Le basculement au tout électrique est une fierté pour les salariés de Renault Douai, mais…

53 ans après sa création, l'usine Renault basée à Douai a basculé au tout électrique. Une fierté pour le directeur général de Renault Electricity. Revers de la médaille, des salariés sont au chômage technique faute de commandes.

Plus de 50 ans après sa création, l’usine Renault de Douai vient de basculer dans une nouvelle dimension. Depuis ce mardi 9 mai 2023, fini la production de véhicules thermiques, la firme au losange se met au tout électrique.                    

Une deuxième vie applaudie par le directeur général de Renault Electricity. Ce vaste projet a été lancé en 2022 par le groupe pour faire de ses trois usines du Nord – Douai, Maubeuge et Ruitz – le premier pôle européen de fabrication de véhicules électriques.

Luciano Biondo l’assure : Douai est la première usine automobile d’Europe à basculer dans le 100% électrique.

Un choix de Renault en 2018

Il faut dire que depuis 2018 et le choix de Renault de confier à l’usine de Douai la fabrication de sa nouvelle berline électrique, la Megane E-Tech 100% électrique, la transition s’est faite rapidement.

Une nouvelle ligne de montage installée début 2021 et la proportion de fabrication des véhicules thermiques emblématiques comme le Scenic, l’Espace et le Talisman, a fondu comme neige au soleil.

En 2022, sur les 55 000 véhicules sortis des lignes de production, plus de 80% étaient des Méganes électriques.

L’usine de Douai, aux plus de 10 millions de véhicules fabriqués depuis 1970, prend donc un virage à 180 degrés. Un avant-goût de ce qui attend les usines de Maubeuge et Ruitz dans les prochaines années.

Aujourd’hui, nous avons 5 000 salariés dans le Nord. Nous avons pris un premier engagement de créer 700 emplois supplémentaires.

Luciano Biondo, directeur général de Renault Electricity

Octobre 2022, France 3 Nord Pas-de-Calais

Invité du journal de France 3 Nord Pas-de-Calais en octobre dernier à l’occasion de l’annonce de la fabrication de la Renault R4 100% électrique, Luciano Biondo a fixé l’objectif du tout électrique dans l’entièreté du pôle Renault Electricity en 2025. "Maubeuge, avec l’arrivée de la Renault 4 et l‘augmentation de Kangoos électriques, années après années, se verra laisser la place du thermique au 100% électrique", a-t-il assuré, tout sourire.

"Aujourd’hui, on n’a pas assez de boulot pour faire vivre l’entreprise"

Une fierté pour 2800 salariés de l’usine Renault Douai, mais le sentiment est toutefois partagé. Les syndicats, chiffres à l’appui, jugent le passage du thermique au tout électrique trop brutal. "On ressort de trois semaines de chômage, témoigne David Dubois, délégué CGT de l’usine de Douai. Comme lui, jusqu’à 2 000 employés ont été concernés. Actuellement, on ne fait plus que la Mégane électrique. On se retrouve avec une seule voiture et on n’a pas assez de commandes pour faire vivre l’usine normalement".

On fabriquait 60 véhicules par heure, mais du fait de l’arrêt du thermique, on est passé a une cadence de 52 véhicule par heure.

David Dubois, délégué CGT Renault Douai

Cette année, les carnets de commande affichent 70 000 Méganes électriques sur une capacité annuelle de production de 300 000 véhicules. Conséquence, "les 200 intérimaires ont été remerciés du jour au lendemain, assure le syndicaliste. On leur a promis monts et merveilles, ils sont écœurés". Un CSE extraordinaire a lieu ce mercredi 10 mai 2023 et David Dubois ne se fait pas d’illusions. "On s’attend à des nouvelles journées de chômage dans les prochains jours et les prochains mois".

Un carnet de commandes à moitié vide qui devrait néanmoins se remplir dès la fin 2023 avec la production du Scénic électrique, puis l'Alpine A290 l'année suivant. "Mais on attend surtout la Renault 5 en 2024, s’enthousiasme le délégué CGT. Là, logiquement, elle devrait nous faire bondir dans les commandes et nous faire vivre".

Le prix annoncé autour de 25 mille euros saura-t-il séduire les amoureux de la voiture mythique ?