Affaire Orpea : "c’était mon rôle de ministre", réactions du président de la Région Hauts-de-France, Xavier Bertand

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Écrit par Jean-Louis Manand

"J’assume totalement. C’était mon rôle de ministre. Si c’était à refaire, je le referai. C’était ma mission". Ce sont les propos tenus jeudi 27 janvier 2022 à la fin de la séance plénière du Conseil Régional des Hauts-de-France par Xavier Bertrand. Le président de région réagissait ainsi aux accusations portées contre lui par le journaliste Victor Castanet dans son livre-choc, "Les Fossoyeurs", sur le business du grand âge.

Xavier Bertrand se devait de réagir. Dans l’enquête de Vincent Castanet, il ne tient pas le beau rôle. Il apparait comme l’ancien ministre de la Santé qui a favorisé l’expansion du groupe privé français Orpea, aujourd’hui leader mondial des Ehpad et des cliniques. Et Orpea n’apparait pas – c’est le moins qu’on puisse dire – comme une entreprise modèle.

De graves dysfonctionnements

Témoignages et documents à l’appui, "Les Fossoyeurs" nous ouvre les portes d’une maison de retraite Orpea de Neuilly-sur-Seine. Grand luxe et bien-être côté jardin. Mouroir côté cour. Le récit d’une femme détaillant les nombreuses négligences qui ont entrainé en quelques semaines le décès de sa maman est terrifiant. Chez Orpea, "les établissements doivent rapporter de l’argent, beaucoup d’argent". Alors on économise. On rationne. Sur le nombre de couches pour les résidents. Sur la toilette quotidienne et l’hygiène. Sur la qualité des repas. Sur le matériel. Sur le personnel – en sous-effectif - pressé comme un citron. Pas d’infirmière de nuit. On répond tardivement aux appels des malades. Les médicaments sont mal distribués. Les odeurs sont nauséabondes. On signale des vols. Pour Vincent Castanet, "ces dysfonctionnements sont le reflet de la stratégie globale de l’état-major du groupe, soucieux de rentabiliser au mieux ses établissements, de limiter les frais". Un système. La vieillesse et la dépendance transformées en filon lucratif.

"Je le referai"

Et Xavier Bertrand, dans tout ça, comment se retrouve t-il impliqué ? Parce qu’il aurait aidé Orpea à se développer durant ses deux passages au Ministère de la Santé, entre juin 2005 et mars 2007, puis entre novembre 2010 et mai 2012. Selon les témoignages recueillis par Victor Castanet, le patron d’Orpea déjeunait régulièrement avec le ministre et pouvait le "sonner" à tout moment pour appuyer un financement ou une implantation d’Ehpad, pousser un dossier, lever un blocage. Et au cours de son enquête, le journaliste remarque que le groupe Orpea a commencé à prendre réellement son essor en obtenant, au début des années 90, la gestion de sept Ehpad dans l’Aisne. Le département de Xavier Bertrand.

Attaqué, le président des Hauts-de-France s’explique donc, d’autant qu’un conseiller régional d’opposition, Benjamin Lucas, venait de l’interpeller sur twitter sur cette affaire. "Oui, j’ai demandé des autorisations pour le groupe Orpea, comme pour l’ensemble des groupes qui avaient déposé un dossier", a déclaré Xavier Bertrand. "C’était clairement mon rôle, ma mission. Je l’ai fait durant trois ans et demi (la durée de ses deux passages au Ministère de la Santé-ndlr) dans le respect des règlements. Et pas n’importe comment. Si c’était à refaire, je le referai. J’assume totalement". Et il répète, comme pour être bien compris : "c’était mon rôle de ministre".

Xavier Bertrand rappelle au passage le contexte de l’époque. "J’avais eu en charge le Plan Grand Age. Entre 2005 et 2015, nous savions que le nombre de personnes de plus de 85 ans passerait de 1 million 100 à 1 million 900. Qu’il fallait beaucoup de structures d’accueil. Et en vingt ans, le nombre de places en Ehpad est passé de 300 000 à 600 000. Et donc, c’est vrai qu’en tant que Ministre, j’ai eu à faire attribuer un nombre important de places".

Réponse solennelle

À Victor Castanet, Xavier Bertrand avait déjà répondu qu’il n’entretenait aucune relation spéciale avec le patron d’Orpea et qu’il ne l’a pas "aidé". "Il n’est pas question d’aider qui que ce soit, mais de faire en sorte que les projets présentés aboutissent".

Voilà pour le fond. Sur la forme, le président des Hauts de France semble être affecté par l’irruption de son nom dans cette affaire. Hier soir, dans l’hémicycle, le ton était empreint d’émotion. Le souffle court. Avant de s’expliquer, Xavier Bertrand a évoqué un "fait personnel" et – détail surprenant - s’est assuré que la caméra qu’une élue écologiste d’opposition pointait sur lui était bien allumée. Façon très "Bertrand" de marquer la solennité du moment et de montrer qu’il n’a rien à cacher.

(Réactions en chaine après la publication du livre "Les Fossoyeurs". L’Agence Régionale de Santé d’Ile-de-France mène depuis hier une inspection dans l’Ehpad de Neuilly-sur-Seine qui est au centre de l’enquête de Victor Castanet. Plus largement, le gouvernement envisage de lancer "une mission d’inspection indépendante pour l’intégrité du groupe Orpéa". Le PDG d’Orpea est convoqué le premier février par la Ministre chargée de l’autonomie des personnes âgées, ex-députée du Pas-de-Calais, Brigitte Bourguignon. Enfin, en bourse, le titre Orpea est en chute libre.