Vente aux enchères des "quatre éléments" de Brueghel : à Lille, l’hôtel des ventes ne connaît pas la crise

L'hotêl des ventes lillois Mercier a présenté la suite de quatre cuivres du maître de la peinture Flamande Brueghel le Jeune, représentant les quatre éléments. Un acheteur français anonyme a déboursé 520 000 euros pour les intégrer à sa collection privée.

Les quatre cuivres composant l'"Allégorie des quatre éléments" de Brueghel le Jeune, exposés à la salle des ventes Mercier à Lille.
Les quatre cuivres composant l'"Allégorie des quatre éléments" de Brueghel le Jeune, exposés à la salle des ventes Mercier à Lille. © Mercier, salle des ventes de Lille

Aucune raison de tergiverser et de tenter de trouver un qualificatif approprié pour la décrire : la vente de ce dimanche 28 mars 2021 à l’hôtel des ventes Mercier à Lille est exceptionnelle. Et ce, pour deux raisons.

"L'Allégorie de l'air" de Brueghel le Jeune, exposé dans la salle des ventes Mercier à Lille.
"L'Allégorie de l'air" de Brueghel le Jeune, exposé dans la salle des ventes Mercier à Lille. © Marion David / FTV

La première, c’est qu’on n’a "pas tous les jours une série de quatre tableaux attribués à Brueghel le Jeune qui sont encore ensemble après plus de trois siècles," raconte Patrick Deguines, commissaire-priseur de l’exposition. La seconde renvoie à la situation sanitaire actuelle. "On a appris il y a quelques jours qu’on avait le droit de vendre en présentiel, et ça change tout," ajoute-t-il.

Allégorie des quatre éléments de Brueghel

Jan II Brueghel, dit le Jeune, n’a rien volé à son père. À la mort de celui-ci en 1625, il reprend les rênes de l’atelier et répond aux nombreuses commandes, majoritairement venues d’Italie ou d’Espagne où la famille rencontre un succès fou.

La suite de quatre huiles sur cuivre proposée à la vente s’inscrit dans la lignée du travail familial, puisque Les Quatre éléments : le feu, la terre, l’air et l’eau sont des reprises aux mêmes dimensions (54 cm x 67 cm) des compositions peintes par Jan Brueghel de Velours - le père - vers 1606. Un procédé "naturel, au sein de la famille Brueghel, de reprendre de génération en génération des compositions ayant marqué les esprits et toujours très demandées des amateurs", écrit la journaliste Caroline Legrand dans la Gazette Drouot.

La thématique des "quatre éléments" reflète ici la beauté du monde. En témoigne la forêt luxuriante représentée dans le cuivre consacré à l’allégorie de la Terre, illustrant le Paradis. "Au premier plan, un lion joue avec un guépard tandis que vache, loup, cerf, cygne, paon, singe et perroquet se promènent parmi les innombrables plantes, fruits et fleurs, où l’on remarque des espèces rares et précieuses comme les tulipes", décrit la journaliste.

Valeur estimée : entre 250 et 300 000 euros 

Le commissaire-priseur de l’exposition en est certain, les quatre éléments vont partir au prix fort. Pas moins de 250 000-300 000 € sont à envisager pour leur acquisition, d’après les estimations des experts. Une somme logique, puisque "les Brueghel sont des fleurons de la peinture flamande du XVIIe. Ici, les tableaux sont en très bon état, les sujets sont sympas, et on voit la virtuosité du peintre". C'est finalement un acheteur français anonyme qui a déboursé 520 000 euros pour acquérir ces oeuvres.

Patrick Deguines, commissaire-priseur chez Mercier à Lille, devant l'allégorie de l'Air, l'un des quatre cuivres des composant les "quatre éléments" de Brueghel le Jeune.
Patrick Deguines, commissaire-priseur chez Mercier à Lille, devant l'allégorie de l'Air, l'un des quatre cuivres des composant les "quatre éléments" de Brueghel le Jeune. © Marion David / FTV

Au-delà du caractère exceptionnel de cette vente, Patrick Deguines se frotte les mains, puisque le public est de nouveau autorisé à assister à la vente. "Depuis le premier confinement, on a remarqué qu’on arrivait à très bien vendre sans public, mais quand on fait le show pendant trois heures, on préfère avoir des gens", sourit-il. 

Les hôtels de vente de connaissent pas la crise

Chez Mercier, comme dans la majorité des hôtels des ventes de France, on ne connaît pas la crise. "D’une manière paradoxale, les ventes cartonnent, affirme le commissaire-priseur. Je pense que les gens s’ennuient chez eux et ceux qui ont un peu d’épargne se font plaisir, puisqu’on ne peut plus voyager, ni aller au restaurant"

D’une manière paradoxale, les ventes cartonnent.

Patrick Deguines, commissaire-priseur chez Mercier à Lille

Depuis le début de la crise sanitaire, ici comme ailleurs, l’adaptation a permis de garder un semblant d’activité. "On n’a pas trop souffert, concède Patrick Deguines. Les prix se maintiennent et sont parfois plus élevés qu’avant".

Pour preuve, la vente aux enchères de bandes dessinées anciennes organisée à l’hôtel des ventes de Roubaix début mars : mis en vente à un prix de départ de 6 000 euros, un album collector de Tintin au Congo dédicacé de la plume d’Hergé a finalement trouvé preneur pour la modique somme de… 11 000 euros !

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