Coronavirus : “N'allez pas saturer les urgences, sinon on va vers une boucherie !”, alerte un médecin du Nord

Le Docteur Legrand dans son cabinet / © DOCTEUR LEGRAND
Le Docteur Legrand dans son cabinet / © DOCTEUR LEGRAND

Le Dr. Bertrand Legrand, médecin généraliste à Tourcoing, déplore que les patients aient "peur de venir dans nos cabinets de ville et se disent qu'aux urgences, ils seront mieux pris en charge".

Par Marianne Mas

Le docteur Bertrand Legrand est secrétaire général de la confédération des syndicats médicaux français (CSMF). Son cabinet est situé au cœur du quartier de la Bourgogne à Tourcoing. Depuis le début de la pandémie, il a vu son activité chuter. D'une centaine de patients par jour, il est passé à 60 environ. "Uniquement des COVID."

Une baisse de fréquentation que le docteur Legrand explique : "Ils ont peur de venir dans nos cabinets de ville et se disent qu'aux urgences, ils seront mieux pris en charge, mais c'est tout l'inverse qu'il faut faire !"

Le message que Bertrand Legrand tient absolument faire passer, c'est de ne surtout pas aller aux urgences à moins d'avoir été diagnostiqué auparavant par son médecin généraliste.

 

Le Covid-19 "écrase tous les autres" virus


Les urgences sont saturées en patients, saturées aussi en virus, "et les gens ne se rendent pas compte qu'ils risquent ensuite de contaminer toute leur famille en rentrant chez eux."

"Il faut bien comprendre que le risque qu'on prend, c'est celui de la charge virale", insiste le médecin. "Il y a un effet cumulatif avec ce virus, comme pour la radioactivité. Le COVID-19 c'est un virus qui prend toute la place dans l'écosystème des virus ! Il écrase tous les autres".

 

Repenser ses pratiques


Pour éviter cette charge virale dans son cabinet, le docteur Legrand a complètement repensé sa pratique. "D'abord mes patients attendent dehors dans mon jardin. J'ai installé un abri pour les jours de pluie. Dans mon cabinet, j'aère toute la journée . Je reçois les gens un par un. Ils restent debout dans mon cabinet, je ne les touche presque pas."
 

"Pour l'examen ORL, je leur demande d'ouvrir grand la bouche, de retenir leur respiration, je passe rapidement devant eux et hop ! Je fais le diagnostic", poursuit-il. "Je ne prends plus non plus la tension pour ne pas contaminer mon tensiomètre."

 

"On mène une guerre sans généraux"


Comment fait-il pour les masques ? "J'ai un stock de 50 masques 'Bachelot', des FFP1, qu'on recycle avec ma femme qui est médecin elle aussi. C'est mieux que rien, mais c'est inadmissible d'en être arrivés là. On nous dit qu'on mène une guerre mais on n'a pas de généraux, pas de matériel, on ne nous dit pas la vérité. On aimerait se protéger et protéger nos patients en toute connaissance de cause mais c'est impossible." 
 

"Je discutais hier avec un confrère, il me disait que dans les EHPAD de la Côte d'Opale, ils sont en train de faire des listes de patients qu'on ne va pas réanimer ! Et quand un patient d'EHPAD est diagnostiqué positif à l'hôpital, les directives c'est de les renvoyer dans leur établissement. On va vers une boucherie".

Bertrand Legrand en veut aux politiques de ne pas avoir pris la mesure de la gravité de cette pandémie suffisamment tôt, et d'avoir brouillé les messages par des injonctions contradictoires. "On fera les comptes après", tempête-t-il.
 

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