Incendie à Hellemmes-Ronchin : les pompiers empêchés d'accéder à l'aire d'accueil pour les gens du voyage par des barrières anti-caravanes

Le 31 mars, un feu s'est déclaré dans une caravane de l'aire d'accueil d'Hellemmes-Ronchin. Les pompiers n'ont pas pu accéder au camp, car les dispositifs qui empêchent la circulation des caravanes n'ont pas pu être levés à temps. La mairie d'Hellemmes a promis un relogement temporaire sous 4 mois.

"Comme vous le savez, cela fait des années qu'on est un collectif, qui a été créé par nos mères. Nous sommes la génération suivante, qui poursuit leur combat, car il en vaut le coup", entame Sue-Ellen Demestre. Ce vendredi 1er avril, les femmes de l'aire d'accueil pour les gens du voyage d'Hellemmes-Ronchin organisaient la toute première assemblée de leur association Da So Vas ("Tendre la main").

Depuis 2014, les habitants qui paient un loyer pour vivre sur cette aire, coincée entre une usine à béton et une concasserie de gravats, demandent à être relogés par la Métropole Européenne de Lille (MEL). Les affections de santé, notamment respiratoires, se multiplient, le temps passe, et les autorités compétentes peinent à débloquer d'autres terrains. Avec Da So Vas, ce sont trois générations de femmes qui donnent une nouvelle ampleur à leur combat pour un logement digne. 

"Je suis un peu fière qu'on ait pu accomplir une telle chose. C'est un combat important pour nous et notamment pour moi parce que j'ai eu le soutien de ma mère, qui est morte d'un cancer. C'était important pour elle, elle voulait partir", raconte Pruna Demestre, 19 ans, secrétaire de la nouvelle association.

Leur combat a reçu le soutien de nombreuses autres structures associatives, présentes pour l'occasion. La Fondation Abbé Pierre, l'association la Voix des Roms, la Sauvegarde du Nord, la Confédération Nationale du Travail, ou encore le MRAP (Mouvement contre le racisme), sont dans les rangs. Marie Toussaint, députée européenne et juriste spécialisée en environnement, est également présente. Des adjoints, conseillers municipaux et élus d'opposition des mairies d'Hellemmes et de Ronchin, ainsi que des représentants de la MEL assistent à la réunion.

"Notre but est de reloger les aires d'accueil polluées, parce que le racisme environnemental nous touche en premier, nous, les gens du voyage", poursuit la tante de Pruna, Sue-Ellen Demestre.

On a compris qu'on nous met sur ces aires d'accueil parce que nous sommes des déchets, et personne ne veut nous voir.

Sue-Ellen Demestre

 "Nous voulons changer ça, la vision des gens. On ne veut plus une aire d'accueil construite à côté d'une déchetterie, d'un crématorium et compagnie" termine Sue-Ellen Demestre. Ses mots sont encore teintés d'émotion.

"Les pompiers n'ont pu que regarder" : un incendie aggravé par des barrières anti-caravanes

La veille, un nouveau drame sur l'aire d'accueil a souligné, une fois de plus, la situation d'exclusion territoriale réservée aux voyageurs. En une quinzaine de minutes, trois caravanes prennent feu. Mais les pompiers, dépêchés sur place, restent bloqués à l'entrée de l'aire. En effet, de lourdes barrières mécaniques bloquent la mobilité des caravanes : pour les faire lever, il faut s'adresser directement à Véolia, gestionnaire des aires d'accueil consacrée par la MEL. Ce soir-là, le téléphone d'astreinte a sonné dans le vide. 

"A l'intérieur, on peut bien mourir, on ne pourra pas les lever, ces barrières. Les pompiers n'ont pu que regarder, ce sont les hommes de chez nous qui ont finalement réussi à éteindre le feu", raconte Sue-Ellen Demestre. La veille au soir, elle a diffusé sur Facebook une vidéo de l'incident. On y voit les caravanes détruites par les flammes, et le camion des pompiers resté à l'extérieur du camp.

Contacté par France 3, Veolia reconnaît ses responsabilités et se dit "désolée de cette situation exceptionnelle", et "ravie" que les dégâts n'aient été que matériels. "Il est vrai que nous gérons les astreintes sur les 14 aires de la métropole dans le cadre d'un contrat avec la MEL et il est vrai que nous sommes censés intervenir en dépannage pour toutes les urgences, et un feu rentre évidemment dans cette catégorie, établit Frédéric Haas, directeur de la communication.

C'est une erreur humaine, l'agent n'a effectivement pas décroché lorsqu'il a été appelé, il n'a pas entendu l'appel.

Frédéric Haas

"Entre-temps, les habitants ont réussi à éteindre le feu, ni eux ni les pompiers n'ont laissé de message vocal sur le téléphone d'astreinte, poursuit Frédéric Haas. Quand il a vu l'appel, l'agent a donc jugé à tort que la situation n'était peut-être pas urgente. Il aurait du rappeler. Il a eu un entretien ce matin pour un rappel des règles, parce que l'on s'est rendu compte de la situation lorsque l'on a repris l'astreinte vendredi matin. Les agents d'astreinte sont chez eux, ils dorment, mais sont censés être réactifs à tout moment."

Une promesse de relogement sous 4 mois

La question d'une ouverture automatique de ces dispositifs barrière pour assurer un accès aux secours et aux pompiers sera le premier chantier de travail de l'association, qui souhaite avoir un bénévole dans chaque aire d'accueil de la métropole lilloise. "On ne devrait même pas avoir à le demander : ce sont tout de même des gens qui vivent là-dedans ! On veut que tous les habitants des aires d'accueil sachent qu'il y a une association pour eux".

Mabrouk Zouareg, adjoint à la mairie d'Hellemmes en charge des solidarités, s'est engagé devant l'assistance à fournir aux habitants de l'aire d'accueil d'Hellemmes-Ronchin une solution de relocalisation temporaire d'ici 4 mois, le temps d'envisager des possibilités plus durables. "Nous avons bien noté cette promesse, et nous allons nous assurer qu'elle est tenue", a réagi sur place l'une des représentantes de la fondation Abbé Pierre.