ENTRETIEN. Journée de lutte contre la transphobie : pour Alice, militante de l'Organisation de Solidarité Trans, il reste des choses à améliorer à Lille

La Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie a lieu tous les ans, le 17 mai. Mais cette année, ces 24 heures raisonnent différemment, dans le contexte d'une montée de la haine envers les personnes trans, qui voient leurs droits mis sur la scelette une fois de plus. Entretien avec Alice, militante lilloise de l'Organisation de Solidarité Trans (OST).

À Lille, une mobilisation était organisée à 18 heures le 17 mai 2024, à l'occasion de la Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie. Les militants et militantes se sont rassemblé·es place de la République ce vendredi pour constituer une assemblée et organiser la riposte, face à une montée de la haine et de la peur envers les personnes trans.

Accès aux soins, aux changements d'état civil, prise en charge des traitements et chirurgies de transition par la Sécurité Sociale... Les revendications des associations et collectifs rassemblés en cette fin de semaine restent nombreuses, alors qu'elles et ils alertent sur certaines propositions de loi anti-trans en cours d'examen au Sénat et à l'Assemblée nationale.

Alice, militante de l'Organisation de Solidarité Trans (OST) de Lille, revient sur l'importance de cette journée et d'une lutte pour les droits et les libertés des personnes transgenres.

Quels sont les objectifs de votre association ?

Alice : L'OST est une association, ou plutôt une organisation politique créée à Tours pour venir combler le manque d'associations locales et militantes pour les personnes trans. Depuis juillet 2023, l'OST a décidé de se nationaliser en ouvrant plusieurs sections... Dont une à Lille. Leur objectif est de coordonner les collectifs nationaux, pour faire en sorte que l'identité trans ne soit plus négociable dans les luttes sociales. Que les revendications trans soient transpartisanes.

Cette coordination est-elle encore plus importante aujourd'hui ? Dans ce contexte de transphobie grandissante.

A. : Oui mais ce climat politique plus hostile s'observe déjà depuis plusieurs années. Notamment à l'internationale, il y a des offensives antitrans en Suisse, en Belgique, aux États-Unis... C'est un phénomène international grandissant et lié à une autre dynamique globale, qui est de tendre vers plus d'autoritarisme et de contrôle de la population. En France je pense aux politiques concernant la psychiatrie, au natalisme, qui aborde le contrôle des corps, ou au SNU et aux militaires présents lors des manifestations, qui montrent une militarisation de la société.

C'est un phénomène international grandissant et lié à une autre dynamique globale, qui est de tendre vers plus d'autoritarisme et de contrôle de la population.

Alice, militante

Mais il est vrai que ces derniers temps la transphobie a envahi les discours. Avec par exemple la publication du livre Transmania de Dora Moutot et Marguerite Stern, sur "l'idéologie transgenre". Un livre qui traduit toute la panique morale autour de la transphobie chez les personnes cisgenres qui fantasment la vie des personnes trans, alors qu'elles n'en ont jamais réellement connu.

Et puis au niveau lillois, même si nous n'avons pas plus de soucis de violence qu'avant, il s'agit plutôt d'une hausse de l'activité politique. Je pense par exemple aux tracts déposés dans les boîtes aux lettres de Villeneuve-d'Ascq par SOS Éducation qui s'efforcent à désinformer la population sur la réalité des personnes transgenre.

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Justement, au niveau de Lille et sa métropole, quelles avancées restent à faire ?

A. : En 2021 ou 2022, la mairie de Lille avait signé une charte pour le respect et l'inclusion des personnes trans. Mais elle n'est pas très bien respectée. L'une des raisons pour lesquelles cette charte avait été mise en place, concernait les difficultés rencontrées pour les changements de prénom et d'état civil en mairie. Sauf que la Ville a nommé une personne venue d'un tout autre service, qui n'était pas formée pour ce travail.

Plus généralement, on rencontre un gros manque de moyens de la part de la mairie pour mettre en place l'inclusion. On a l'impression que la mairie ne cherche pas à faire mieux. Surtout lorsqu’en septembre 2022, la Ville avait organisé une conférence avec la pédopsychiatre Caroline Eliacheff, qu'on accuse de transphobie. Mais la mairie l'a défendue, sous couvert de pluralisme.

On ressent aussi très fort le manque de places et de médecins formés au THS (traitement hormonal substitutif). Et puis on ne le rappelle pas assez, mais la transition n'est pas seulement une galère de médecin, mais aussi de travail, avec des carrières hachées, des licenciements liés à la transphobie ou des baisses de salaires quand on transitionne, ce qui mène évidemment à la précarisation.

La transition n'est pas seulement une galère de médecin, mais aussi de travail, avec des carrières hachées, des licenciements liés à la transphobie ou des baisses de salaires.

Alice

Dans tout ce contexte, comment les personnes cisgenres peuvent-elles se mobiliser pour être de bonnes alliées ?

A. : Déjà il FAUT se mobiliser. Il faut que l'engagement devienne actif et pas seulement passif. Donner les moyens aux personnes qui luttent, de continuer leur combat, notamment en les aidant financièrement car, comme je l'ai dit juste avant, les personnes trans sont souvent très précaires. Sauf que les organisations et associations trans sont presque exclusivement constituées de personnes trans, donc les besoins financiers sont grands.

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Et puis venez aux rassemblements ! Le 17 mai est une date importante, mais d'autres dates sont aussi organisées pour lutter contre la transphobie. Par exemple le 26 mai, les associations appellent et annoncent des manifs partout en France. Cette année on espère que ça aura encore plus de résonance, du fait qu'on communique plus que d'habitude... Pendant les mobilisations on n'est pas énormément, notamment pour la Journée du souvenir trans (ou Transgender Day of Remembrance, le 20 novembre).

Ces dates sont l'occasion de voir des allié·es et tout soutien est le bienvenu.

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