Plus d’écoute et moins d’interventions médicales : l’exemple de l’accouchement à la carte à la maternité de Tourcoing

À l'occasion de la semaine mondiale de l'accouchement respecté, focus sur la maternité du centre hospitalier de Tourcoing qui défie les statistiques moyennes concernant le recours à la péridurale, aux césariennes et aux épisiotomies. La maternité a été la première des Hauts-de-France en 2021 à modifier son protocole médical pour permettre aux femmes qui le souhaitent d'accoucher dans l'eau. Une maison de naissance accolée à la maternité devrait bientôt naître.

C’est la semaine mondiale de l’accouchement respecté. C’est important de parler de cette semaine de sensibilisation, car les violences gynécologiques obstétricales arrivent encore de nos jours.

Le choix des femmes, des soins flexibles ?

De plus en plus de femmes ont envie de faire des choix éclairés, de comprendre comment leur corps fonctionne par lui-même, c’est-à-dire sans intervention médicale et elles veulent que les choix de médicalisation soient bien justifiés ; comme le déclenchement, le percement manuel de la poche des eaux, la péridurale qui ne permet plus de marcher si elle est trop dosée… Les professionnels en conviennent : la médicalisation peut parfois allonger la durée du travail et le bébé peut avoir du mal à supporter les contractions, surtout si elles sont induites artificiellement par l’injection d’un substitut d’ocytocine connu sous le nom de Syntocinon.

Julie Couttenier, sage-femme à la maternité de Tourcoing, le remarque au quotidien et a envie de satisfaire les demandes de ces femmes informées sur les capacités de leur corps : "La demande des femmes d'être actrices de leur accouchement est croissante. La notion d'empowerment se propage avec l'idée que la femme est capable de mettre au monde son enfant par elle-même."

J'espère que l'on pourra arriver à un accouchement à la carte en maternité.

Julie Couttenier, sage femme à la maternité de Tourcoing.

Face à ces femmes qui veulent interagir, donner leur avis, décider avec l’équipe médicale, il n’est pas toujours simple pour les professionnels d’adopter le bon ton en fonction de leurs convictions, de leurs formations initiales et de leur état de fatigue et de stress. Julie Couttenier a beaucoup d'espoir dans l'évolution des pratiques : "J'espère que l'on pourra arriver à un accouchement à la carte en maternité. L'important est qu'il y ait une flexibilité, une communication de part et d'autre, de la part des couples et aussi des professionnels de la maternité. J'espère que cette collaboration se généralisera dans beaucoup de maternités en France."

La maternité de Tourcoing voit le nombre de péridurales diminuer chaque année. En 2021, elle en avait effectué 79% alors que la moyenne nationale est située à 82,7%. Un signe que les patientes qui viennent accoucher ici essaient d'être maîtresses de leur corps pour limiter l'impact de la médicalisation.

Qu'est-ce qu'un accouchement respecté ?

Selon Aurélia Blanc, journaliste et autrice du livre Tu seras une mère féministe ! , affirme dans ce livre : "pour que l’accouchement soit respecté, il faut que la patiente garde un bon souvenir de son accouchement", que ce soit par césarienne ou par voie basse, avec ou sans péridurale, forceps ou pas...

Pour Céleste, qui a accouché à la maternité de Tourcoing, un accouchement est respecté "si la sage-femme est discrète, à mon écoute et nous guide avec douceur en laissant faire la nature. La sage-femme a été formidable en l'occurrence. À chaque contraction, elle massait le bas de mon dos. L'équipe m'a donné toutes les informations nécessaires à la réussite de mon projet de naissance !" Pour la gynécologue obstétricienne dans cette maternité, Capucine Coulon, l'accouchement respecté passe par l'écoute des projets des futurs parents : "Cette écoute est bien plus importante qu'avant."

L'accouchement aquatique encore peu proposé

Respecter les vœux des mamans n'est pas toujours simple. Lorsque certaines souhaitent accoucher dans l'eau, on leur répond souvent que le protocole médical ne le permet pas par mesure de sécurité. La maternité de Tourcoing montre que l'inverse est possible. Les sages-femmes travaillent main dans la main avec les gynécologues pour modifier, assouplir le protocole médical.

