Homophobie au sein d'un lycée catholique de Compiègne : le directeur de l'établissement démissionne

Accusé par plusieurs enseignants de censure et d'homophobie, le directeur de l'institution catholique Jean-Paul II de Compiègne a donné sa démission lundi 19 juin. Suite au rapport d'inspection du rectorat, la direction de l'établissement fait l'objet d'une enquête pour injures publiques, provocation à la haine et à la discrimination par rapport à l’identité et la sexualité et diffamation.

"Notre institution dans laquelle les élèves et les adultes vivaient dans un contexte serein, apaisé et constructif depuis maintenant presque huit ans subit actuellement une tempête qui l'ébranle dangereusement." C'est dans un courrier, adressé aux parents d'élèves et enseignants, que le directeur du lycée catholique Jean-Paul II de Compiègne a annoncé sa démission jeudi 22 juin. 

Depuis quelques mois, des professeurs de l'établissement dénoncent des censures et pressions concernant le contenu de projets pédagogiques. Ces derniers indiquent que plusieurs sorties au cinéma ont été interdites, pour aller voir les films Simone, le voyage d'un siècle d'Olivier Dahan, qui traite notamment de la lutte pour le droit à l'IVG, et Rafiki de Wanuri Kahiu, qui traite de l'homophobie que subit un couple lesbien au Kenya. Ils rapportent également des propos homophobes et anti-IVG qui auraient été tenus par le chef d'établissement. 

Des faits pour lesquels une professeure de lettres du lycée avait accepté de témoigner. "Les argumentaires qui ont accompagné ces censures sont juste irrespectueux pour la dignité et le respect du professeur, pour notre mission de service éducatif public, et notre vocation. On touche au cœur de notre métier, et en plus avec des propos qui sont pénalement répréhensibles, qui ont heurté, choqué et traumatisé certains enseignants", dénonçait l'enseignante mercredi 14 juin.

"Je renouvelle mes excuses à toutes les personnes que j'ai pu blesser"

Après un signalement auprès du rectorat, celui-ci a rendu les conclusions de son enquête interne. Il note que, si les programmes sont globalement respectés par ce lycée sous contrat, une partie des éducations transversales, traitant des questions de société, est abordée de manière inégale et incomplète, particulièrement sur l’éducation à la sexualité et sur les discriminations. Aucune sanction n'a été prononcée à l'encontre du lycée, mais plusieurs prescriptions ont été demandées, notamment de veiller au respect de l’instruction de tous les programmes.

Le recteur a également effectué un signalement, selon l’article 40 du code pénal, auprès de Marie-Céline Lawrysz, la procureure de la République de Compiègne. Le rapport reçu fait état de "propos homophobes de la part du proviseur du lycée", affirme la procureure qui a ouvert une enquête auprès du commissariat de Compiègne le 10 juin pour "injures publiques, provocation à la haine et à la discrimination par rapport à l’identité et la sexualité, et diffamation".

"Je renouvelle mes excuses à toutes les personnes que j'ai pu blesser dans l'exercice de ma mission par maladresse ou par des attitudes qui ont pu être mal comprises, écrit le chef d'établissement coordinateur. Mon intention a toujours été de servir l'éducation intégrale de chacun des jeunes qui nous sont confiés par leurs parents, dans le respect de tous et en particulier de chacun des personnels et enseignants."

Mais les professeurs heurtés ne comptent pas en rester là. Ils ont décidé de porter plainte, avec les avocats de STOP Homophobie, pour délit d’entrave aux missions de service public avec propos aggravés, notamment homophobes et harcèlement. "Ce sera une première en France, nous confie une enseignante. Malgré son départ annoncé (ndlr, du directeur), nous allons déposer cette plainte pour mettre au pas l’enseignement catholique."

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