Dans l'Oise, Contretemps propose aux artistes émergents des sessions live numériques de leurs concerts en version pro

Le projet Contretemps, des sessions live de qualité enregistrées près de Chantilly dans l'Oise et crosspostées sur internet, donnent tellement de visibilité aux groupes émergents que ses initiateurs bénévoles envisagent de se professionnaliser. 

Une artiste enregistre sa session live solidaire Contretemps.
Une artiste enregistre sa session live solidaire Contretemps. © Contretemps / FTV

C’est un petit média qui monte. À Villers-sous-Saint-Leu, dans l’Oise, le producteur Grégory Vasseur et la styliste Marie-Ange Giordano ont lancé Contretemps, un service de tournage et de diffusion numérique de concerts, offert à des artistes émergents… qui en redemandent.

"Nos sessions live génèrent en moyenne 15 000 vues, ce que même des groupes qui commencent à être connus en radio n’atteignent pas, se réjouit Grégory Vasseur. On visait juste la convivialité et le côté solidaire au moment où les salles étaient fermées, mais le retour des groupes nous incite à ne pas en rester là."

Qualité et crosspostage

Il y a trois ans, Marie et Grégory rachetaient un ancien presbytère dans le but d’en faire un restaurant éphémère - le MammaRosa - avec une scène ouverte aux artistes dans l’ombre. Le projet a évolué avec les confinements.

"On voyait les artistes faire des live depuis chez eux et ce n’était pas propre, raconte Grégory. Alors on a voulu leur offrir une captation multicam professionnelle et les rendre visibles au plus grand nombre en associant, en amont, des pages facebook qui deviennent co-diffuseurs des concerts, ce qu’on appelle le crosspostage."

Déjà quinze concerts ont été enregistrés dans les studios de Contretemps - au choix sous une verrière de 70 m2, dans les jardins ou dans l’église de Villers-sous-Saint-Leu - avec les quatre caméras et micros haute qualité de Marie et Grégory (aidés parfois de quelques techniciens). Les artistes n’ayant pas une grande expérience de la scène, ils peuvent retravailler la bande son en cas de mauvaise note ou de voix qui déraille.

Depuis 5 semaines, une session est diffusée chaque dimanche sous forme de faux-direct sur la page Facebook de Contretemps et la vidéo apparaît au même moment sur les pages d’une vingtaine de partenaires, dont des mairies et des médias locaux, de façon à cumuler les audiences. Personne ne paye, personne n’est rémunéré, seule compte la visibilité.

"On se rend compte que la principale préoccupation de tous les groupes est d’exister sur le digital, explique Grégory. Avec le déconfinement, ils sont tous très contents de refaire quelques scènes, mais le public y est trop restreint pour accroître leur audience."

"On réfléchit à se structurer en véritable plateforme"

Le succès a surpris les bénévoles. "Au départ, les groupes ne croyaient pas qu’on allait leur trouver une audience, mais depuis la première diffusion, on reçoit cinq à dix appels par jour, certains sont prêts à venir de Clermont-Ferrand ou Toulouse", affirme Grégory. Seuls les créateurs sont retenus : pas de chanteurs-interprètes, ni de groupes de reprises, même si le live de ce dimanche 30 mai est un "spécial covers" (des reprises proposées par chacun des artistes qui se sont produits ces dernières semaine).

Marie et Grégory pensaient consacrer une journée par semaine à ce projet. En réalité, c’est plutôt trois. "On a chacun un travail alimentaire donc, à un moment, on ne pourra plus", constate Grégory. D’où l’envie grandissante de s’investir totalement dans Contretemps.

Ce serait dommage de se contenter de l’idée actuelle. On est obligé de réfléchir à se structurer en véritable plateforme labellisée d’enregistrement et de diffusion d’émergents, en prenant des gens dédiés sur les lives, en passant à 8 caméras, une grue, des travellings.

Grégory Vasseur

En attendant, les idées ne manquent pas pour développer l’offre actuelle. "On a démarché des sites culturels et patrimoniaux à valoriser dans la région pour y tourner des sessions, explique Grégory. On réfléchit aussi à faire venir des artistes plus connus pour qu’ils fassent profiter indirectement de leur audience aux autres groupes. Et on se rend compte que quand on aura associé plus de crossposteurs, on pourra atteindre 50 000 vues : c’est énorme."

Autre nouveauté - plutôt un test - la semaine prochaine : à la demande de l’artiste Francoeur qui a une grosse communauté, l’administration de la page lui sera laissée pour qu’elle réponde en véritable direct aux questions des internautes posées pendant la diffusion de son concert. De quoi s’ouvrir à l’interactivité très réclamée sur internet, sans sacrifier la qualité technique du son et de l’image.

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