Mise en examen depuis 4 ans, elle se suicide : 2 mois plus tard, la justice sur le point de reconnaître son innocence

Delphine Pader, surveillante à la prison de Douai, avait été mise en examen en 2019 car elle était soupçonnée d'avoir introduit des explosifs dans l'établissement. Elle s'est suicidée en juillet 2023.

C'est le quotidien national Le Parisien qui a révélé l'information jeudi 21 septembre. Le parquet de Lille a demandé pour Delphine Pader, poursuivie depuis 4 ans par la justice, un non-lieu. Le parquet estime que l'enquête n'a pas permis de mettre au jour des charges contre cette surveillante de prison qui clamait son innocence jusqu'à mettre fin à ses jours.

Cette mère de famille était surveillante de prison à Douai. En 2019, un détenu l'a accusé d'avoir introduit 500g d'explosifs dans l'établissement pénitentiaire, en prétendant avoir une vidéo pour prouver ses dires. Suite à ces accusations, une enquête a été ouverte et Delphine Pader, également conseillère municipale à Bourlon, a été mise en examen. Elle était soupçonnée de faits d'"association de malfaiteurs" et "détention en bande organisée de produit explosif".

Quatre ans après sa mise en examen, Delphine Pader s'est suicidée. Le 31 juillet dernier, elle a laissé derrière elle un mari et un enfant de 19 ans. "J’ai l’impression d’être considérée comme une criminelle, de ne plus exister", a-t-elle écrit dans la lettre qu'elle leur a laissée, d'après Le Parisien.

"Pas de charge suffisante"

Un mois et une semaine plus tard, le 8 septembre, le parquet de Lille a requis un non-lieu. Il n'y a "pas de charges suffisantes" à l'encontre de cette femme. "Aucun témoignage direct ou élément matériel" n'ont pu être apportés pour prouver la soi-disant implication de Delphine Pader dans l'introduction des explosifs dans la prison.

Pour Maître Damien Legrand, avocat de Delphine Pader et sa famille, cette réquisition est très importante. Il souligne que le procureur aurait pu "se contenter" de dire que l'action publique prenait fin du fait du décès de Delphine Pader mais cette réquisition de non-lieu va plus loin que cela. "C'est l'institution qui l'a accusée tout au long de cette procédure et qui l'a mise en examen qui finalement reconnaît noir sur blanc que Delphine a bien fait son travail", déclare-t-il. 

C'est essentiel pour sa famille, sa mémoire, son honneur. Mais c'est beaucoup trop tard, le mal est fait.

Damien Legrand, avocat

"Je navigue entre "tout ça pour ça" et "mieux vaut tard que jamais"", confie Jérôme Pader, son mari.

La vidéo dont le détenu a parlé n'a jamais été visionnée. Le parquet n'a pas pu s'assurer de son existence. "Depuis le début, le dossier est vide, reproche Jérôme Pader. Il y a plein de choses qui ne sont pas cohérentes."

Le téléphone dans lequel elle aurait dû se trouver n'a été expertisé qu'en 2023, rapporte Le Parisien, alors qu'il aurait été saisi en 2019.

"On ne sait pas pourquoi l'enquête a été aussi longue, se désole l'avocat. Aujourd'hui, il n'y a pas plus dans le dossier que ce qui a été fait en 2019. En 2023, c'est parce que Delphine a fait une grève de la faim et que son pronostic vital était presque engagé que ça a bougé."

Le non-lieu devra être prononcé par un juge d'instruction pour être effectif. Le retour du juge d'instruction pourrait survenir d'ici mi-octobre d'après Maître Legrand.

Une fois que cette ordonnance sera rendue, "la famille a d'ores et déjà pris la décision d'attaquer pour faute lourde du service public de la justice", affirme l'avocat. "Nous estimons qu'il y a de multiples manquements qui sont très clairement à l'origine du décès de Delphine", complète-t-il.

Je veux que l'administration pénitentiaire reconnaisse que Delphine a déjoué une évasion de grande ampleur.

Jerôme Pader, époux de Delphine

Jérôme Pader sait déjà que cela ne va pas l'"apaiser", "mais je le fais pour mon fils, pour qu'il puisse y avoir une reconnaissance quelque part". Apprendre que sa mère va bénéficier d'un non-lieu, un mois après son suicide, "l'a beaucoup remué", raconte son père.

"J'estime qu'elle a été lâchée par sa hiérarchie", détaille Jérôme Pader. "Je veux que l'administration pénitentiaire reconnaisse que Delphine a déjoué une évasion de grande ampleur" en remettant ces explosifs à sa direction.

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