Astronomie : un astéroïde va frôler la Terre cette nuit. Pourra-t-on l'observer depuis les Hauts-de-France ?

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Écrit par Virginie Demange

Cette nuit, à 21h51, heure universelle, un astéroïde classé comme "potentiellement dangereux" par les scientifiques va passer tout près – à l'échelle spatiale - de la Terre. Pas de panique, "tout près", c'est à un peu moins de 2 millions de kilomètres, il n'y a donc aucun risque de collision. Mais pourra-t-on l'observer depuis les Hauts-de-France ? Oui, mais sous conditions.

"Ça va être compliqué pour le grand public, annonce d'entrée de jeu André Amossé, responsable de la médiation scientifique du Forum des Sciences de Villeneuve d'Ascq. En revanche, ça va intéresser les astronomes amateurs équipés", c'est-à-dire en possession d'un télescope suffisamment puissant, avec une lunette d'au moins six pouces.

En effet, comme le détaille le site d'observation de la NASA, l’agence fédérale américaine qui gère la majeure partie du programme spatial civil des Etats-Unis, l'astéroïde 7498 (1994 PC1) est trois fois plus grand que la tour Eiffel et avec son diamètre d'un peu plus d'un kilomètre, il pourrait accueillir environ dix terrains de football. Pour autant, il n'est que faiblement lumineux et ne sera donc pas visible à l'œil nu. 

Pour mettre toutes les chances de son côté, il faut absolument "s'éloigner de toute grande ville d'au moins trente ou quarante kilomètres, en faisant attention de ne pas s'approcher d'une autre grande ville".

"Si par exemple on va vers le sud de Lille, explique André Amossé, lui-même astronome amateur, il ne faut pas aller jusqu'à Valenciennes." Selon lui, plusieurs sites d'observation sont possibles dans le Nord et le Pas-de-Calais, l'idéal étant "le sud du département du Nord, dans l'Avesnois, en plein champ entre deux villages ou près d'Hesdin dans les Sept Vallées. Ou encore entre Saint-Omer et la Côte d'Opale, sans s'approcher trop de la Côte, qui est très éclairée."

Aucun danger de collision

L'astéroïde 7498 (1994 PC1)  fait partie de la famille des géocroiseurs, "ceux qui pourraient nous tomber dessus", résume André.

"La plupart des astéroïdes, explique Alain Vienne, directeur de l'Observatoire de l'Université de Lille, sont des corps qui proviennent de la ceinture principale située entre Mars et Jupiter. Mais certains, les géocroiseurs, s'aventurent non loin de l'orbite terrestre. De ce fait, ils représentent de potentielles menaces pour l'homme."

Néanmoins, on est loin du scénario catastrophe du film Don't look up sur Netflix, dans lequel une comète fonce vers la Terre. Selon la Nasa, il n'y a tout bonnement aucun risque de collision.

Il faut dire que l'astéroïde, qui avance à une vitesse moyenne de 20 kilomètres par seconde, passera à une distance de 0,01325 unité astronomique, soit environ 1,93 million de kilomètres de la Terre, cinq fois la distance entre la Terre et la Lune.

"Et heureusement qu'il passe loin, se réjouit Alain Vienne, car à partir de 50 mètres de diamètre, lorqu'un astéroïde tombe, les dégâts peuvent être considérables. C'était sûrement la dimension de la météorite qui a explosé en 1908 dans le ciel de la Toungouska en Sibérie centrale. On estime que 60 millions d'arbres dans un rayon de 25 km ont été soufflés."

Du bon matériel, et surtout… de la patience

"Pour observer 1994 PC1, il faudra surtout être patient, ajoute André Amossé, car même si l'on est au bon endroit, il faudra encore attendre qu'il se déplace dans notre champ de vision. Cet astéroïde reste un point, on ne le verra qu'à travers son déplacement."

L'intérêt, c'est que certains astronomes amateurs essaient de collaborer à la recherche professionnelle et vont noter précisément la position de l'astéroïde tout au long de sa trajectoire – que l'on peut d'ores et déjà observer en ligne, en temps réel.

"Plus on a de remontées, explique André, plus on est précis, plus les scientifiques vont pouvoir faire mouliner leurs ordinateurs avec les équations des mouvements des corps célestes pour voir comment cette trajectoire peut évoluer à l'avenir."

Une observation qui contribue à la surveillance nécessaire des astéroïdes, pour anticiper et pouvoir éviter leur éventuel impact. À ce jour, la communauté scientifique a recensé près de 25 000 objets célestes d'une taille supérieure à un kilomètre.

Une météo malheureusement peu adaptée

Malheureusement, en astronomie, c'est le ciel qui décide. Et ce soir, celui des Hauts-de-France est particulièrement brumeux… Heureusement pour les passionnés, cet astéroïde – dont le prochain passage aussi près de la Terre est prévu dans tout juste 83 ans – sera visible depuis votre salon, grâce au projet Virtual Telescope et à sa webtv, à partir de 20 heures.

Pour voir le calendrier des prochains phénomènes astronomiques, rendez-vous sur le site de l'IMCCE, l'institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides.