Un jeune pédiatre lance un cri d'alarme et invite à une minute de silence au CHU de Lille contre la "mort programmée" de l'hôpital

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Écrit par Ophélie Masure
Un jeune pédiatre lance un cri d'alarme et invite à une minute de silence au CHU de Lille contre la "mort programmée" de l'hôpital
Un jeune pédiatre lance un cri d'alarme et invite à une minute de silence au CHU de Lille contre la "mort programmée" de l'hôpital © Frederik Giltay / FTV

Le silence dit parfois beaucoup plus qu'un long discours. Tous les vendredis à 14h, médecins, infirmiers, aides-soignants, administratifs sont appelés à se taire pour alerter sur la dégradation de l'hôpital. Une situation bien antérieure à la crise sanitaire. Un pédiatre lillois nous explique sa colère et son désarroi.

Il n'a rien contre les syndicats, mais il n'est pas syndiqué. "Peut-être un jour…", nous dit-il. Pierre Cleuziou est médecin dans le service de neurologie pédiatrique du CHU de Lille. Il n'a que cinq ans d'expérience, mais cela suffit pour prendre conscience de la gravité de la situation.

Ce vendredi, à l'initiative du collectif inter-hôpital (CIF), le pédiatre appelle ses confrères, mais également tous les personnels paramédicaux, administratifs à se mobiliser sur l'Esplanade située devant l'institut cœur-poumon du CHU de Lille. Initiée dès la fin de l'année 2021 à l'hôpital de Strasbourg, cette minute de silence sera un rendez-vous hebdomadaire dans le Nord, mais pas seulement. 

Selon le pédiatre, les soignants alertent depuis des années, mais aucun gouvernement ne prend la mesure de la situation. La crise a commencé bien avant avril 2020, bien avant le Covid. "Ça fait des années qu'on observe une fuite du personnel. La plus grande difficulté de l'hôpital est de fidéliser les paramédicaux. Infirmiers et aides-soignants ne supportent plus les conditions de travail".  

C'est la mort programmée de l'hôpital public en France. Je le pense vraiment.

Pierre Cleuziou, pédiatre

Bien sûr, il y a la revalorisation du salaire déjà discutée lors du Ségur de la santé, mais la crise est bien plus profonde aujourd'hui. Les personnels les plus aguerris, les "anciens" comme on dit, baissent les bras. Face à la charge de travail, au planning qui change, au casse-tête des remplacements, c'est l'expérience qui s'en va.  

"Fin novembre, début décembre, en pleine épidémie de bronchiolite, un de mes collègues pourtant expérimenté tremblait à l'idée de prendre une garde le weekend". A l'origine de son anxiété, la jeunesse de l'équipe d'infirmiers avec laquelle il allait travailler. Selon Pierre Cleuziou, en neurologie pédiatrique à Lille, la moyenne d'âge des infirmiers est aujourd'hui inférieure à cinq ans. "Quand des enfants arrivent en urgence vitale, on a peur. Peur que les infirmières n'arrivent pas à poser une perfusion sur le bras d'un nourrisson. Nos infirmières sortent d'école !" Un tel service ne peut fonctionner sans une certaine dose de mixité générationnelle. Et le pédiatre de poursuivre : "On prend son courage à deux mains".

Pierre Cleuziou s'inquiète d'une autre fuite : celle des médecins eux-mêmes. "C'est un tournant qui a commencé alors que j'étais encore étudiant. Si même les médecins finissent par partir alors qu'ils ont de bons salaires, alors c'est grave !"

Et de dénoncer les services de pointe laissés à l'abandon, les urgences pédiatriques de Douai, de Boulogne, de Saint-Denis désormais fermées la nuit faute de personnel et de médecins en particulier.

Une fois qu'un service a fermé, pour le rouvrir, c'est très compliqué.

Pierre Cleuziou, pédiatre au service neurologie du CHU de Lille

Il décrit des départs en cascade : "Un collègue part et ils partent tous les uns après les autres. C'est très fragile. Pour faire revenir des médecins dans une structure où il y a eu des départs en chaîne, c'est difficile". Le jeune pédiatre veut donc agir pour assurer la continuité des soins. Car, selon lui, on en est bien là. L'hôpital public se meurt. Il assume : "Evidemment, il faut que ce soit un sujet avant les élections. Il faut recruter. On a besoin de plus de monde à l'hôpital. Il faut fidéliser les paramédicaux".

Pour terminer, nous l'interrogeons : à quoi penserez-vous pendant la minute de silence ? "A notre quotidien si difficile, mais surtout aux pertes de chances pour les patients".

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