Dans l'Aisne, le gel a durement frappé vignes et fruitiers : "c'est comme un coup de chalumeau dessus"

Les températures fortement négatives du début de semaine ont touché la région. Parmi les principales victimes, le vignoble du Champagne du sud de l'Aisne et les producteurs fruitiers. Les pertes encore en cours d'évaluation risquent d'être importantes.

A Charly-sur-Marne, un collectif de vignerons utilise un dispositif d'aspersion d'eau pour former de la glace sur les vignes et les protéger du gel, mais ce type d'équipement reste peu répandu.
A Charly-sur-Marne, un collectif de vignerons utilise un dispositif d'aspersion d'eau pour former de la glace sur les vignes et les protéger du gel, mais ce type d'équipement reste peu répandu. © Champagne Fallet-Dart

"Pour le cépage Meunier, nous sommes autour de 10 % de dégâts dans la zone de Charly-sur-Marne, à 20% sur les chardonnay et à 15 % sur le pinot noir", estime Daniel Fallet, administrateur du Syndicat Général des Vignerons (S.G.V.) et producteur à Charly-sur-Marne, dans l'Aisne. Les dégâts occasionnés par le gel de ces derniers jours sont indéniables sur le vignoble du sud du département, mais il est encore trop tôt pour les évaluer précisément.

Dans ce secteur où l'on produit 10 % du Champagne, les viticulteurs s'attendent à des pertes de production importantes. Evidemment, cela peut varier fortement selon les endroits de la vallée de Marne et même d'une parcelle à l'autre. Toutefois "ces chiffres valent certainement pour la totalité du vignoble de l'Aisne", avance Daniel Fallet.

15 % de raisin en moins

Dans le secteur de Charly-sur-Marne, la température a baissé jusqu'à - 6 degrés en début de semaine brûlant les bourgeons de la vigne. "C'est comme un coup de chalumeau dessus", explique Daniel Fallet. Si la perte pour la future récolte est encore difficile à chiffrer, ce caprice de la météo est évidemment une mauvaise nouvelle pour les producteurs dans un contexte de ventes déjà difficile. "Il y a des trésoreries tendues. L'impact sur le volume de raisin final pourrait être de 15% en moins. Il faudra attente la fleur pour faire une évaluation précise des dégâts, mais on peut tout de même encore espérer atteindre l'appellation autour de 8 à 9000 kg par hectare", analyse l'administrateur du S.G.V. 

Certains ont pu toutefois sauver l'essentiel et protéger leur vignes en allumant des bougies dans leurs parcelles ou en faisant fonctionner des installations d'aspersion d'eau pour protéger leurs vignes du gel. Il en existe 3 dans l'Aisne. Elles ont fonctionné durant quatre nuits, mais ce type d'équipement reste très marginal. Pour les autres producteurs malheureusement, aucun dispositif d'indemnisation n'est prévu.

De nombreux arbres fruitiers ont subi les effets du gel, comme celui-ci dont la fleur est noircie.
De nombreux arbres fruitiers ont subi les effets du gel, comme celui-ci dont la fleur est noircie. © Guillaume Seguin

Les fruitiers touchés de plein fouet

Les producteurs de Champagne ne sont pas les seuls touchés, les arboriculteurs le sont également. "C'est noir à l'intérieur des fleurs. Ca va fleurir mais les étamines ne vont rien produire", explique Guillaume Seguin, propriétaire de 27 hectares de pommes et de poires dans le secteur de Villers-Cotterêts, au sud de l'Aisne, et représentant régional des producteurs de fruits. L'arboriculteur a fait réalisé un premier bilan des dégâts. "Sur mes vergers de La Ferté-Milon, dans l'Aisne, c'est entre 80 et 100% de gelé, même plutôt 100 d'ailleurs. Ce n'est pas homogène, à un autre endroit c'est moins. On a eu -4 degrés, voire - 5 au plus fort des gelées. Les poires sont les plus touchées et les variétés de pommes précoces comme les boskoop".

D'après lui, "l'ouest et le sud picard ont été les plus touchés. En Thiérache, cela semble moins important ". Une situation qui risque d'engendrer des difficultés pour la filière fruitière : "Ca va poser des problèmes aux producteurs mais aussi aux structures de commercialisation si nous n'avons pas de fruits à leur fournir", estime le représentant qui se demande s'il ne va pas devoir mettre ses employés en chômage partiel. 

Certains ont pourtant tenté de sauver leur production. C'est le cas de Christian Cesvet, producteur de pommes poires et pêches à Ambrief près de Soissons. Il a passé plusieurs nuits ces jours derniers à allumer 800 bougies pour réchauffer ses deux hectares de vergers. Beaucoup d'efforts, "mais pour une petite surface c'est faisable. Nous sommes trois pour allumer. Après on va se coucher. et le lendemain à 8 h on regarde ce qu'il en est", raconte-t-il. Une opération dont il estime tout de même le coût à 4 ou 5000 euros, mais "si vous n'avez rien, vous avez tout perdu. Derrière il y a du personnel", justifie l'arboriculteur "J'ai fait ce que j'ai pu. On a peut être pas sauvé 100 % des arbres, il y a quand même des fleurs brûlées et d'autres atteintes mais elles peuvent repartir. Je pourrai vous en dire plus dans une semaine", confie-t-il.

La calamité agricole reconnue

Ces mesures sont trop complexes et trop coûteuses à prendre pour la plupart des productions. Le jeudi 8 avril au soir, le Ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie a annoncé "la mise en oeuvre de ce que l'on appelle le régime de calamité agricole". Pour Guillaume Seguin, "ce sont des dispositifs qui sont essentiels pour nous mais cela prend du temps, il faudra notamment attendre la récolte pour évaluer précisément la perte", réagit le représentant des producteurs fruitiers. Malheureusement, le souci le plus immédiat pour eux, c'est le risque de nouvelles gelées annoncées pour les jours prochains. Il pourrait encore aggraver leurs pertes.

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