Mélinda, 19 mois, morte ébouillantée à Neuf-Mesnil : 28 ans de prison requis contre le beau-père, 18 contre la mère

Au terme d'une semaine de procès devant les assises du Nord, l'avocat général a requis 28 ans de réclusion criminelle à l'encontre de Jason Odin, beau-père de Mélinda, accusé d'avoir ébouillanté Mélinda, 19 mois, morte après une longue agonie.

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(Illustration) © MAXPPP
Manipulateur torturant une fillette ou jeune homme déboussolé qui l'ébouillante par accident? Deux visions du beau-père de Mélinda ont continué de s'opposer vendredi aux assises du Nord, après une semaine d'un procès où le rôle des services sociaux a aussi été questionné. Estimant que les actes de torture et de barbarie étaient caractérisés, l'avocat général a requis 28 ans de réclusion criminelle à l'encontre de Jason Odin, 21 ans au moment des faits, qui voulait se faire appeler "papa" par la petite Mélinda.            

Âgée de 19 mois, la fillette était morte le 18 mai 2016 à Neuf-Mesnil (Nord) après une longue agonie, ébouillantée par Jason Odin qui l'avait aspergée d'eau brûlante dans la baignoire. Malgré ses hurlements et ses vomissements, les pompiers n'avaient été appelés que le lendemain du bain, à la mi-journée. Jason Odin est également accusé d'avoir maltraité la fillette pendant des mois.

Le devoir de protéger

Vendredi, l'avocat général a requis 18 ans de réclusion contre la mère, Ana Maria Barbosa De Sousa, soulignant que, si elle n'a pas donné le bain fatal, "elle a préféré faire passer son couple avant sa fille, jusqu'à en causer la mort".

Cette femme portait déjà "dans sa chair" la mort de sa fille Joulia en 2013 des mains d'un tiers - le parrain de l'enfant qui l'avait fait tomber. Mais elle avait "avant toute chose le devoir de protéger ses enfants, ce qu'elle n'a pas fait", a asséné Loïc Poirier, que Mme Barbosa a écouté la tête entre les mains.

Le père de Mélinda, assis au premier rang, a quitté précipitamment la salle d'audience quand l'avocat général est revenu sur les souffrances endurées par la petite fille.

M. Poirier a requis cinq ans de prison, la peine maximale pour non-assistance à personne en danger, à l'encontre de l'homme qui hébergeait le couple.

Toute la semaine, la mère et le logeur ont chargé le beau-père. Mais s'il reconnaît avoir brûlé la fillette, Jason Odin dément l'avoir fait intentionnellement.
Alors que l'avocat général a tracé le portait d'un homme jaloux et égocentrique, qui éprouvait un sentiment de toute-puissance en maltraitant Mélinda, son avocat, Me Jean-Baptiste Henniaux, a décrit un accusé "complètement déboussolé", que son QI de 56 classe dans une déficience modérée.

L'avocat a surtout insisté sur le fait que rien ne prouve l'intention d'infliger des souffrances, indispensable pour qualifier la barbarie.

"Misère morale"

S'appliquant à décrire le "terreau" de "misère morale, intellectuelle et financière" où se sont déroulés les faits, l'avocat du logeur Me Vincent Demory a souligné que plusieurs personnes, médecin ou éducatrice, avaient vu Mélinda sans déceler de danger immédiat.
L'avocat d'Ana Maria Barbosa De Sousa, Me Jean-Raphaël Doyer, a rappelé que sa cliente s'était occupée de sa fille la nuit du drame - certes de façon insuffisante - allant à son chevet et la changeant, et qu'elle n'était pas poursuivie pour avoir commis des faits, mais uniquement pour son inaction.

Dans ce dossier, tous s'accordent pour reconnaître que les accusés n'étaient pas aptes à s'occuper d'un enfant. "Enfant de remplacement" après la mort de Joulia, à qui elle ressemblait, Mélinda avait été conçue alors que ses parents, sous contrôle judiciaire, avaient pourtant interdiction de se voir.

Le jour même du drame, une éducatrice avait rendu visite à la famille, suivie depuis 2014. Trouvant Ana Maria Barbosa fatiguée et irritée et ne la jugeant pas apte à s'occuper de sa fille, l'éducatrice avait proposé que la grand-mère de Mélinda, chez qui les deux aînés étaient déjà placés, la récupère quelques jours. Mme Barbosa avait refusé.

Dès le 17 janvier, le père de Mélinda avait, quant à lui,  envoyé un courrier  au juge des enfants pour s'inquiéter du sort de sa fille. Pour Nathalie Bucquet, avocate de l'association Innocence en danger, ce ne sont pas les responsabilités individuelles des éducatrices qui sont en cause mais les lourdeurs administratives, les délais de traitement par les services sociaux.

Conjointement avec l'association Enfance et Partage, également partie civile au procès, elle compte engager une action en responsabilité à l'encontre de ces services.

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