Calais : un rapport de Human Rights Watch dénonce les abus policiers envers les migrants

Les associations dénoncent depuis plusieurs mois un contrôle policier disproportionné. / © AFP
Les associations dénoncent depuis plusieurs mois un contrôle policier disproportionné. / © AFP

Paru ce jour, un rapport de 47 pages intitulé "C'est comme vivre en enfer", rassemble des témoignages de migrants et d'humanitaires sur les violences policières 

Par Yacha Hajzler

"C’est comme vivre en enfer." Kuma N. a à peine 16 ans. Il fait partie de la soixantaine de migrants interrogés sur le camp de Calais par l'association Human Right Watch. La phrase, douloureuse, donne son titre au rapport d'enquête, qui documente de nombreux cas d'abus perpétrés par les forces de l'ordre. 

"Ce sont des comportements que l’on qualifie de routiniers dans notre rapport. Pour les migrants interrogés, c’est leur quotidien. On voudrait vraiment insister sur le fait que ce ne sont pas des cas isolés. On peut même penser qu’il s’agit d’une stratégie pour empêcher les migrants de se réinstaller." clarifie Bénédicte Jeannerod, la directrice du bureau parisien de Human Right Watch. 

Humanitaires et témoignages vidéo viennent appuyer les constatations du rapport


Gaz poivre et matraques


Presque tous les migrants interrogés évoque notamment un usage abusif du gaz poivre, une susbtance qui provoque notamment une cécité passagère et des difficultés respiratoires. "Je dormais sous le pont, raconte Moti W., un jeune Erythréen. Les policiers sont arrivés. Ils nous ont aspergé le visage, les cheveux, les yeux, les vêtements, le sac de couchage, la nourriture. Il y avait beaucoup de gens endormis. La police a tout recouvert de gaz poivre."

Coups de matraques, coups de pieds, injures... Le rapport relève également que les forces de l'odre perturbent régulièrement, voire empêchent, les distributions d'eau ou de nourriture par les humanitaires présents. 

"Les travailleurs humanitaires ont expliqué comment une fois, lorsqu’ils essayaient de donner de la nourriture aux migrants, ils sont retrouvés encerclés par des gendarmes armés de fusils, et comment à plusieurs reprises, les CRS leur ont fait tomber la nourriture des mains lorsqu’ils tentaient de la distribuer aux migrants, et encore comment ils ont empêché des migrants par la force de s’approcher des bénévoles." dit notamment le document de 47 pages. 

Routinier, mais pas systématique


"Systématique, ce serait un cran au-dessus. On ne peut pas dire que tous les policiers agissent de cette façon, tempère Bénédicte Jeannerod. On pense même que certains agents sont en désaccord avec ces pratiques, mais elles rabaissent le métier de policier, qui est tenu à un code de déontologie, qui implique de faire un usage raisonné et proportionné de la force."

S'agirait-il de consignes venant de plus haut ? "On ne le documente pas dans le rapport, c’est un élément qu’on renvoie au ministère et à la préfecture. On attend de la part de cette dernière une réaction forte qui montrerait que ces abus sont intolérables."

La préfecture nie en bloc 


La préfecture n'a pas l'air de vouloir aller dans ce sens. Le préfet du Pas-de-Calais Fabien Sudry a diffusé ce matin un communiqué sans concessions, disant réfuter "catégoriquement les allégations calomnieuses sur l’action des forces de l’ordre à Calais contenues dans le rapport de l’association Human Rights Watch. Celles-ci ne reposent sur aucun fondement vérifié." 

"La mention dans le rapport d’utilisation gratuite et systématique d’un gaz à poivre sur les migrants est particulièrement calomnieuse." écrit-il encore. 

Une réponse qui inquiète Human Right Watch. "C’est extrêmement problématique que la préfecture puisse qualifier nos propos de calomnieux ou de mensongers. C’est nier ces pratiques après la dénonciation d’acteurs de terrain, après la prise de parole du Défenseur des droits, qui devrait être une institution reconnue et après cette enquête de terrain. Ça ne laisse pas supposer que ces abus vont cesser..." regrette Véronique Jeannerod.

L'association en appelle désormais au président Emmanuel Macron, à qui elle demande de faire cesser ces abus. "Le président a eu des mots forts sur la responsabilité d'accueil de la France. On attend que la pratique s'y accorde."

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