Coronavirus : face à l'épidémie, le sport amateur résiste difficilement

Image d'illustration. / © Antonin THUILLIER / AFP
Image d'illustration. / © Antonin THUILLIER / AFP

Face à l’épidémie de coronavirus et le gel des activités sportives, chaque fédération œuvre en coulisses depuis plusieurs jours pour trouver des solutions de repli.

Par Jean-Marc Devred

Entraînements suspendus, compétitions reportées ou annulées : l’incertitude liée à la durée de la période de confinement est un véritable casse-tête pour le calendrier. Comment réagissent les ligues régionales et les clubs amateurs face à cette situation sans précédent ?


Toute juste débutée, la saison de char à voile s'arrête net


La nouvelle est passée un peu inaperçue vu la confidentialité de ce sport : la fédération française de char à voile, un sport très pratiqué sur la côte d’Opale et la côte picarde, a décidé la semaine dernière de mettre fin à la saison sportive. Plus de compétitions donc dans un sport nature, totalement amateur, qui connaît le plus gros de son activité au printemps et en été. Par conséquent, la finale du championnat de France senior prévue en juin à Marck-en-Calaisis n’aura pas lieu. 
 

Les clubs, qui emploient aussi des moniteurs pour des stages, des baptêmes et l’encadrement des compétiteurs licenciés vont donc se retrouver face à une situation de chômage technique en pleine saison. C’est le cas à Boulogne-sur-Mer où le club emploie neuf personnes.

Les ligues régionales dépendent totalement de la décision des fédérations nationales. La plupart sont en plein doute face à la durée inconnue du confinement , surtout dans les sports collectifs confrontés à des calendriers très chargés, à boucler le 30 juin.
 

Saisons terminées pour les joueurs amateurs en handball, volley-ball et rugby


Les fédérations françaises de handball et de volley-ball ont été les premières à trancher. Elles ont décidé de mettre fin à tous les championnats amateurs, nationaux, régionaux et départementaux.

Décisions annoncées mardi 24 mars pour la fédération française de handball et jeudi 26 mars pour la fédération de volley-ball. Ces arrêts prématurés ne concernent pas les sections professionnelles comme l’USDK, le club de handball de Dunkerque, le TLM volley Tourcoing, le volley club Marcq-en-Baroeul ou Cambrai en volley-ball. Leurs compétitions (Starligue, Ligue A masculine, Ligue A féminine, Ligue B masculine) sont gérées par une ligue professionnelle.

Après l’annonce de la prolongation de la période de confinement par le Premier ministre, la Fédération française de rugby a annoncé également l’arrêt de tous les championnats amateurs. L’Olympique Marcquois, qui dominait son groupe en fédérale 2 ne sait donc pas s’il pourra postuler à une accession à l’échelon supérieur.
 


Les autres fédérations sont dans l’expectative. Mais elles pourraient bien s’inspirer de ces deux exemples, qui vont bien sûr bouleverser l’organisation de la prochaine saison.


Les grands rendez-vous du printemps subissent des annulations en cascade



L'athlétisme est particulièrement touché par l'épidémie. Dans les Hauts-de-France, le sport olympique n°1 représente 200 clubs, 27 000 licenciés et des milliers de « sportifs loisirs » au travers de la pratique de la course à pieds.

De nombreuses épreuves de masse comme les 20 kilomètres de Maroilles initialement prévu le 1er mai, ou les courses du Touquet (4 juillet) ont déjà été annulées. Pour la Route du Louvre, qui rassemble chaque année plusieurs milliers de coureurs et de marcheurs, la décision sera annoncée mi-avril.
 

Le président de la ligue régionale des Hauts-de-France Philippe Lamblin le rappelle : "La priorité absolue, c’est la santé. Les problèmes sportifs passent au second plan. Il faut donc respecter le confinement de façon stricte. Des consignes précises ont été passées aux clubs après la réunion de notre dernier comité directeur. Nous leur demandons d’être imaginatifs".

Pour que les pratiquants restent en forme et motivés, des clubs comme celui de Servins proposent ainsi des entraînements en ligne ou des conseils d’entretien à la maison, "confinés, mais motivés", sur leur site internet.
 


Quant aux conséquences économiques, la ligue a anticipé. "Par chance, nous avons pu organiser le meeting en salle de Liévin, qui représente notre principale rentrée d’argent. L’autre étant la Route du Louvre. D’ores et déjà, nous n’augmenterons pas la part financière des clubs versée à la ligue. Nous avons géré notre budget en bon père de famille", affirme Philippe Lamblin.

Les organisateurs l'ont déjà annoncé, la célèbre course qui rassemble 10 000 participant n'aura pas lieu à la date initiale, le 10 mai : "Nous ne sommes pas en mesure de garantir à ce jour l’organisation de la prochaine édition de la Route du Louvre le 10 mai prochain. En date du 15 avril prochain, selon les décisions officielles prises par l’Etat, nous vous informerons du maintien, de l’annulation ou du report en deuxième partie d’année 2020 de l’événement". "Si l’édition 2020 est annulée, tous les inscrits seront remboursés", réagit le président de la ligue. 
 


Chômage partiel dans les clubs et les fédérations régionales


Les clubs amateurs sollicitent de nombreux bénévoles pour fonctionner. Ils embauchent aussi parfois quelques salariés à temps complet ou partiel. L'arrêt brutal de la saison déclenche des incertitudes sur l'équilibre financier des clubs et des fédération. La ligue régionale a dû mettre douze salariés au chômage partiel. 

Autre exemple : celui du canoë-kayak. Dans les Hauts-de-France, c’est 62 clubs, 15 000 pratiquants dont 4500 compétiteurs. "Nous sommes comme tout le monde dans l’attente", confie le président de la ligue régionale Olivier Bayle. "Mais nous espérons une reprise avec les beaux jours". 

Toutes les compétitions ont été annulées jusqu’à fin avril, sans plus d'information pour les moi de mai et de juin. Et après ? "Les championnats de France de vitesse prévues du 8 au 12 juillet à Gravelines sont maintenus, pour le moment", assure Olivier Bayle.  Le canoë-kayak est un sport de compétition mais aussi une activité de loisir fortement pratiquée en été. "C’est pourquoi nous envisageons de poursuivre l’animation cet été, si la situation le permet", continue-t-il.
 

D’autant que pour la plupart des clubs, l’activité loisir représente l’essentiel de leurs ressources. Là aussi, ils ont recours au chômage partiel. C’est le cas à l’ASL Saint- Laurent-Blangy, l’un des plus gros clubs de France, qui emploie cinq salariés. L’un a été mis en télétravail. Les animateurs eux sont en chômage partiels car la base nautique est bien sûr totalement à l’arrêt depuis la mi-mars.


Les saisonniers ne savent pas s'ils seront sollicités pour les activités loisirs estivales


La situation pourrait avoir aussi des conséquences pour les saisonniers. La plupart des clubs emploie des CDD pour l’activité loisir estivale. Et pour eux, c’est la grande incertitude.

Les perspectives ne sont donc pas encourageantes pour les clubs amateurs. Elles restent suspendues à un grand point d’interrogation, face à une situation sanitaire jamais connue en France, et qui aura forcément des conséquences économiques.

 

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