Commissariat de Roubaix : face à la colère des syndicats, la Préfecture "prend la situation au sérieux" mais refuse de "parler d'insalubrité"

Publié le Mis à jour le
Écrit par Anas Daif .

Malgré la colère des syndicats qui dénoncent l'état du commissariat de Roubaix, la Préfecture du Nord et le commissaire Abdelkader Haroune réfutent le terme d'insalubrité. Pour eux, l'entretien, la rénovation et les travaux sont faits régulièrement à hauteur de "plusieurs centaines de milliers d'euros" chaque année.

Des légionnelles ont été découvertes dans l'eau du commissariat de Roubaix. Ces bactéries sont connues pour provoquer la légionellose, une infection pulmonaire grave. Mais cet incident ne semble être qu'une ligne dans une liste de dysfonctionnements qui met en colère les syndicats de police

Le syndicat Unité SGP Police Zone Nord a récemment "mis la main sur un document concernant le taux de légionelles qui doit être inférieur à 1000 alors que là, il est à 70 000" et dénonce une fermeture tardive des douches, "autour du 14 août" alors qu'une expertise a été réalisé "en date du 4 août". 

Des contrôles faits "régulièrement"

Louis-Xavier Thirode, préfet délégué à la défense et à la sécurité qui gère la zone Nord dont le Secrétariat général pour l'administration du Ministère de l'intérieur (SGAMI), tempère la situation. Il explique que "les douches ne sont pas beaucoup utilisées", ce qui a poussé au développement des légionnelles cet été. Mais des contrôles sont faits "régulièrement". D'ailleurs, "c'est le contrôle qui l'a mis en évidence, et ensuite on traite ça". 

La visite de bâtonniers de l'Ordre des avocats avait également pointé du doigt l'état des cellules. "Même une porcherie serait mieux entretenue", écrivaient-ils sur Twitter en juillet dernier. De son côté, Abdelkader Haroune, commissaire et chef de la division de Roubaix, observe que ces cellules de garde à vue "sont dégradées pratiquement chaque semaine par les personnes qui sont placées en détention".

Pas plus tard que la semaine dernière, "nous avons dû neutraliser deux cellules qui venaient d'être rénovées, l'une avec des dégradations du plexiglass et la seconde pour dégradation de la serrure qui permet d'alimenter la cellule de garde à vue". 

1,2 million d'euros de travaux sur trois ans

Le syndicat Unité SGP Police Zone Nord pointe également du doigt un commissariat qui "vieillit mal". Inauguré en 1996, le bâtiment connaît des problèmes en série : canalisations bouchées, système électrique et incendie à refaire entièrement... Les rénovations sont jugées insuffisantes et décrites comme "du cache-misère". Ils dénoncent aussi le peu de budget alloué à ces travaux. 

Le préfet délégué assure de son côté que la situation est prise au sérieux. "Il y a déjà eu 600 000 euros de travaux au commissariat de Roubaix en 2021, 200 000 cette année et 600 000 l'an prochain, énumère-t-il. Ça fera 1,2 million d'euros sur ce commissariat qui a besoin de rénovation et qui est privilégié en tant que telle."

La Préfecture détaille la nature des travaux : de la réfection des portes et résines des cellules en passant par la VMC, les eaux usées ou encore les verrières. Quant aux canalisations, qui font aussi l'objet de contrôles, une intervention "pour les nettoyer" est prévue. Abdelkader Haroune ajoute que la salle de sport au sein du commissariat a été "complètement rénovée, pas plus tard qu'en 2021". Pareil pour "l'ensemble des casiers individuels des policiers pour une somme de plus de 30 000 euros". 

En somme, les deux hommes réfutent le terme "insalubrité". Pour Abdekader Haroune, "quand on l'emploie, on ne connait pas la définition du terme insalubre". 

Pour y être, nous sommes dans un commissariat avec des conditions de travail satisfaisantes dès lors qu'un suivi de l'entretien est assuré, ce qui est le cas.

Abdelkader Haroune, commissaire et chef de la division de Roubaix

Le commissaire affirme parler avec "un avis particulièrement objectif" et met en avant sa carrière de policier qui a commencé à Roubaix dans les années 2000. "Le commissariat était pratiquement neuf, se rappelle-t-il. Au moment où j'ai pris mes fonctions, il y a une vingtaine d'années, on était déjà en train de rénover", d'autant plus que "près de 500 policiers y travaillent 24h/24" et qu'une "vingtaine de personnes par jour peuvent être retenues" en cellules. "Quand vous conjuguez tout ça, bien évidemment qu'il doit y avoir un suivi de la maintenance, ce qui est réalisé'". 

Une question de temps 

Face à la colère des syndicats, le préfet délégué note que les travaux "prennent du temps", d'où l'absence de résultats immédiats. En effet, les procédures sont lourdes et exigeantes. C'est le SGAMI de la zone Nord qui s'occupe des rénovations et des chantiers. Il "juge tout l'immobilier de la police" dans les Hauts-de-France, notamment les interventions et les constructions. "Rien que dans cette région, on a plusieurs opérations de construction en cours, à Arras, à Valenciennes".

Le secrétariat travaille avec la Direction Départementale de la Sécurité Publique (DDSP) à qui il délègue le budget "sur l'entretien courant". En cas de difficulté, "on apporte des réparations". Néanmoins, "c'est une programmation qui prend un peu de temps car on est sur des travaux parfois un peu lourds".  

De plus, le commissariat de Roubaix est un "site occupé" et comporte en son sein 450 fonctionnaires. "On n'est pas sur quelque chose où on peut intervenir assez vite, regrette Louis-Xavier Thirode. C'est un commissariat qui a beaucoup d'activités et de pression, des locaux à améliorer et on s'y attèle avec le temps des travaux". 

Le message c’est que ça continue, on prend la situation au sérieux et on la traite pour donner de meilleures conditions de travail aux policiers de Roubaix.

Louis-Xavier Thirode, préfet délégué à la défense et à la sécurité, zone Nord

Abdelkader Haroune dit accepter la discussion, "mais il faut que cette discussion repose sur des éléments qui ne fassent pas polémique". La semaine prochaine, une "visite de chantier régulière" aura lieu au commissariat de Roubaix. Elle permettra notamment "d'entendre les personnels", conclut Louis-Xavier Thirode. 

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