Coronavirus : à Compiègne, des livraisons de devoirs pour réduire les inégalités d'accès à internet

Depuis lundi 6 avril, la ville de Compiègne a mis en place un service gratuit de portage des devoirs à domicile pour 250 écoliers. Certains d'entre eux pourront également se voir prêter un ordinateur. Une façon de réduire la fracture numérique et d'ainsi favoriser la continuité pédagogique. 
À Compiègne, les enveloppes sont presque prêtes, les devoirs arrivent.
À Compiègne, les enveloppes sont presque prêtes, les devoirs arrivent. © Mairie de Compiègne
Un nouveau service à destination des enfants identifiés comme décrocheurs a été mis en place par la municipalité de Compiègne dans l'Oise. Depuis lundi 6 avril, 250 élèves des écoles primaires de la ville peuvent bénéficier du service de portage de devoirs à domicile. 
 
Il s’agit essentiellement d’enfants scolarisés dans les quartiers prioritaires. Les médiateurs de la ville apportent les polycopiés rédigés par les professeurs jusque dans la boîte aux lettres des familles. 
 

"Ce service est essentiel car il permet à tous les enfants sans distinction, de poursuivre le télé-enseignement mis en place par l’Education nationale, mais aussi pour tous les enseignants qui ont rivalisé d’imagination pour que leurs élèves ne perdent pas une année scolaire", explique Philippe Marini, le maire de Compiègne.
 

L’école à la maison source de décrochage scolaire

"Chaque lundi, je mets les devoirs de la semaine dans l’Espace numérique de travail (ENT) sur le groupe destiné aux parents. En fin de semaine, les parents doivent m’envoyer les productions de leurs enfants. Sur 21 élèves dans ma classe, 4 élèves ne répondent pas, ne me rendent rien", déplore Yannick Zarhouni, professeur des écoles, classe de CM2, dont l’établissement est fermé depuis le 6 mars.
 
"Nous sommes en REP +, certains parents n’ont pas les moyens d’avoir une imprimante, un ordinateur. D’autres ont des difficultés pour maîtriser l’outil numérique", précise-t-elle. 
 

Une épidémie révélatrice des inégalités sociales

L’absence d’un "coin à soi" pour travailler à la maison ou le fait de ne pas disposer d’un ordinateur ni d’une tablette, voire d’une connexion internet, pénalisent de nombreux élèves. Selon les statistiques de l'Éducation nationale, 5 à 8% des élèves n'ont plus du tout donné de nouvelles à leurs professeurs depuis le début du confinement.
 

"Il y a un grand risque" que la situation actuelle "creuse les inégalités" entre les familles qui ont la possibilité de faire la classe à la maison et les autres, a reconnu le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer.
 
À l’approche de l’entrée en 6ème, pour les élèves aux abonnés absents de Yannick Zarhouni, le danger est clair. "Ils seront un peu perdus l’année prochaine… et tous les enseignants devront s’adapter pour tenter de rattraper le retard à cause de compétences non apprises cette année", explique la directrice. 

"Le service de portage des devoirs au sein de la famille ne peut être que bénéfique. C’est le dernier moyen de garder un lien entre l’école et ces élèves", conclue-t-elle.
 

Des ordinateurs à disposition

Ce dispositif va être complété par le prêt de 70 ordinateurs. "En échange d’un chèque de caution, les ordinateurs seront prêtés. Ces ordinateurs sont actuellement dans les salles informatiques des écoles de Compiègne, autant les utiliser", explique la municipalité. "Le matériel informatique sera confié en priorité aux enfants de l’école où sera prélevé l’ordinateur."
 

Mais comment faire si la famille de l’élève ne dispose pas d’une connexion internet ? Pour Pierre Ripart, secrétaire départemental Oise du syndicat enseignant SNUipp-FSU, cet enseignement virtuel a des limites : "Tout le monde ne sait pas connecter son ordinateur à la 4G de son téléphone. Et puis après, les devoirs, il faut encore les faire. De nombreux parents sont dans l’incapacité d’accompagner leurs enfants dans les apprentissages. L’école de la République doit transmettre le même savoir à tous. Aujourd’hui, elle crée des inégalités."
 

Les vacances de Pâques : une pause dans les devoirs à la maison

Les vacances de Pâques commencent dès ce samedi 11 avril pour les élèves de Compiègne et pour tous ceux des Hauts de France. "ll faut que les vacances, soient des vacances", a martelé le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Aucun travail ne sera demandé aux élèves de l’école primaire Georges Pompidou de Compiègne. Néanmoins, Yannick Zahrouni, consciente que le confinement à la maison peut créer un certain ennui chez ses élèves, mettra quand même en ligne des activités ludiques et manuelles et des lectures audio à disposition des élèves.

Durant la deuxième semaine de congés, l’opération "vacances apprenantes" voulue par le gouvernement, sera aussi mise en place. En Mathématiques et Français, des professeurs volontaires assureront des cours de soutien scolaire. Classe virtuelle, téléphone, e-mails, ou encore livraison des devoirs : tous les moyens sont envisagés.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
confinement : école à la maison société éducation santé