Covid-19 : à la veille d’un rassemblement de 700 militaires, des familles craignent un cluster à la Citadelle de Lille

Le port du masque pas respecté, des cas de Covid détectés et non transmis aux autorités… Des familles de militaires travaillant à la Citadelle de Lille dénoncent une "non-prise en compte de la situation sanitaire" à la veille d’un rassemblement de 700 militaires prévu début décembre.
Près de 450 militaires sont présents au CRR FR, situé dans la Citadelle de Lille.
Près de 450 militaires sont présents au CRR FR, situé dans la Citadelle de Lille. © Frederik Giltay / France 3 Hauts-de-France
En plein coeur de la Citadelle de Lille se trouve le quartier général du corps de réaction rapide de France (CRR FR), un état-major de l’armée française déployable à tout moment sur un théâtre d’opérations extérieures. Environ 430 militaires, en provenance de 14 nations différentes, y travaillent quotidiennement indique le ministère des Armées.

Dans le contexte actuel de crise sanitaire et de confinement national, le collectif Protégeons nos militaires se présentant comme un regroupement de conjoints, époux et épouses de militaires s’est créé en octobre dernier, et représenterait une quarantaine de familles. Leur objectif : dénoncer la gestion de l’épidémie de Covid-19 au sein de cet état-major de l’armée de terre à la veille d'un rassemblement de plus de 700 militaires, affirmant que "le CRR FR continue de vivre normalement (sans) prendre en compte la situation sanitaire." Néanmoins, rappellent-ils, le but "n’est pas de polémiquer, mais d’informer."

"La Citadelle est un des endroits les plus surs de Lille. Ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de cas, les murs de la Citadelle ne protègent pas du virus plus qu’ailleurs mais on fait le maximum."

Commandante Alexandra Maiornikoff, cheffe des affaires publiques à l’OTAN pour le site de Lille

La situation sanitaire du CRR FR serait-elle étouffée ? C’est en tout cas ce qu’affirme le collectif, dans un mail adressé à différentes rédactions, dont France 3 Hauts-de-France, listant plusieurs manquements au règles sanitaires. Nous avons donc sollicité le CRR FR, et c’est la commandante Alexandra Maiornikoff, cheffe des affaires publiques à l’OTAN pour le site de Lille qui a répondu point par point aux différentes accusations formulées. En préambule, elle rappelle qu'elle ne connait pas ce collectif et "se demande si ce sont des gens qui travaillent chez nous ou pas", affirmant que les tentatives de prises de contacts avec celui-ci sont restées lettres mortes.

5 cas de covid avérés en 7 jours 

Protégons nos militaires affirme qu’entre le 9 et le 14 novembre, 5 militaires positifs à la Covid-19 ont été recensés, tandis que 7 autres cas suspects sont dans l’attente des résultats de tests PCR. Des données qui, selon le collectif, "ne sont pas communiquées aux instances civiles gérant le suivi de l’épidémie."

Faux, répond Alexandra Maiornikoff, qui ne souhaite néanmoins pas communiquer sur le nombre de cas mais celui-ci "est connu par l’Agence Régionale de Santé, comme dans toutes les entreprises, affirme-t-elle. La communication en interne est simple : un point de situation quotidien donne lieu à un compte rendu visible par tout le monde au sein du CRR FR. Un point hebdomadaire est également réalisé."

Le masque absent de la cérémonie du 11 novembre ?

Une multiplication des cas positifs qui interroge alors que le collectif affirme également que le port du masque et les distances de sécurité ne sont pas respectés. Pour preuve, la cérémonie du 11 novembre organisée dans l’enceinte de la Citadelle "de 8h20 à 9 heures (…) regroupant 350 militaires en position statique rassemblés sans masque et sans respect des distances de sécurité."Une jauge contestée par la direction du CRR FR. "Le chiffre global est de 700, pas 1200. On est descendus au maximum. Une personne va jouer deux ou trois fonctions de manière à baisser l’effectif dans certains secteurs", explique-t-on, ajoutant que des tentes sont en cours de montage. Un chiffre que dément une nouvelle fois le collectif, s'appuyant sur un mail concernant le point de restauration déployé pendant l'événement et mentionnant "autour de 950 personnes pour le déjeuner et 800 pour le diner."

"Ce mail donne les effectifs du DFAC (point de restauration) et les modalités de la prise des repas. À la lecture, on peut constater que le nombre de participants est différent de celui officiellement donné par le CRR FR et que les modalités fixées confirment que le site n'est pas dimensionné."

Propos du collectif Protégeons nos militaires

Sur ce point, le CRR FR indique que ce chiffre ne transparait pas la réalité, puisqu'il comprend le personnel participant à l'exercice mais également des personnes extérieures comme des militaires de l'opération Sentinelle devant déjeuner et dîner sur place. De plus, la configuration des espaces de restauration a été adaptée pour l'occasion. "Habituellement, nous avons un point de restauration pour 450 personnes en 3 services. Pour l’exercice, nous passons à 9 services dans 2 endroits différents. On est donc à moins de personnes par service" résume Alexandra Maiornikoff.

"Nous ne voulons pas être l’origine d’un cluster national comme à Mulhouse"

Au-delà du rassemblement pendant la crise sanitaire jugé démesuré pour le site lillois selon le collectif, les familles de militaires demandent aux responsables d’imposer le test PCR avant et après et d’achever cet exercice au plus tard le 14 décembre, afin d’éviter tout risque de contamination à Noël et de ne pas "être à l’origine d’un cluster national comme à Mulhouse" (en mars dernier, un rassemblement évangélique avait accéléré la propagation du virus sur tout le territoire, NDLR).

"Celui-ci se terminera le 18 décembre 2020. Le 19 décembre, la plupart des militaires partiront fêter les fêtes de Noel dans leurs familles aux quatre coins de la France. Ceci représentera une potentiel menace pour nos familles. Nous avons peur de transmettre le Virus. Dans cette optique, l’avancement de date de fin d’exercice permettrait aux militaires de se réaliser un test PCR le 14 décembre 2020. En cas de test positif, ils pourront effectuer une quarantaine entre le 16 décembre et le 23 décembre 2020. Cela nous assurerait de passer des fêtes de Noel en toute sécurité."

Extrait du mail du collectif "Protégeons nos militaires"

Impossible d’assurer des tests PCR généralisés avant et après l’exercice, répond le CRR FR. Néanmoins, "une note envoyée le 10 novembre" détaille toutes les précautions prises pour cet exercice. "Tous ceux qui rentrent dans la Citadelle auront leur température de prise, 50 masques à disposition, des lingettes virucides, une attestation sur l'honneur à remplir concernant son état de santé." Il y aura également une patrouille Covid qui s'assurera du respect des gestes barrières.

Ce mercredi 2 décembre, le CRR FR tient à apporter un élément complémentaire en annonçant qu'une campagne de dépistage est en cours et que "450 personnes ont déjà été testées, avc zéro cas positifs pour le moment." Concernant les personnes participant à l’exercice et venant de loin, "tous ont reçu une ordonnance pour se faire tester dans le civil 72 heures avant d’arriver, précise Alexandra Maiornikoff, le résultat négatif étant une condition préalable pour entrer et participer à l’exercice."

L’objectif affiché est donc clair. "On va réaliser cet exercice indispensable tout en protégeant la santé de nos militaires et de leurs familles. Nous faisons notre maximum", conclut la cheffe des affaires publiques du CRR FR de la Citadelle de Lille, qui souhaite apaiser coûte que coûte les craintes des familles.
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