Depuis 2021, la maternité permet aux femmes d’accoucher dans l’eau de A à Z dans la baignoire de la salle nature, si la fréquence cardiaque du bébé est normale ! Elle a été la première dans les Hauts-de-France à proposer l'accouchement aquatique au même titre que l'accouchement médicalisé classique. Aujourd’hui, il y en a une petite dizaine sur plus de 300 maternités en France.

Ces accouchements dans l'eau représentent 4,1% des accouchements de cette maternité."On a constitué une équipe pilote composée de quatre sages-femmes et d'une gynécologue-obstétricienne. On a mis en place un protocole adapté à l'activité de la maternité de Tourcoing pour que tout se fasse dans la sécurité, mais aussi dans le respect des souhaits de la patiente."

Césariennes humanisées : à quand la généralisation ?

On parle aussi d'accouchement respecté, lorsque les patientes peuvent bénéficier de "césariennes humanisées". Même si vous étiez préparée à gérer vos contractions, cela ne se passe pas aussi bien que vous l’auriez espéré. Votre bébé stagne et l’équipe médicale vous prépare à l’idée d’une césarienne.

De plus en plus de maternités comme la maternité privée Victor Pauchet à Amiens permettent au coparent de rester à côté de leur conjointe. La cerise sur le gâteau à la maternité de Tourcoing, c’est que le gynécologue va essayer de faire attention à ne pas brusquer le bébé lors de sa sortie par l'abdomen de sa maman.

Capucine Coulon, gynécologue-obstétricienne, a mis en place le protocole médical suivant : "On fait pousser la patiente, on propose de baisser le champ pour voir la naissance du bébé, on propose au papa de couper le cordon s'il est assez long et on propose un peau-à-peau immédiat. L'idée est que la patiente soit actrice de son accouchement." À la maternité de Tourcoing, les césariennes sont réservées aux situations les plus compliquées. Elles y représentent 14,9% des accouchements, alors que la moyenne nationale est de 21,4%, selon l’enquête nationale périnatale 2021.

Accoucher comme à la maison : un droit pour les femmes

Une maison de naissance devrait bientôt voir le jour à la maternité de Tourcoing. Cela serait la première dans les Hauts-de-France. On compte huit maisons de naissance dans le pays. Sont attendues, depuis plusieurs années, douze maisons supplémentaires grâce au projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) de 2021. Cela peut être frustrant pour les femmes dont la grossesse se passe bien qui voudraient vivre cette expérience d’accoucher comme à la maison, mais avec la sécurité de la maternité à deux pas. Julie Couttenier, cofondatrice de l'association Naissances en n'or est heureuse de l'annoncer : "Les travaux commenceront l'année prochaine pour une ouverture probablement en 2026."

Les épisiotomies ne sont pas des petits bobos

Pendant plus de 40 ans, les épisiotomies étaient très utilisées par les gynécologues en salle de naissance, surtout pour les premiers accouchements. On assiste à un tournant depuis que l’Organisation mondiale de la santé a déconseillé l’utilisation de cette pratique médicale. À la maternité de Tourcoing, le taux d'épisiotomie est de 2,5% alors que la moyenne nationale est de 8,3% selon l'enquête nationale périnatale de 2021. Capucine Coulon, gynécologue-obstétricien, estime : "Il y a eu une prise de conscience. On a vécu une ère où l'épisiotomie était systématique. On était persuadé que cela limitait les déchirures sévères."

durée de la vidéo : 00h13mn00s
Hauts Féminin l'accouchement respecté ©FTV

L’émission Hauts Féminin est partenaire de la semaine mondiale de l'accouchement respecté avec l'intervention de Christelle Juteau, journaliste spécialiste du sujet, lors du colloque organisé par la maternité de Tourcoing sur le thème "Le choix des femmes, des soins flexibles".

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