En ce début d'année, comme en 2021, les pompiers du Nord sont pris pour cibles

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Encore une agression de pompiers ce mardi 4 janvier 2022, à Seclin (Nord). L'occasion de faire le bilan de 2021 : plus de 280 agressions physiques et verbales sont à déplorer à l'encontre des sapeurs-pompiers du Nord. Un chiffre constant depuis plusieurs années, malgré les dispositifs en place.

Ce mardi 4 janvier 2022, le SDIS 59 (Service départemental d'incendie et de secours du Nord) est sollicité à 22h34 pour effectuer ce qu'on appelle une "levée de doute" au domicile d'une personne qui ne répond pas aux appels de ses proches. Il s'agit d'aller vérifier si l'occupant des lieux est chez lui et s'il va bien, ou s'il a fait un malaise.

Le personnel du fourgon de Seclin est déclenché et se présente au domicile pour entrer en contact. Deux pompiers frappent à la porte et la personne ouvre, présentant un caractère agressif. Elle attaque aussitôt l'un des sapeurs-pompiers à la main avec un marteau avant de lancer ce dernier dans le dos du deuxième pompier.

La police, arrivée rapidement, maîtrise l'homme qui est transporté au centre hospitalier de Seclin. Les pompiers, eux, sont conduits à Salengro à Lille, légèrement blessés.

280 agressions envers les pompiers du Nord en 2021

"Ce scénario est malheureusement classique, explique Nicolas Mougin, officier expert aux relations extérieures pour le SDIS du Nord. Nous venons de dresser le bilan 2021 : on était à un peu plus de 280 agressions physiques et verbales envers les sapeurs-pompiers du Nord. On constate une légère hausse, peu marquante, puisque depuis plusieurs années ce bilan oscille entre 220 (l'année du confinement) et 240."

"C'est vraiment un constat que l'on fait pour l'ensemble des personnels en uniforme, pas seulement les pompiers, ajoute-t-il. Et ça se passe dans tous les coins du département, en ville comme à la campagne, il ne faut pas stigmatiser l'urbain. Des cas d'alcoolisme ou de psychiatrie, il y en partout."

"Agression ne veut pas forcément dire caillassage ou guet-apens comme lors des tirs de mortiers sur une école à Lille, tempère l'officier. On a beaucoup de gens qui sont sous l'emprise de l'alcool, ou avec des problèmes psychiatriques. Parfois, quelqu'un se débat, et tape dans la porte d'un véhicule. C'est considéré comme une agression."

Tolérance zéro

De la menace à l'attaque, en passant par l'insulte, la réponse est la même : la tolérance zéro. "Depuis plusieurs années, nous ne laissons rien passer. Tout est porté devant la justice. Ce qui est important, c'est la suite à donner. Dans un cas comme celui d'hier, nous avons déposé plainte pour violence physique avec arme."

Dans cette optique, chaque sapeur-pompier bénéficie d'une aide fonctionnelle par le service juridique (avocat, etc.) pour faciliter le dépôt et le suivi de plainte.

Un SDIS pilote en France

Le SDIS du Nord, qui effectue plus de 160 000 interventions chaque année, dont 80% sont des secours à personnes, fait partie des SDIS pilotes en France. Pas seulement de par sa taille - avec 7200 agents, il est le plus gros corps de pompiers territoriaux du pays (hors Paris et Marseille, où les pompiers sont des militaires) - mais en matière d'expérimentations, qui doivent permettre de nourrir les réflexions et les actions à mener dans tout le pays.

"On se fait des retours d'expériences entre SDIS voisins, raconte Nicolas Mougin, le Nord, le Pas-de-Calais, l'Aisne, l'Oise et la Somme, qui constituent la zone de défense et de sécurité Nord. Et souvent, nos initiatives se répercutent au niveau national."

Car outre la protection dite "fonctionnelle" des agents, le SDIS 59 a mis en place depuis trois ans des protocoles d'intervention conjoints avec les forces de police et de gendarmerie. Il s'est aussi attaqué à l'amélioration des fourgons eux-mêmes. Désormais, certains sont équipés de caméras. Les vitres sont systématiquement couvertes de films anti-agressions. Et pour les acquisitions de futurs véhicules, le choix est fait de les prendre avec de la tôle plutôt que des vitres.

Le SDIS met également en place, avec les jeunes en service national ou civique, un travail de fond de prévention dans les quartiers. "Ils sont ambassadeurs dans leurs villes ou leurs villages, pour rappeler que les sapeurs-pompiers viennent pour sauver des vies. Il n'y a aucune raison qu'ils soient agressés, que ce soit physiquement, verbalement ou avec dégradation ou destruction de matériel.

Autre expérimentation, un peu avant Noël a été nommé un officier spécialement dédié à la collecte d'information départementale, en vue d'établir une traçabilité de la violence envers les policiers. L'objectif étant, évidemment, de réduire cette violence.

Comment ? "En réalisant une expérimentation sur des caméras piétons, par exemple, liste Nicolas Mougin. En suivant de près les différentes technologies qui se mettent en place. Ou encore, en établissant par exemple une convention avec la supervision urbaine. Ainsi, des personnels du SDIS peuvent intégrer un centre de supervision et aider les sapeurs-pompiers sur le terrain en les informant de ce qu'ils voient via les caméras."

Des condamnations exemplaires

Certaines condamnations peuvent être assez emblématiques, et doivent aussi servir à freiner les velléités des potentiels agresseurs. Ainsi, suite à une rixe du 3 août 2019 à Saint-Pol-sur-Mer - menaces, crachats, jets d'objets - deux plaintes ont été déposées. L'audience s'est tenue au tribunal correctionnel de Dunkerque et l'agresseur a été condamné à neuf mois de prison ferme sans aménagement.

Pour une agression verbale à Orchies, la personne a été condamnée à huit mois d'emprisonnement dont quatre fermes, assortis d'une obligation de soin en alcoologie. Le 12 février 2021, des pompiers avaient été agressés au métro Montebello à Lille et menacés de mort ; le 19 novembre suivant, l'agresseur a été condamné à un an ferme avec mandat d'arrêt.

"Les peines ne sont pas toujours si lourdes, explique Nicolas Mougin, certains sont condamnés à une centaine d'heures de travaux d'intérêt général. Mais le message est clair, encore une fois, c'est la tolérance zéro. Parce qu'être agressés dans le cadre de notre mission, qui est, je le rappelle, de sauver des vies, c'est tout simplement intolérable. 280 agressions, c'est 280 agressions de trop."