Colère des agriculteurs. La FNSEA et les JA appellent à lever les blocages, des désaccords sur la stratégie : "on a lâché trop vite"

Après une troisième salve d'annonces du gouvernement, la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs appellent à lever les blocages et à "rentrer dans une nouvelle forme de mobilisation". La Confédération paysanne estime quant à elle que les revendications, notamment sur le revenu des agriculteurs, n'ont pas été entendues. Elle appelle à continuer le mouvement.

C'est la troisième salve d'annonces en moins d'une semaine. Ce jeudi 1er février, Gabriel Attal, ainsi que les ministres de l'Économie, de l'Agriculture et de la Transition écologique, ont dévoilé de nouvelles mesures à destination des agriculteurs. Inscription dans la loi de l'objectif de souveraineté alimentaire, enveloppe de 150 millions d'euros "en soutien fiscal et social" pour les éleveurs, meilleure application de la loi Egalim, "mise en pause" du plan Ecophyto qui vise à réduire l'utilisation des pesticides... Les mesures annoncées s'inscrivent dans la lignée de celles qui avaient déjà été proposées les 26 et 31 janvier. 

Estimant que les agriculteurs ont "été entendus sur un certain nombre de points, avec des avancées tangibles", le président de la FNSEA a appelé à la levée des blocages. Idem pour les Jeunes Agriculteurs qui estiment qu'il faut changer "de mode d'action", et "rentrer dans une nouvelle forme de mobilisation". 

"Des avancées assez conséquentes"

C'est le discours qu'ont tenu, ce jeudi 1er février, en fin d'après-midi, les représentants locaux de ces deux syndicats sur le parking du centre commercial de Glisy, occupé par quelques dizaines d'agriculteurs. "Nous avons eu des avancées assez conséquentes par rapport à la liste de revendications que nous avions donné en début de manifestation, estime Denis Bully, président de la FDSEA de la Somme. Il y a des avancées sur tout un tas de sujets, notamment sur des aspects fiscaux, des aspects environnementaux, et aussi sur les aspects productifs. Et si ces annonces n'étaient pas concrétisées, on a des agriculteurs qui sont prêts à se remettre en manifestation." Pour le président des Jeunes Agriculteurs, le résultat est "déjà pas mal", et il faut "laisser le temps faire les choses".

Des arguments qui ne convainquent pas tout le monde dans l'assemblée. Le ton monte entre les représentants syndicaux et certains manifestants. "Est-ce que t'es sûr aujourd'hui de vivre de ton métier ?!, lance un agriculteur, agacé. Si on travaille, c'est pour gagner quelque chose. Travailler pour rien, c'est bon !" Un autre considère que les mesures sont déconnectées, pas assez concrètes. "Les gens, ils ont demandé de vivre de leur métier, et qu'on ne les fasse pas chier avec les papiers, c'est juste ça qu'ils ont demandé !"

Julien Tramcourt, agriculteur à Autheux dans le nord de la Somme, se dit "déçu" de la levée des blocages. "On a lâché trop vite, lâche-t-il, visiblement dépité. C'est vraiment un abandon. Ça fait plus d'une semaine qu'on y est, on n'a pas fait ça dans le vide, on n'a pas dormi sur les routes pour aujourd'hui lâcher avec quelques annonces sans vraiment avoir la certitude que ça va être appliqué."

Mais pour le président de la FDSEA, "ce serait irresponsable de continuer, il faut attendre que le gouvernement concrétise les paroles du Premier ministre et des ministres."

La Confédération paysanne appelle à poursuivre les actions

Pour la Confédération paysanne en revanche, le compte n'y est pas. Estimant que la grande distribution joue un rôle majeur dans la crise qui secoue le monde agricole, le syndicat appelle tous les agriculteurs des Hauts-de-France à les rejoindre ce samedi 3 février pour une action "devant une grande surface de la métropole lilloise", indiquent plusieurs membres du syndicat, sans préciser laquelle pour le moment.

"Les annonces ne garantissent absolument pas un revenu paysan, regrette Yoanne Scottez, animatrice syndicale de la Confédération dans les départements picards. Nous, ce qu'on veut, c'est des prix d'achats plancher : si on n'a pas cette sécurité, on pourra toujours saupoudrer des mesures aux aléas des mobilisations, ça ne nous semble pas durable."

Le prix plancher est l'une des revendications majeures du syndicat : il souhaite qu'un prix minimal d'achat soit imposé à la grande distribution, calculé à partir du prix de revient des productions et de la main d'œuvre. "C'était un peu le but de la loi Egalim, rappelle Olivier Desmarest, secrétaire de la Confédération paysanne de la Somme et éleveur à Poix-de-Picardie. C'est bien triste qu'elle ne soit pas appliquée alors que ça fait six ans qu'elle existe. Il faut aller dans la rue pour qu'elle soit respectée !"

S'il reste déterminé à poursuivre la mobilisation, c'est parce qu'en 20 ans de métier, il estime que ça n'a "jamais été aussi dur". Céréalier et éleveur bovin et ovin, il a dû réduire les heures de son salarié et de son apprenti, parce qu'il n'arrivait plus à les payer. "Ils sont passés à 36 heures par semaine alors qu'avant, c'était plutôt 42, 45. Mais le travail est toujours là, il faut toujours le faire. C'est moi qui dois le supporter, je fais 75 heures par semaine minimum", raconte-t-il, assurant qu'il n'arrive tout de même pas à dégager un revenu pour lui-même.

Faire monter la pression sur Bruxelles

Il pointe également du doigt une "concurrence déloyale" des produits importés. C'est l'autre grande revendication de la Confédération paysanne : l'arrêt des négociations, à Bruxelles, des accords de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur (la communauté économique qui regroupe le Brésil, l'Argentine, l'Uruguay et le Paraguay). Le syndicat organisait d'ailleurs une manifestation dans la capitale belge, où se tenait un conseil européen. Ce jeudi, Emmanuel Macron a déclaré vouloir un "Egalim européen". "S'il est aussi inefficace que la loi Egalim en France, ça promet !", ironise la Confédération paysanne sur X.

Les actions devraient donc se poursuivre dans les prochains jours, malgré l'appel des deux plus gros syndicats agricoles à lever les blocages. Mais a priori pas sur les autoroutes : "ce n'est pas notre mode d'action", précise un membre de la Confédération paysanne. Il s'agira plutôt d'occuper les centrales d'achats et plateformes logistiques de la grande distribution, qu'elle qualifie de "prédateurs du revenu paysan".

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