L'un des jeunes fauché par un TER à Lille témoigne : “J'ai perdu deux frères à cause de la police”

Aurélien est revenu ce mardi sur les lieux de l'accident avec une équipe de France 3. / © France 3 Nord Pas-de-Calais
Aurélien est revenu ce mardi sur les lieux de l'accident avec une équipe de France 3. / © France 3 Nord Pas-de-Calais

Aurélien, 20 ans, fait partie des quatre happés par un train vendredi soir, près de la gare Lille-Flandres. Alors que deux de ses amis ont perdu la vie dans l'accident, il l'affirme : ils se sont rendus sur les rails pour fuir un contrôle de police. Une version démentie par les forces de l'ordre.

Par Jeanne Blanquart

Il fait partie des 4 jeunes fauchés par un TER, vendredi soir, à Lille. Deux de ses amis, Selom et Matisse sont morts, un autre est gravement blessé. Lui est un miraculé; blessé à la hanche, il a pu sortir de l'hôpital. Ce mardi, il a accepté de revenir sur les lieux du drame pour nous expliquer comment l'accident s'est produit.

Dans une cour bordée de trois immeubles située dans le quartier de Lille-Fives, le jeune homme, en fauteuil roulant, est poussé par un ami. Il montre du doigt le quatrième pan de la cour, bordé d'une grille, facile à escalader. "On était posés tranquillement avec mes amis ici, à fumer un petit joint. Tout à coup, la police est venue à 6, matraque à la main", explique le jeune homme. "Nous, comme on a l'habitude de se faire frapper par eux, on ne voulait pas se faire frapper. On était obligés de partir. Et le seul endroit pour partir, c'était les rails."

L'un des jeunes fauché par un TER à Lille témoigne : "J'ai perdu deux frères à cause de la police"


Une version contredite par une source policière, qui affirme qu'aucune patrouille n'était dans le secteur ce soir-là. "On a vérifié tout le week-end, aucun agent de la BAC ne se trouvait-là."


"Il nous a aspirés"


Pourtant, c'est ce qu'affirme Aurélien. "On a grimpé par le coin, juste là, pour partir, pour fuir, sinon... On ne voulait pas se faire frapper, il y en a marre de se faire frapper tous les jours pour rien. On est montés par là, on est partis par la gauche et... le train a défilé."

© Google maps
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Il se souvient du choc avec précision. Le regard dans le vide, Aurélien poursuit. "On était sur le côté. Le train nous a emportés. Il nous a aspirés. On n'était pas devant. Si on avait eu le temps de l'esquiver, on l'aurait esquivé. On ne veut pas mourir comme ça... On s'est collés au mur, on est partis toujours tout droit et quand le train est passé, j'ai eu le temps de bouger mon ami au dernier moment et le train est passé." Et il termine : "J'ai perdu deux frères à cause de la police".

Y a-t-il eu, oui ou non, un contrôle de police ce soir-là ? Le Parquet indiquait déjà lundi que "personne n'est venu confirmer l'existence d'un tel contrôle, sous quelque forme que ce soit, auprès de la police, du Parquet ou d'une quelconque autorité qui n'aurait pas manqué sinon d'en informer le procureur".

Jeunes fauchés par un TER à Lille : deux versions s'affrontent
Aurélien, 20 ans, fait partie des quatre happés par un train vendredi soir, près de la gare Lille-Flandres. Alors que deux de ses amis ont perdu la vie dans l'accident, il l'affirme : ils se sont rendus sur les rails pour fuir un contrôle de police. Une version démentie par les forces de l'ordre.  - France 3 Nord Pas-de-Calais - Yves Asernal, Damien Louvet, Robin Mompach, Amandine Maquet

Appel à témoins


Les jeunes ont-ils cru voir des policiers en civil ? Que s'est-il vraiment passé ? Pour confirmer ou infirmer leur version des faits, le Parquet poursuit son appel à témoignages. "Toute personne qui souhaiterait apporter son témoignage sur ces faits est invitée à contacter la sûreté urbaine de Lille (0362598054 ou 0360598000 en dehors des heures ouvrables)."

Lors du rassemblement organisé lundi soir en hommage aux victimes, plusieurs parents ont annoncé leur intention de porter plainte pour homicide involontaire et mise en danger de la vie d'autrui.

Valérie, la mère d'une des vicimes s'est exprimée au micro de nos confrères de la Voix du Nord. "Je n'ai pas de haine, j'ai juste de la tristesse, de la colère car j'ai perdu mon fils. Je veux qu'il y ait une enquête, je voudrais comprendre pourquoi quatre jeunes se sont retrouvés sur une voie ferrée, pourquoi il y avait un accès facile", explique-t-elle.


Une marche blanche en hommage aux deux jeunes hommes tués sera organisée samedi, entre l’avenue des Lilas à Saint-Maurice et la place Degeyter à Fives.
 

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