VIDEO. Ma vie de sportive confinée : Laura Di Muzio, joueuse de rugby

EPISODE 15.  France 3 donne la parole aux champions de la région confinés. Aujourd’hui, la capitaine du Lille Métropole rugby club villeneuvois (LMRCV), Laura Di Muzio, également consultante de France Télévisions pour le rugby féminin. Et qui vit la crise sanitaire au travers de ses parents…
Laura Di Muzio confinée chez elle à Loos.
Laura Di Muzio confinée chez elle à Loos. © DR
En mai 2016, Laura Di Muzio devenait championne de France de rugby avec le Lille Métropole rugby club villeneuvois (LMRCV). Née à Estreux, près de Valenciennes, elle compte plusieurs sélections en équipes des France à VII et à XV. Elle est arrivée au club villeneuvois en 2005, où elle s’est imposée comme capitaine.

Aujourd’hui, elle reste une taulière d’une équipe qui a joué la carte de la jeunesse, après le départ de nombreuses internationales. En 2016, Laura Di Muzio décide de créer, en collaboration avec deux de ses amis, Jannick Jarry et Alexandra Pertus, l’entreprise LJA Sports. Elle dirige aujourd’hui cette agence qui travaille sur la communication et l’événementiel, pour des groupes de 15 à 1000 personnes, selon les demandes.
 
Coronavirus : Laura Di Muzio, capitaine du LMRCV, raconte son confinement

"Nous sommes trois dans cette entreprise que je dirige. Nous sommes directement impactées par la crise. Toutes nos prestations prévues en mars, avril et mai ont été annulées".

Actuellement, Laura est confinée chez elle à Loos-lez-Lille. "Nous faisons du télétravail pour préparer une reprise éventuelle fin mai, début juin. Alexandra (NDLR : ancienne capitaine du LMRCV) gère aussi en parallèle sa propre agence de communication. Nous découvrons de nouvelles façons de travailler. La semaine dernière par exemple, j’ai animé une réunion de motivation pour le personnel d’une société d’assurances par le biais d’une visioconférence. Nous voulons utiliser notre expérience de sportives de haut niveau pour la transmettre dans les entreprises, notamment pour la gestion des situations difficiles".
                                     

Saison terminée


Pour le moment, la capitaine du LMRCV vit bien le confinement. "J’ai la chance d’avoir une petite maison avec un jardin. Dans le contexte actuel, j’ai presque l’impression d’être privilégiée", confie-t-elle.

Occupée sur le plan professionnel avec le télétravail, Laura continue aussi à s’entraîner, malgré l’arrêt définitif des championnats de rugby. Le LMRCV était 4e de son groupe du Top 16 (la 1ère division féminine) avant l’interruption , survenue après la 9e journée, et une défaite 8-22 à Bordeaux. La fin de saison décrétée par la Fédération française de rugby n’aura donc aucun impact pour la prochaine saison.

"En tant que capitaine, je me dois de conserver le lien avec les autres joueuses de l’équipe première. Nous avons besoin de nous voir. C’est pourquoi nous avons adopté un rituel". Trois fois par semaine, les joueuses se retrouvent pour un entraînement commun en visioconférence.
 
Laura Di Muzio en 2017.
Laura Di Muzio en 2017. © GEORGES GOBET / AFP

"Cela se fait grâce à un Facebook live. Cela se passe les lundi, mercredi et vendredi soir, comme nos entraînements avant le confinement. Je dirige une séance de sport à domicile. C’est plus motivant en groupe, même à distance. Chacune se tire par le haut, et va jusqu’au bout de la séance".

En plus de ces trois séances hebdomadaires, les joueuses se lancent des défis pour rester en contact. "On se crée des challenges extra-sportifs. Par exemple, réaliser des vidéos humoristiques, comme un clip ou nous imitons Céline Dion, ou un autre ou nous poussons notre voiture… Le fait de partager ces défis donne envie".

Les Villeneuvoises ont aussi monté un groupe WhatsApp, qui leur permet de communiquer en permanence. "Nous n’avons plus nos routines habituelles. Il faut donc s’en créer de nouvelles", poursuit Laura.
 

Comment repartir ?


Comme tous les sportifs, Laura Di Muzio et ses équipières se demandent de quoi sera faite la reprise. "Nous savons maintenant que le championnat est annulé. Nous nous projetons sur la prochaine saison, qui devrait démarrer en septembre. Ce qui implique une rentrée le 15 août. Nous avons donc trois à quatre mois de préparation devant nous. Nous n’avons jamais eu à gérer une période aussi longue".

Idem pour l’organisation du match du Tournoi des VI Nations féminin qui devait opposer la France à l’Irlande le 16 mars au stadium de Villeneuve-d’Ascq. Depuis deux ans, Laura est la consultante de France Télévisions sur le rugby féminin. "Nous venons d’en parler avec Jean Abeilhou (NDLR : avec qui elle commente les matches). Il est possible que le match soit reprogrammé fin octobre, en même temps que le France-Irlande masculin. Mais rien ne dit qu’il aura lieu à Villeneuve-d’Ascq".
 
Mais pour Laura, ces soucis sportifs passent au second plan face à la pandémie de covid-19 que connaît le monde. Et pour cause, ses parents travaillent tous les deux en secteur hospitalier et sont confrontés directement à la crise sanitaire. "Ma sœur jumelle (NDLR : Gina Di Muzio, également joueuse du LMRCV), elle est ostéopathe et donc en arrêt d’activité. Dans la famille, je suis en fait la seule à ne pas travailler dans le milieu médical…" dit-elle dans un sourire.
 

Les proches au combat


"Ma mère est infirmière à la clinique Vauban de Valenciennes. Mon père est technicien de laboratoire au CHU de Lille. Eux ne sont pas confinés et sont au cœur de la crise. Cela nous amène à prendre du recul et à relativiser notre situation".

Elle prend des nouvelles de ses parents tous les deux jours. "Leur moral est bon. Ma mère, qui est chef de service, m’a dit qu’elle était là aussi pour motiver les troupes, malgré la fatigue. Cela me fait penser au monde sportif, où nous devons aussi gérer des passages difficiles, et nous soutenir collectivement. La crise actuelle provoque bien sûr de l’inquiétude. Mais nous ne maîtrisons pas tous les paramètres de cette crise. Nous devons donc nous concentrer sur ce que nous pouvons maîtriser, pour ne pas générer de stress inutile".

Autre exemple de cet engagement familial devant l’épidémie : celui de son oncle, qui est agriculteur. "C’est dans ce contexte de crise que l’on s’aperçoit de l’importance du secteur agricole dans notre vie. Mon oncle poursuit son activité tous les jours, dans son élevage ou dans les champs, pour nourrir la population. J’espère que cette crise nous permettra de prendre conscience de l’importance de ces secteurs d’activité qui nous font vivre…"

Cette jeune femme de 30 ans fait donc preuve d’une grande sagesse. Et son expérience de joueuse de haut niveau, leader dans la vie comme sur le terrain, lui permet de gérer au mieux cette période difficile sur le plan professionnel comme sur le plan sportif.
 
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