D'abord célèbre pour ses gueulantes, Frédéric Antonetti est surtout un tonique meneur d'hommes et un fin tacticien pour ceux qui l'ont côtoyé. Le monument du football corse tente samedi avec Lille de remporter enfin la Coupe de la Ligue face au PSG.
"Il avait la fougue en lui, ses messages passaient si bien que même moi, dans les vestiaires, j'étais motivé !", raconte la mémoire du SC Bastia, Jo Bonavita (73 ans), directeur logistique du club depuis toujours, qui l'a vu débuter comme joueur dans les années 1980.
Aujourd'hui, Antonetti "est plus assagi". "Quand on prend de l'âge (il a 54 ans), on sait se contenir. Fred a pris de l'expérience, il s'est dominé", poursuit Bonavita. Les compilations des apostrophes sonores de ce chauve tout en rondeurs fleurissent sur internet, de Bastia à Nice, poussées de sa voix aigüe avec un délicieux petit cheveu sur la langue, contre l'arbitre ou ses propres joueurs.
"Fred, c'était le feu et la glace", se souvient Pierre-Yves André, trois ans sous ses ordres à Bastia au tournant des années 2000. "C'est un volcan et puis au coup de sifflet final, il redevient une personne posée au discours très réfléchi et intelligent", poursuit l'ancien attaquant.
'Bastia, son ADN'
Mais ce morceau du folklore de la Ligue 1 en est surtout un des techniciens les plus expérimentés avec 529 matches, le deuxième en activité derrière Claude Puel (573 matches), le 14e de l'histoire, à égalité avec Robert Herbin, qu'il dépassera normalement mercredi prochain contre Angers. Débutée à Bastia, où l'ex-formateur métamorphosa une équipe moribonde jusqu'à - déjà - une finale de Coupe de la Ligue (1995), la carrière d'"Anto" est même passée par le Japon, une saison au Gamba Osaka, avant des baux longue durée à Saint-Étienne (trois ans), Nice et Rennes (quatre ans les deux fois).Ce "grand meneur d'hommes", selon le vieux Jo, qui a quitté Bastia pour assouvir de plus grandes ambitions, "y revient toujours dès qu'il peut". Et quand son LOSC a gagné à Furiani (2-1 le 12 mars), "ce fut à contre-coeur, parce que Bastia c'est son ADN", assure-t-il encore. "Il est très attaché à la Casinca (une communauté de communes) et à sa maison de Venzolasca, où il revient voir son frère", au sud de l'aéroport de Bastia, poursuit Bonavita.
"Quand il revient, on s'embrasse, on parle corse. En plus il peut parler +chez lui+ car De Zerbi le suit partout", continue le vieux Bastiais. Jean-Marie De Zerbi, joueur de l'épopée de 1978 jusqu'en finale de la Coupe de l'UEFA, est son adjoint à Lille comme il le fut ailleurs.
Mais Antonetti ne fait pas que parler. "Tactiquement, c'est un entraîneur au-dessus du lot", estime Pierre-Yves André.
'Un professeur'
Le buteur breton le compare "aux entraîneurs italiens". "Je me souviens que lors des entraînements, il aimait nous disposer sur le terrain et marcher sur la pelouse avec le ballon sous le bras avant de le poser à un endroit du terrain et de nous dire: +On fait quoi quand le ballon est là ?+"Antonetti a d'ailleurs redressé Lille, dispersé sous Hervé Renard et revenu dans la course à l'Europe grâce à six victoires de rang. Et en finale de la Coupe de la Ligue samedi. André le voit comme "un professeur". "S'il sent que vous avez des qualités, il ne vous lâchera pas et ira même au clash avec vous pour vous le faire comprendre", décrit-il. Le pédagogue "n'a jamais eu peur de lancer des jeunes, partout où il est passé", enchaîne Bonavita.
Pour cela, Antonetti possède une forte personnalité. "Il faut avoir les épaules très solides pour coacher le Sporting quand on est Corse", note André. "Et Fred a réussi des exploits incroyables. C'est d'ailleurs le seul entraîneur depuis Pierre Cahuzac à avoir envoyé le Sporting en Coupe d'Europe." C'était en 1997 par le biais de feu la Coupe Intertoto, la seule ligne à son palmarès (plus un titre de champion de L2 avec les Verts en 2004).
Après avoir échoué deux fois en Coupe de la Ligue (aussi avec Rennes en 2006), il aimerait bien gagner un "vrai" trophée pour enluminer son magnifique CV, en Corse comme sur le continent.