Sécurité, pollution, bruit : Lille expérimente les 30 kilomètres heures depuis 2019

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Écrit par Yves Asernal

C’est en 1983, avenue Léon Blum, que les 30 km/h ont été expérimentés pour la première fois, à Lille. 26 ans plus tard, c’est la ville toute entière qui bascule. Pour quels résultats ? Un bilan pas facile à tirer tant le Covid a rebattu les cartes de nos choix de modes de transports.

Une réussite en terme de sécurité ?

"Les 30 km/h ne sont pas respectés partout, mais aujourd’hui, rouler pour les cyclistes, c’est plus confortable," déclare Yannick Paillard, président de l’association du droit au vélo, l’ADAV. "On se sent en sécurité". La sécurité, une des réussites incontestées du passage aux 30 km/h. La distance de freinage est divisée par deux qui passe de 27 mètres à 50 km/h à 13,5 mètres à 30 km/h. 

Les conséquences des accidents ne sont pas non plus les mêmes. "A 50 km/h, cyclistes et piétons risquent à 90 % de perdre leur vie," explique Yannick Paillard, "alors qu’à 30 km/h, on a 90 % de chances de s’en sortir…" 

"C’était un des deux objectifs principaux de cette limitation à 30 km/h : l’amélioration de la sécurité routière", rajoute Jacques Richir, adjoint aux transports et à la mobilité à Lille. "Bien sûr, les accidents mortels arrivent encore, mais il s’agit alors de délinquance routière. Le cycliste mort le 29 août 2020 près de la gare Lille Europe, avait été renversé par un chauffard qui roulait très vite et qui est aujourd’hui aussi poursuivi pour délit de fuite."

Un effet encore difficile à analyser sur la pollution 

C’est le point le plus polémique de cette transition. Une limitation, source évidente de pollution pour les associations d’automobilistes. "30 km/h, c’est la vitesse où on pollue le plus et où on consomme le plus" explique Marc Jeansou, président de l’Automobile Club du Nord de la France. "Techniquement, la voiture a un meilleur rendement entre 70 et 90. C’est de la technique mécanique de base." 

Une affirmation que vient nuancer un rapport de l’Ademe, l’agence de la transition écologique, sur la question. Quand on roule moins vite, on consomme un peu plus c’est vrai, selon ce rapport, mais dans la réalité, le trajet change complètement la donne, avec ses feux, ses carrefours, ses bouchons. Démarrer d’un feu, accélérer jusqu’à 50 km/h, y rester trois secondes, puis décélérer pour arriver au feu suivant et recommencer, tout ça consomme beaucoup. Le plus impactant, selon l’Ademe, ce n’est pas la vitesse, mais l’accélération.

La baisse de la pollution pourrait venir au final d’une conséquence de cette limitation à laquelle personne n’avait pensé de prime abord : le report modal, le changement de moyen de transport. "Les automobilistes qui voient les cyclistes se déplacer plus vite qu’eux à 30 km/h, donnent l’envie de rouler en bicyclette", affirme Yannick Paillard. Et les chiffres lui donnent raison : en 2016, les trajets en vélo ne représentaient que 4 % des déplacements en ville alors qu’on s’approche des 10 % aujourd’hui selon Jacques Richir.

Sauf que le Covid est passé par là et a brouillé la donne. "Il n’y a jamais eu de report modal aussi rapide, explique le président de l’ADAV. "Il y a eu un report modal de la voiture certes, mais surtout des transports en commun. Nous, dans notre association, ce sont les automobilistes qu’on cherche à convaincre de changer de moyen de transport."

Moins de bruit pour les riverains

"Dès le début du passage aux 30 km/h, beaucoup de riverains, notamment ceux qui résidaient dans les rues les plus étroites à Lille, nous ont appelés pour nous informer que le bruit avait baisser de quelques décibels," rapporte Jacques Richir. "Les études parlent d’une baisse de 2 à 3 décibels."

Sur ce point aussi, explique l’adjoint au maire de Lille, le Covid a rendu difficile de faire un vrai bilan de cette limitation de vitesse tant les confinements, le travail en distanciel ont profondément bouleversé nos habitudes de vie. "Mais avec une situation redevenue presque à la normale," ajoute l’élu, "nous allons pouvoir vraiment étudier ce qui a changé avec cette limitation."

Une limitation qui fait des émules dans la métropole : les villes de Lambersart et Gondecourt ont décidé aussi de donner un coup de frein à leur circulation.