TEMOIGNAGE. Policiers tués : "Je leur ai dit, à demain et le lendemain, ils sont morts”, un policier de Roubaix en deuil après le décès de ses trois collègues

Ce matin, il est présent dans la cour de l'école de police de Roubaix-Hem à l'hommage national pour Manon, Paul et Steven, les trois policiers décédés dans un accident de la route. Pour lui, c'était des collègues de travail. Ce policier du commissariat de Roubaix raconte son deuil.

Son devoir de réserve oblige à changer son prénom. Nous l’appellerons Nicolas. Il est policier au commissariat de Roubaix. Le même où officiaient Manon, Steven et Paul, les trois policiers décédés en service dans un accident de la route dimanche. Des collègues de travail que Nicolas croisait au quotidien. “C’est leur équipe que je voyais en premier en arrivant au travail. On se faisait la bise, on prenait des nouvelles” décrit Nicolas. Lui est policier à Roubaix depuis plus de 10 ans, chevronné. Steven, Manon et Paul étaient “plus jeunes, ils venaient d’arriver.” Manon n’était même pas encore titulaire. 

Pourtant, déjà, une relation s’est créée entre collègues. Nicolas décrit Manon comme “toujours souriante, très volontaire et un peu plus discrète.” Les jeunes recrues étaient déjà bien intégrées aux équipes du commissariat. “Steven était toujours prêt à filer un coup de main, à arranger les équipes. Il avait le cœur sur la main.” Lorsque Nicolas évoque le souvenir de Paul, il rit. “On était toujours en train de se balancer des vannes, dès qu’on se voyait dans les couloirs. On se racontait des conneries, vous voyez, c’est cet esprit de camaraderie. Samedi encore, on se chamaillait. Il y avait Steven aussi. Je leur ai dit, à demain et le lendemain, ils sont morts.”

"C'est tout un commissariat qui est en deuil

Nicolas veut insister sur le caractère “sérieux et professionnel” de ses collègues. Des bons policiers encore plus que des bons camarades. “Paul était amoureux du métier, amoureux de la police. Il adorait son boulot, c’était même plus qu’une vocation. Tous les trois de toute façon, ils étaient très investis.”

Un caractère et un engagement d’autant plus fort dans un commissariat comme Roubaix. Nicolas décrit une ambiance “très particulière”, un esprit de corps, encore plus tangible ici. “C’est particulier dur de travailler à Roubaix alors on est tous très soudés. On partage les mêmes situations compliquées dehors et on en rigole ensemble, on se soutient. Et avec eux, on avait ce même délire, on savait qu’on pouvait compter sur eux, ils avaient compris la cohésion qu’on a dans ce commissariat. Donc c’est pas seulement une brigade qui a perdu trois collègues, mais tout un commissariat qui est en deuil.” 

Ainsi, chaque échelon du commissariat est touché par la nouvelle, du gardien de la paix jusqu’au commissaire divisionnaire. “On a pris la nouvelle comme un coup de massue. Instantanément, on s’est tous retrouvés spontanément au commissariat dès dimanche. Personne n’est prêt à perdre un collègue, alors trois, encore moins. On sait que notre métier est risqué, alors sur certaines missions, les braquages, les trafics de drogue… on se prépare au pire. Mais sur une mission de routine comme celle-là, c’est impensable.”

Certains policiers de Roubaix, dont Nicolas, se sont rendus auprès des familles, pour témoigner de leur soutien. Pour autant, depuis dimanche, les services sont à l’arrêt ou fonctionnent tout juste au ralenti. “L’ambiance est lourde, pesante. Dimanche, après la nouvelle, aucune brigade n’est sortie. Les missions de police-secours ont été assurées par les autres commissariats du secteur. Depuis, on fonctionne au ralenti.” 

Un hommage national rendu aux trois policiers 

Le drame prend une résonnance nationale et émeut au-delà des murs du commissariat de Roubaix. “Je pense que c’est parce qu’ils étaient tous très jeunes. Que Steven était un jeune papa, que Paul allait le devenir. Et puis, les circonstances… c’est une succession de malchances. Ils sont tombés face à un délinquant de la route, c’est tout. Il y a bien longtemps qu’on n'avait pas perdu trois policiers, c’est malheureux. Pour nous, encore plus, on les connaît” insiste le policier.

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Alors ce matin, Nicolas est présent dans les rangs des forces de l'ordre qui rendent hommage à Manon, Paul et Steven dans la cour de l’école de police de Roubaix-Hem. A leur côté, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin et le Président de la République, Emmanuel Macron. Un soutien de l'État, “anecdotique” pour Nicolas. “Les écharpes bleu, blanc, rouge ne se déplacent que lorsqu’il y a un drame. Au commissariat, on en a parlé, et 80% des collègues sont d’accord : c’est de la récupération. Ils feront leur discours, et puis voilà.”

Le policier fustige aussi les changements dans l’organisation de la cérémonie, initialement prévue l’après-midi, puis décalée au matin. “Faire venir un ministre et un président, c’est de la sécurité en plus, de la logistique. C’est lourd à organiser. On ne peut pas accueillir autant de monde qu’on le voudrait. A la limite, nous fonctionnaires, nous devons nous adapter à ces changements d’horaire, c’est notre travail. Mais imaginez les familles qui doivent organiser des funérailles... Ces changements d’horaires plusieurs fois dans la journée d’hier, c’est de l’irrespect.” 

Pour autant, Nicolas tient à être présent pour cet hommage national. “Je le fais, avec le coeur, je suis fier d’être présent pour mes collègues, pour leur dire au revoir. Peu importe la présence des politiques, ils méritent un hommage car, simplement, c’était de bons collègues.” 

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