Plans blancs et service fermés : dans les Hauts-de-France, "l'hôpital est plus que jamais en grave danger"

Publié le
Écrit par Yacha Hajzler

Après Roubaix, c'est l'hôpital de Tourcoing qui réactive son plan blanc pour mieux réquisitionner du personnel. Partout dans les Hauts-de-France, l'hôpital public cumule des difficultés de recrutement et des agents épuisés.

Le 11 avril, l'hôpital de Roubaix déclenche son plan blanc. Il s'agit d'un dispositif exceptionnel, qui permet la remobilisation massive des personnels hospitaliers. A l'hôpital Victor Provo, c'est la toute première fois que ce plan est déclenché pour cause d'absentéisme. "Quand on déclenche un plan blanc, normalement, c'est dans une situation d'urgence, par exemple un gros accident industriel, avec une usine qui saute et des blessés, ou lors des vagues les plus critiques de covid. Jamais l'absentéisme n'a expliqué un plan blanc !" s'émeut Jacques Adamski, secrétaire général de la CGT des agents hospitaliers de Roubaix.

Tourcoing, Douai, à chacun son plan blanc

Le responsable syndical décrit des difficultés de recrutement, et des agents épuisés par les crises successives. Dans le reste de la région Hauts-de-France, des signaux d'alerte du même ordre se déclarent un peu partout. Ce 25 avril, c'est l'hôpital de Tourcoing qui enclenche à son tour son plan blanc. Une décision prise suite à "une résurgence importante de cas covid diagnostiqués parmi les patients hospitalisés". Pour l'instant, l'hôpital de Tourcoing n'a pas enclenché le rappel des personnels en congés et va donc se reposer sur les autres possibilités ouvertes par le dispositif : modification des horaires des personnels, reprogrammation des soins non-urgents, transferts de patients, mobilisation des soignants volontaires... 

En effet, si la situation de Tourcoing est aussi dûe à "un absentéisme important", la direction atteste d'emblée dans son communiqué que cet absentéisme "est le résultat d’un cumul de plusieurs facteurs : arrêts maladie de courte et longue durée, personnel en formation et postes en cours de recrutement." La même dynamique que chez son voisin roubaisien, où 10% du corps infirmier manque à l'appel. Dans le Nord, l'hôpital de Douai a choisi une autre option : il n'a pas levé le plan blanc décrété au niveau régional par l'ARS au coeur de la vague de covid de l'hiver 2021. L'agence de santé avait levé ce plan le 4 mars, précisant que les établissements étaient libres de continuer à l'appliquer. Avec un service d'urgences en tension et des lits manquants, le CH de Douai utilise ce dispositif comme un filet de sécurité avant d'être dépassé par la situation. 

"Au bout de trois ans, ce qu'ils veulent, c'est du repos"

Pour l'instant, aucun établissement de la région n'a du fermer ses urgences faute de personnel, mais d'autres services pâtissent de la crise de l'hôpital public. C'est le cas au CHU d'Amiens, comme l'explique Virgile Rodrigues-Martins, du syndicat FO Santé. "Chez nous, c’est le service de chirurgie digestive qui a été fermé pendant les deux semaines de vacances scolaires à Pâques. C’est impressionnant le nombre d’infirmières, aides-soignantes et même médecins qui ont démissionné du CHU ces derniers mois. En terme d’effectif, on ne passe plus". 

Comme dans les autres hôpitaux de la région, les tensions autour des effectifs sont antérieures à la crise sanitaire : à Amiens, cela fait trois ans que les soignants sonnent l'alarme. "On paye les gens en heures sup majorées mais ça ne suffit plus. Au bout de trois ans, ce qu’ils veulent là, c’est du repos, plaide le représentant syndical. Alors qu’on vient de rendre les congés prévisionnels de cet été, on sait tous très bien qu’on n’aura pas encore une fois nos congés d’étés."

À Amiens comme à Roubaix, la situation est devenue un cercle vicieux : plus les hôpitaux sont tendus et désorganisés faute de personnel, moins ils arrivent à attirer de monde. "On est loin de vendre du rêve aux jeunes en formation aide-soignant ou infirmier. Quand ils voient ce job où on est rappelé tout le temps sur ses jours repos, où tout le monde est épuisé, ils partent en courant", avertit Virgile Rodrigues-Martins. Selon le responsable syndical, à l'école de soins infirmiers d'Amiens, 30% des élèves de deuxième année ont jeté l'éponge en cours de cursus.