Roubaix : au quartier de l'Alma, résilience et militantisme face à la crise sanitaire

La situation "est difficile mais le pire est à venir", s'inquiète le maire, Guillaume Delbar.
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"Confinés mais pas isolés": dans le quartier "difficile" de l'Alma à Roubaix, la crise sanitaire aggrave les problèmes déjà aigus de chômage, habitat ou décrochage scolaire, mais éducateurs et membres du dense tissu associatif triment pour maintenir le lien social.

"Moi, les papiers, c'est pas trop mon bazar. Béné, c'est ma reine, elle s'occupe bien des habitants": Martine, 65 ans, est venue solliciter Bénédicte Pruvost, écrivain public au centre social de l'Alma, pour constituer son dossier de retraite.

Lors du premier confinement, le centre social avait dû fermer et Bénédicte Pruvost s'arranger pour récupérer par la fenêtre les documents à traiter. Mais sans l'écoute qu'elle affectionne.

Le second confinement permet le maintien de certaines activités, comme l'accompagnement de la scolarité, la halte-garderie ou l'écrivain public, uniquement sur rendez-vous. 

Une véritable bouée pour les habitants de ce quartier "très paupérisé, qui n'a pas de classe moyenne", mais riche de ses militants associatifs, selon l'adjoint en charge des quartiers nord à la mairie de Roubaix, Jean Deroi. Le maire de la ville, Guillaume Delbar, figure parmi les élus ayant interpellé le chef de l'Etat sur la "détresse" dans laquelle la crise sanitaire a plongé les quartiers défavorisés. Le 23 novembre, le gouvernement leur a promis que 1% des 100 milliards d'euros du plan de relance leur serait destiné.

"Repli" et rebond

La situation "est difficile mais le pire est à venir", s'inquiète M. Delbar. "On voit arriver des gens qui n'étaient jamais venus dans les services sociaux, chaque semaine des dizaines de cas". 

Parmi les quelque 7.000 habitants de l'Alma, une population jeune, le taux de chômage s'élève à 43% (chiffres de 2017) et les emplois occupés le sont souvent à temps partiel.

"Une bonne partie des gens vivent d'une économie parallèle, avec au moins une partie de leur activité au noir", explique le directeur du centre social, Patrice Lambrechts.

"On a vécu des situations très dramatiques au premier confinement", raconte-t-il, listant violences intrafamiliales, décrochage scolaire, besoins d'aide alimentaire. 

Si le centre est à nouveau ouvert, une partie des usagers n'y sont pas réapparus. "Pour l'accompagnement scolaire, on est sur deux tiers des effectifs prévus et seule la moitié des enfants sont assidus", constate-t-il.

Selon lui, une vague de décès dans le quartier avant le reconfinement a fait prendre conscience aux habitants, dont beaucoup cohabitent à plusieurs générations sous le même toit, de la gravité du Covid-19.

"Les habitants se bougent"

Dans ce contexte anxiogène qui "accentue le repli sur soi", "tout le travail qu'on mène d'éducation à la citoyenneté, de prévention de la radicalisation, porte moins ses fruits parce qu'on a plus de difficultés à capter ces jeunes-là".

"Est-ce que des associations qui pourraient poser problème en lien avec les valeurs de la République touchent plus de monde ? Nécessairement oui, car n'importe quel habitant cherche un réseau d'aide", relève M. Lambrechts.

Du côté des clubs de sport, souvent associés à Roubaix à des actions d'insertion professionnelle, certains enragent de ne pas pouvoir organiser d'entraînement. 

L'Alma, "c'est l'un des quartiers les plus chauds de France, la bagarre avec la police, les dealers... Nous, on fait de la prévention, on essaie d'attirer des jeunes qui traînent dans les rues", explique Foudil Hamdoud, "coach" au Boxing Club de l'Alma.

Le club est confronté à "une perte considérable d'adhérents" et, parmi ceux qui ont payé leur licence en septembre, "certains demandent même à être remboursés, mais on ne peut pas se le permettre, sinon on ferme", se désespère-t-il.

Loin de cette inaction forcée, l'association The Family se démultiplie pour distribuer des colis alimentaires, avec cinq événements organisés en novembre contre un par mois habituellement. Son président, Ibrahim Anne, veut croire à la résilience des habitants, qui "ont l'habitude des périodes difficiles". 

Malgré les difficultés, les habitants "ne sont pas découragés, ils se bougent", certains rebondissant même sur les occasions offertes par la crise, comme les emplois ouverts par la mairie pour la désinfection des écoles, salue aussi Emiline Baptista, accompagnante socio-professionnelle au centre social.
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