Au 6e jour du procès en appel de Willy Bardon à Douai, l'audition clé de l'ex-compagne de Grégory Wiart, Katy D.

Pour le 6e jour du procès en appel de Willy Bardon dans l'affaire Kulik à Douai dans le Nord, les parties civiles attendent beaucoup de l'audition de Katy D., l'ex-compagne de Grégory Wiart, le violeur d'Élodie Kulik. Notamment parce que son ADN a été retrouvé sur la scène de crime.

Dans l'affaire du viol et du meurtre d'Élodie Kulik, les parties civiles sont convaincues que l'ex-compagne de Grégory Wiart, Katy D. ne dit pas ce qu'elle sait.
Dans l'affaire du viol et du meurtre d'Élodie Kulik, les parties civiles sont convaincues que l'ex-compagne de Grégory Wiart, Katy D. ne dit pas ce qu'elle sait. © V.Pasquier / FTV

C'est une audition qui pourrait être le tournant du procès en appel de Willy Bardon. Et même si elle avait martelé ne rien savoir de toute l'affaire lors du procès en première instance, les parties civiles espèrent bien que cette fois elle va parler. Car les avocats de Jacky Kulik et le père d'Élodie lui-même sont convaincus que Katy D. sait des choses sur le viol et le meurtre de la jeune femme 11 janvier 2002 à Tertry dans la Somme. Qu'elle sait mais qu'elle ne dit rien. Et si les parties civiles en sont si convaincues, c'est parce que Katy D. est apparue dans l'enquête à plusieurs reprises.

"L'autre"

Katy D. est l'ex-compagne de Grégory Wiart, le violeur reconnu d'Élodie Kulik. Le 30 novembre 2019, lors de son audition au procès en première instance de Willy Bardon, elle ne désigne jamais son ancien compagnon par son prénom : depuis qu'elle le sait impliqué dans le viol et le meurtre d'Élodie Kulik, elle ne parvient qu'à l'appeler "l'autre". Elle décrit un climat de violences conjugales : Grégory Wiart est "voleur, escroc et malhonnête". Ce n'est pas non plus, selon ses dires, un bon père pour ce fils qu'il ne connaîtra jamais : Grégory Wiart s'est tué 1er novembre 2003, en fonçant sur une ligne droite, sur une route sèche, pour aller s'encastrer sous un camion arrivant en face. Il avait 24 ans et son fils à peine 18 mois.

Car au moment du meurtre de la jeune directrice d'une agence bancaire de Péronne dans la Somme, Katy est enceinte de sept mois et demi. Mais son ADN est retrouvé sur le préservatif utilisé et abandonné par Grégory Wiart sur la scène de crime. Un ADN nucléaire et non seulement mitochondrial. La différence entre ces deux types d'ADN est importante pour l'identification de son propriétaire : l'ADN nucléaire est transmis par les deux parents, il est unique pour chaque individu alors que l'ADN mitochondrial est transmis uniquement par la mère et peut donc présenter des segments identiques pour des personnes apparentées. Si l'ADN nucléaire identifié a conduit à Katy, c'est qu'il lui appartient, à elle précisément et pas potentiellement à quelqu'un de sa famille.

L'une des six

Après cette découverte, les gendarmes placent Katty D. en garde à vue. Elle est entendue plusieurs fois par les enquêteurs car son explication sur la présence de son ADN sur le préservatif utilisé par Grégory Wiart est pour le moins insolite : à l'époque, elle déchirait avec les dents ou les mains l'emballage des préservatifs retrouvés dans les poches de Grégory Wiart pour lui faire comprendre qu’elle n’était pas dupe de son infidélité. Une explication qui changera selon ses auditions.

Vendredi 18 juin, une experte en génétique est venue à la barre éclaircir un peu la zone d'ombre de l'ADN de Katy. Sans donner d'explication stricte, elle a fourni à la cour des raisons pour poser à l'ex-compagne de Grégory de nouvelles questions pour de tenter de comprendre comment et pourquoi son ADN s’est retrouvé sur le lieu du crime.

Katy D. est par ailleurs l'une des six personnes à avoir reconnu formellement la voix de Willy Bardon sur l'enregistrement de l'appel au secours qu'Élodie a passé aux pompiers le soir de sa mort. Une certitude de 9/10 pour elle. Katy dit reconnaître le ton de WIlly Bardon, sa "façon de parler". Sur cet enregistrement sur lequel certains experts estiment entendre trois voix, deux d'hommes et une, plus fluette : celle d'un jeune homme (dont on a un temps pensé qu'il pouvait s'agir de celle du jeune apprenti de Grégory Wiart) ou celle d'une femme.

Lettres anonymes

Katy D. était-elle sur les lieux du crime avec son compagnon quand il a violé Élodie Kulik ? Comment dans ce cas son ADN s'est-il retrouvé sur le préservatif utilisé pour violer Élodie ? Et pourquoi a-t-elle envoyé 12 lettres anonymes aux gendarmes en novembre et décembre 2002 ? Des lettres de menaces de mort dans lesquelles elle utilise les termes "violée, égorgée, saignée, brûlée". Le 30 novembre 2019, elle dira que c'était une façon pour elle d'attirer l'attention des gendarmes sur les violences dont elle était victime de la part de Grégory Wiart. "Un appel au secours". Mais quand elle sera démasquée comme l'auteur de ces courriers et que les gendarmes l'entendront à ce sujet, elle ne dira rien de ces mauvais traitements. Et elle sera condamnée pour dénonciation mensongère.

"Je vous jure que si je savais quelque chose, je vous le dirai"... C'est ce que Katy D. avait affirmé en regardant Jacky Kulik lors de son audition en première instance du procès de Willy Bardon. Deux ans plus tard, pas sûr que celle qui a refait sa vie prenne le risque de tout perde en révélant ce qu'elle a caché depuis tant d'années. Si tant est qu'elle sache quelque chose...

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