ENTRETIEN. "Notre ville a perdu un de ses enfants" : suite au meurtre de Philippe, le maire de Grande-Synthe défend le vivre ensemble dans sa commune

Depuis le drame de ce 15 avril 2024, la ville de Grande-Synthe ne parle plus que du meurtre de Philippe, agressé par un groupe de trois personnes, dont des mineurs. Pour empêcher la psychose de s'installer, le maire appelle au calme et au soutien envers la famille de défunt. Entretien avec Martial Beyaert, édile de Grande-Synthe.

La ville de Grande-Synthe est en deuil. Philippe, animateur en centre social âgé de 22 ans, a été violemment agressé sur un parking de supermarché par un groupe de trois personnes, dont au moins deux mineurs, dans la nuit du 15 au 16 avril 2024.

Couvert de coups, surtout au visage, le Grand-synthois a été retrouvé dans un état critique et transporté d'urgence au service réanimation de l'hôpital le plus proche. Il a succombé à ses blessures quelques heures plus tard.

Un meurtre d'une extrême violence qui provoque l'émoi des habitants de Grande-Synthe et fait réagir leur maire, Martial Beyaert (UG), qui souhaite éviter de développer la psychose dans cette petite ville littorale, d'ordinaire si tranquille.

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Un terrible évènement a troublé votre commune cette semaine. Comment réagissez-vous à la mort sordide de ce jeune homme ?

Martial Beyaert : Grande-Synthe a perdu un de ses enfants, Philippe. Un garçon parfaitement intégré qui travaillait pour les services de la mairie, aussi bien en périscolaire, que durant l'été, que pendant les moments de restauration scolaire. Qui participait à la vie de la Ville. Qui devait commencer un contrat dans une entreprise à proximité... On est tous abasourdis, dans l'incompréhension. C'est un acte ignoble qui s'est déroulé, avec une bande qui l'a agressé et lui a fait perdre la vie.

On est tous abasourdis, dans l'incompréhension. C'est un acte ignoble qui s'est déroulé, avec une bande qui l'a agressé et lui a fait perdre la vie.

Martial Beyaert, maire de Grande-Synthe

Vous avez réagi hier en publiant une vidéo sur Facebook, dans laquelle vous appelez au calme. Votre commune n'avait jamais connu cette situation auparavant ?

M.B. : Grande-Synthe est une ville de 20 000 habitants qui fonctionne comme un village, tout le monde se connaît ou a une connaissance en commun. C'est une ville plutôt paisible, on a évidemment quelques problématiques urbaines comme dans toutes les villes moyennes, mais on n'a pas l'habitude de voir cette violence de rue.

On a une police municipale de soirée, une brigade de jour, on a déployé 72 caméras de protection. C'est une ville ouvrière avec un fort taux de chômage (28 %) et avec une grande précarité : plus de 30 % de mes concitoyens vivent sous le seuil de pauvreté. On a des problématiques sociales mais pas d'insécurité, il fait bon vivre ici. Alors effectivement mes concitoyens sont choqués, ils sont dans l'incompréhension face à cet acte d'une barbarie innommable.

On a des problématiques sociales mais pas d'insécurité, il fait bon vivre ici. Alors effectivement mes concitoyens sont choqués.

Martial Beyaert

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Les habitants de Grande-Synthe sont donc malheureusement sous le choc. Et qu'en est-il de la famille de Philippe, comment vit-elle cette tragédie ?

M.B. : Je voulais à tout prix rencontrer la famille pour apporter mon soutien aussi moral que matériel et les accompagner, s'ils ont besoin d'une aide spécifique. Par exemple, et c'est le cas, si elle voulait organiser un moment de recueillement ou une marche blanche. On les accompagnera donc vendredi matin à 11 heures, devant le lycée du Noordover où Philippe a été lycéen mais aussi étudiant, puisqu'il a passé un BTS. On ira ensuite jusqu'au lieu du drame pour observer une minute de silence devant la maison communale.

Aujourd'hui la maman, les deux frères et les cousines ont fait preuve de beaucoup de dignité, ils ont aussi défendu le vivre ensemble à Grande-Synthe et je leur apporte toute mon affection et toute mon empathie.