuelle n'appelle pas à l'optimisme, et que l'annonce de l'ouverture des terrasses à partir de mi-mai semble poser plus de questions que d'apporter de réponses, certains tentent toutefois de garder la tête haute. "On avance quand même, on essaie de ne pas se morfondre, conclut Nicolas Gautier. On a développé les ventes à emporter, on tente d'avoir la tête occupée. On est fatigué de ne pas savoir et de ne pas voir la lumière au bout du tunnel."

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